Sottise sans borne. Quand l’agence de presse algérienne confond Sahara marocain et Sahara… égyptien

aps siege
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Par Youssef Bellarbi le 03/05/2021 à 12h30 (mise à jour le 03/05/2021 à 15h30) – le360

 Le siège d’Algérie presse service. © Copyright : DR

Réagissant, là encore, de manière épidermique à ce qui a trait au mot Sahara, l’Agence algérienne de presse (APS) s’est encore fourvoyée en affirmant que deux firmes entendent investir plus d’un milliard de dollars dans des projets pétroliers au Sahara. Sauf qu’il s’agit du Sahara «occidental»… égyptien.

La dépêche est longue. Très longue. Et, comme gage de l’authenticité et la fiabilité de l’information qu’elle contient, elle est signée depuis le bureau de Riyad (Arabie saoudite) de la très officielle Algérie presse service (APS). Ce qu’on y lit? Que deux compagnies pétrolières égyptiennes comptent placer une fortune au «Sahara Occidental». Khalda Petroleum Co. et Qarun Petroleum entenderaient, ainsi, «investir plus de 1 milliard de dollars dans le domaine de l’exploration pétrolière au Sahara occidental».

En ligne de mire, 130.000 barils de pétrole brut et de condensats produits, au même titre que 630 millions de pieds cubes de gaz naturel, pour Khalda Petroleum, indique l’APS, reprenant aveuglément une information de la chaîne saoudienne Al Arabiya (groupe MBC). Pour Qarun Petroleum, ce sera 9 millions de barils de pétrole brut par an. Le tout, au bout deux ans seulement.

On passera évidemment sur la levée de boucliers de l’agence algérienne sur ces annonces et «l’illégalité» des projets en question.

Pendant le naufrage de l’Algérie, l’APS continue de lorgner le « Sahara occidental »

Mais le fait est que tout est faux dans cette dépêche. Si les investissements annoncés sont bien véridiques, ils auront lieu au «Sahara occidental»…égyptien. La désignation «occidental», on l’aura compris, est une simple désignation géographique et non une référence à une quelconque entité. Mais cela, l’APS, aux réactions systématiquement épidermiques, voire pavloviennes, à chaque fois qu’il s’agit du mot «Sahara», ne le sait pas.

Plus qu’une faute professionnelle grave, tendant à confondre allègrement deux territoires, la dépêche APS manque également du moindre discernement puisque lancer des projets d’exploitation pétrolière, avec des projections chiffrées et sur le très court terme, suppose que l’existence et la disponibilité de la ressource est prouvée et avérée. Or, en ce qui concerne le Sahara marocain, rien n’est moins vrai.

Le cercle des poètes disparus de l’APS

Si généralement, l’APS entretient volontiers la confusion, voire clairement le mensonge, allant jusqu’à affirmer qu’une véritable guerre a cours entre les séparatistes du Polisario et les Forces armées royales, cette fois, la faute trahit une folle obsession algérienne vis-à-vis de la question du Sahara. «Regardons les choses en face, et disons-le clairement, pour l’Algérie, la question est d’abord d’ordre psychologique… à travers le Polisario, l’Algérie ne cesse de contester les droits du Maroc. Une politique relevant de l’obstination et qui menace la paix régionale tout en bloquant toute vision de développement du ‘’grand Maghreb’’», écrivait l’historien Bernard Lugan sur Le360. A l’évidence, nous en sommes bien loin.

Et comme pour meubler, la même dépêche d’APS bascule dans un tout autre thème, sans crier gare et au mépris des règles du journalisme supposant une unité de sujet dans chaque article traité. Le sujet, l’autre, c’est «l’exploitation» faite par le Maroc de ses ressources en phosphate. APS a dénoncé le « fait » que le Maroc a exporté 1,1 million de tonnes de phosphate pour une valeur de 170,8 millions de dollars et ce, depuis le seul Sahara.

APS, visiblement très mal informée et ayant une vision «pravdienne» de l’information, où le dogme l’emporte sur la précision, oublie que les ressources en phosphate disponibles au Sahara (marocain et non égyptien, doit-on le souligner) équivalent à un plus de 2% du total des réserves nationales. Là encore, LE média officiel algérien manque affreusement de données… et de métier.

Par Youssef Bellarbi

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