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Tabaski 2026 en Mauritanie : Le mouton devient un luxe pour les ménages

Entre la hausse du prix des aliments de bétail et l'attrait du marché sénégalais, acheter un mouton pour la Tabaski 2026 en Mauritanie relève du défi financier. Décryptage d'une crise sociale à Kaédi et Nouakchott.

Tabaski 2026 en Mauritanie : le mouton devient un luxe pour les ménages

_Kaédi_ – « Le mouton est cher parce que chacun veut vendre ses béliers au Sénégal et rentabiliser grâce à l’échange de monnaie ». Au marché à bétail de Kaédi, la phrase d’un client résume le casse-tête de la Tabaski 2026 en Mauritanie.

À quelques jours de l’Aïd el-Adha, l’accès au mouton, symbole central de la fête, se complique pour le Mauritanien moyen. Pourtant, la Tabaski reste un moment clé de l’année. Le sacrifice du mouton commémore la soumission d’Ibrahim, et la viande est partagée entre la famille, les proches et les plus démunis. Au-delà de l’aspect religieux, le marché du mouton fait vivre des milliers de personnes : éleveurs, convoyeurs, bouchers, vendeurs de charbon et d’ustensiles. Pendant deux à trois semaines, les marchés de Nouakchott, Nouadhibou, Kaédi, Kiffa et Tintane au Hodh El Gharbi tournent au rythme de la fête. Culturellement, le choix du mouton est aussi une question de fierté familiale, débattue des semaines à l’avance.

Mais cette année, plusieurs facteurs convergent pour rendre l’achat hors de portée. Selon des courtiers du marché à bétail, le tourteau d’arachide, de coton, de maïs et de blé, ainsi que le son et le concentré, ont vu leurs prix grimper en raison d’une mauvaise campagne agricole locale et du renchérissement des importations. Un éleveur qui nourrit son troupeau trois à quatre mois avant la fête répercute ces charges sur le prix de vente, sous peine de travailler à perte. À cela s’ajoute le coût du transport : le renchérissement du gasoil et l’état dégradé des pistes entre le Hodh, l’Assaba, le Brakna et les grandes villes alourdissent la facture. Certains éleveurs renoncent même à convoyer leur bétail vers Nouakchott et Nouadhibou, la marge devenant trop faible. Enfin, la proximité avec le Sénégal et le taux de change CFA-Ouguiya incitent de nombreux vendeurs à écouler leurs béliers de l’autre côté de la frontière, où la vente est plus rentable. L’offre se réduit donc en Mauritanie, et les prix montent.

Face à cette situation, de nombreuses familles renoncent à l’achat ou se cotisent pour acquérir un seul mouton. D’autres se tournent vers la chèvre, le bœuf en partage ou les cotisations de quartier. Pour autant, l’enjeu dépasse la simple question du budget. Pour un chef de famille, ne pas pouvoir acheter le mouton est vécu comme un affront, une blessure à l’honneur et à son rôle de pourvoyeur. Cette réalité pèse lourd dans les foyers, même si la solidarité se renforce : voisins qui s’organisent, membres de la diaspora qui envoient des fonds spécifiquement pour la fête.

Dans ce contexte, des voix appellent à une mobilisation plus forte des pouvoirs publics. L’État et des ONG doivent mettre en place des ventes subventionnées et des marchés régulés dans certaines zones. L’État doit proposer l’octroi d’une aide financière aux fonctionnaires pour l’achat du mouton, un soutien direct aux éleveurs sur l’aliment de bétail et le transport, et un appui ciblé aux familles démunies afin de préserver le sens du partage de la Tabaski. En attendant, l’aide entre voisins et la solidarité familiale restent le premier filet de sécurité. Parallèlement, un changement de mentalité se dessine : de plus en plus de voix rappellent que la fête ne se réduit pas au sacrifice, et que la prière, le partage et le lien social en sont le cœur.

La Tabaski 2026 illustre ainsi les tensions économiques que traverse le pays. Si la tendance se confirme, la question se pose : comment évoluera la fête du mouton en Mauritanie dans les années à venir ? Pour beaucoup, elle sera l’occasion de redéfinir l’essentiel : la foi et la solidarité, même sans grand mouton dans la cour.

Pour Rapide info Yahya Niane

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