*Succession aux Nations Unies* _L’épreuve de cohérence diplomatique_
Analyse stratégique sur la prochaine succession aux Nations Unies, le rôle potentiel de Macky Sall, et les enjeux de stabilité et de cohérence diplomatique dans un contexte multilatéral fragmenté.
Succession aux Nations Unies
La prochaine succession à la tête des Nations Unies constituera un test de maturité pour le multilatéralisme lui-même, mais aussi pour les États qui prétendent peser dans son architecture.
La désignation du Secrétaire général obéit à une mécanique institutionnelle connue. Le Conseil de sécurité recommande. L’Assemblée générale nomme. En réalité, l’absence de veto des membres permanents demeure la condition déterminante. Derrière l’apparente ouverture de la compétition se joue un exercice de stabilisation géopolitique.
L’histoire récente l’a montré. La légitimité internationale ne survit pas à un déséquilibre stratégique majeur. Les Nations Unies ne choisissent pas un symbole. Elles choisissent un point d’équilibre.
C’est dans cette perspective qu’il convient d’examiner l’hypothèse d’une candidature de Macky Sall. Non comme une projection affective.
Mais comme une variable stratégique.
*Un profil politique pour un monde fragmenté*
Depuis la fin de la guerre froide, les Secrétaires généraux ont majoritairement émergé du cœur du système multilatéral. La culture onusienne valorise la retenue institutionnelle, la maîtrise bureaucratique et la capacité à produire du consensus.
Macky Sall incarne une trajectoire différente. Douze années d’exercice présidentiel au Sénégal lui ont conféré une expérience directe de la gestion étatique dans un environnement démocratique exigeant. Sa présidence de l’Union africaine en 2022 l’a placé au centre des négociations globales dans un contexte de crise alimentaire et de tension géopolitique aiguë. Son dialogue simultané avec Moscou et avec les partenaires européens a illustré une capacité de médiation dans un système polarisé.
Ce profil n’est pas symbolique. Il est fonctionnel.
Il associe expérience du pouvoir exécutif, pratique des négociations intergouvernementales et compréhension des rapports Nord-Sud. Il s’inscrit dans une génération de dirigeants africains qui ont exercé dans un monde déjà multipolaire.
La question n’est donc pas celle de la légitimité individuelle.
Elle est celle de l’acceptabilité stratégique.
Le Conseil de sécurité recherchera-t-il un administrateur technocratique à faible exposition politique ou un médiateur politique expérimenté capable d’interagir avec des puissances en confrontation permanente.
Le choix dira beaucoup de l’état réel du multilatéralisme.
*L’Afrique entre aspiration et discipline stratégique*
L’argument d’une représentation africaine est audible. L’Afrique n’a pas occupé la fonction depuis Kofi Annan. Dans un contexte de recomposition mondiale, la demande d’équilibre géographique ne relève pas de la rhétorique.
Mais la représentation ne suffit pas.
Une candidature africaine ne devient crédible que si elle s’appuie sur une coordination continentale cohérente et disciplinée. Les États africains ne votent pas mécaniquement en bloc homogène. Les alignements internationaux divergent. Les rivalités régionales persistent.
Le défi n’est pas symbolique. Il est organisationnel.
Une ambition continentale exige une stratégie continentale.
*La variable sénégalaise et la cohérence institutionnelle*
Dans ce contexte, l’attitude du Sénégal revêt une importance particulière. Toute candidature internationale repose d’abord sur la clarté du soutien national. Dans les dynamiques onusiennes, l’unité de l’État d’origine constitue un signal de crédibilité. Une position explicite renforce la candidature. Une ambiguïté prolongée introduit un doute que les membres permanents intègrent immédiatement dans leurs calculs.
Le Sénégal traverse aujourd’hui une phase de recalibrage politique interne marquée par une transition générationnelle et institutionnelle. Cette dynamique est légitime dans toute démocratie. Elle ne saurait, en elle-même, invalider une trajectoire internationale.
Réduire une candidature aux débats domestiques serait d’ailleurs une erreur d’analyse. Le Secrétaire général ne représente pas un gouvernement. Il incarne une fonction internationale d’équilibre. L’histoire diplomatique démontre que des trajectoires nationales contrastées n’ont jamais empêché l’émergence de profils acceptables au niveau global.
Cependant, dans un système fondé sur les signaux, la cohérence nationale demeure un facteur structurant.
L’enjeu dépasse une personne. Il concerne la capacité d’un État à projeter une ligne diplomatique claire au moment où se négocie un équilibre mondial.
*Un test pour le multilatéralisme*
Le prochain Secrétaire général exercera dans un environnement marqué par la paralysie répétée du Conseil de sécurité, la fragmentation des alliances et l’érosion de la confiance dans les institutions globales.
Deux logiques peuvent s’imposer.
La première privilégie la neutralité prudente, un gestionnaire discret apte à ne contrarier aucun des membres permanents.
La seconde assume la nécessité d’un profil politique capable de naviguer dans un monde multipolaire en tension.
Si Macky Sall devait être candidat, il incarnerait davantage la seconde hypothèse.
Mais le système onusien ne récompense pas l’audace. Il stabilise l’équilibre.
La question centrale n’est donc pas de savoir si l’Afrique aspire à cette fonction, ni si un ancien chef d’État en possède les attributs.
La question est la suivante.
Le Sénégal est-il prêt à affirmer clairement une ligne diplomatique cohérente.
L’Union africaine est-elle capable de transformer une aspiration en stratégie coordonnée.
Les membres permanents considèrent-ils qu’un médiateur politique issu du Sud peut constituer un point d’équilibre acceptable.
La succession à venir ne consacrera ni un continent ni une ambition personnelle.
Elle consacrera une configuration de stabilité.
Dans un monde fragmenté, le Secrétaire général ne sera pas celui qui incarne le plus d’espoir. Il sera celui qui perturbe le moins d’équilibres.
Et c’est précisément là que se joue l’avenir diplomatique de cette hypothèse.
Mansour LY
Juriste consultant



