Tour de Babel, nouvelle. Par Ely Ould Sneiba

Ely Ould Sneiba
Ely Ould Sneiba

Tour de Babel, nouvelle. Par Ely Ould Sneiba

Ely Ould Sneiba
Ely Ould Sneiba

Samba , comme tous les enfants de sa société traditionnelle, fit l’école coranique en bas âge pour y recevoir un enseignement religieux de base, précédé d’un apprentissage linguistique en langue arabe, passage obligé pour apprendre le coran.

Vint ensuite, la phase de l’enseignement public primaire et secondaire, une douzaine d’années, où il reçut un cours d’arabe intermédiaire et avancé, en plus d’un cours d’instruction religieuse, obligatoires tous les deux.

Pendant le secondaire, l’internat fut la demeure de Samba, logé à la même enseigne que de très nombreux autres élèves arabo-mauritaniens, locuteurs natifs de l’arabe dialectal.

En ville aussi, l’arabe populaire est la langue de communication de l’écrasante majorité du peuple, sauf pour les récalcitrants ethnicistes.

Après l’obtention du baccalauréat, Samba partit poursuivre ses études au Maghreb.

De retour au pays, il entama sa vie professionnelle et sa carrière politique côte à côte avec ses compatriotes beïdanes, collègues de travail et camarades militants.

Aujourd’hui, Samba est sexagénaire et revendique fièrement être incapable de communiquer en arabe populaire ni au travail ni dans la vie publique.

Rien d’étonnant ! Ce militant du communautarisme ethnique assume son choix : ‘’je préfère mille fois la langue de mes anciens maîtres à celle de vos ancêtres’’, dit-il à l’adresse de ses compatriotes beïdanes. Et d’ajouter que les Maures ne sont même pas des Arabes, juste des Arabo-Berbères complexés.

Là, Samba se coince, son purisme généalogique lui fait du tort inutilement, car les Halpoulars ne sont pas des Peuls, mais des Poulo-Toucouleurs tout aussi complexés. Les vrais peuls sont les familles Ba, Diallo et Sow. Tous les autres, surtout les Sarr, les Thiam, les Kane, les Sy, les Ly et les Touré sont des Toucouleurs, appartenant autrefois à diverses peuplades soudaniennes culturellement assimilées par les Peuls venus du Macina, d’ailleurs le préfixe ‘’hal’’ qui précède le mot ‘’poular’’ est un ordre sans appel donné aux habitants du Fouta de ne parler que la langue peule, et rien d’autre.

Et si les Maures s’abstenaient d’assurer la traduction, la Mauritanie serait ‘’ la Tour de Babel’’ des temps modernes : ‘’ Selon la Bible, les hommes de Babylone ne parlaient auparavant qu’une seule langue et ne formaient qu’un seul peuple. Un jour leur vint à l’idée de construire une tour qui atteindrait les cieux par sa hauteur, et leur permettrait ainsi d’accéder directement au Paradis. On nomma cette tour la « tour de Babel », « babel » signifiant « porte du ciel ». Mais Dieu, les trouvant trop orgueilleux, les punit en leur faisant parler des langues différentes, si bien que les hommes ne se comprenaient plus. Ils furent alors contraints d’abandonner leur entreprise et se dispersèrent sur la Terre, formant ainsi des peuples étrangers les uns des autres’’.

Est-ce un bon dénouement à la crise linguistique nationale?

Ely Ould Sneiba