Sénégal : Ousmane Sonko élu président de l’Assemblée nationale
Après son départ de la Primature, Ousmane Sonko est élu au perchoir malgré le recours de Diomaye Faye. Analyse d'un tournant institutionnel au Sénégal.

Réintégration et élection de Sonko : un tournant institutionnel au Sénégal
Élu député aux législatives du 17 novembre 2024, Ousmane Sonko siégeait avec une majorité Pastef de 130 sièges sur 165 tout en occupant la fonction de Premier ministre depuis le 2 avril 2024. Lors de l’installation de la 15e législature, le 2 décembre 2024, il avait annoncé avoir déposé sa lettre de démission pour rester à la Primature. Toutefois, selon Pastef et le nouveau règlement intérieur de l’Assemblée, il n’avait en réalité que suspendu son mandat, une procédure prévue à l’article 124 pour les députés nommés au gouvernement. Le siège est alors occupé par le suppléant, et la suspension cesse au plus un mois après la fin des fonctions gouvernementales.
C’est pourquoi, après son limogeage de la Primature le 22 mai 2026, le Bureau de l’Assemblée a validé sa demande de réintégration le 24 mai, avant son installation officielle comme député le *26 mai* sous les applaudissements. Cependant, cette réintégration a immédiatement suscité un débat juridique. Plusieurs juristes soutenaient qu’il avait perdu son mandat en devenant Premier ministre, l’article 54 de la Constitution rendant les fonctions gouvernementales incompatibles avec un mandat parlementaire.
Face à cette situation, le président Bassirou Diomaye Faye a saisi le Conseil constitutionnel pour obtenir un avis sur la légalité de la démarche. Son objectif était clair : faire invalider la réintégration de Sonko au motif de cette incompatibilité constitutionnelle. Or, ce recours est intervenu alors que le Bureau de l’Assemblée avait déjà acté le retour de Sonko, ce qui a ouvert une confrontation institutionnelle inédite entre l’Exécutif et le législatif.
Dans ce contexte tendu, le président de l’Assemblée, El Malick Ndiaye, a démissionné le 24 mai 2026, ouvrant la voie à une nouvelle élection. C’est là que la popularité d’Ousmane Sonko s’est imposée avec force, y compris au sein même de Pastef. Le score écrasant obtenu ce matin lors de la séance plénière du *26 mai 2026* — 132 voix sur 133 suffrages exprimés, sans aucun vote contre — illustre son emprise sur la majorité parlementaire et sa prééminence dans l’appareil du parti. Ce plébiscite au perchoir confirme que Sonko reste la figure centrale de Pastef, reléguant de fait le président Diomaye Faye à un rôle plus effacé dans la dynamique politique actuelle.
Son discours d’investiture a d’ailleurs renforcé cette lecture. Adoptant un ton nettement plus belliqueux et va-t-en-guerre, Sonko a promis une offensive parlementaire sur les réformes et un contrôle serré de l’action gouvernementale. Cette posture tranche avec la ligne plus conciliante affichée par la présidence, accentuant l’impression d’une mise à l’écart de Diomaye au profit d’une ligne incarnée par le nouveau président de l’Assemblée.
Par conséquent, Sonko devient la 2e personnalité de l’État après le président Bassirou Diomaye Faye, tandis que Pastef conserve le contrôle du perchoir. Politiquement, ce résultat traduit à la fois la popularité de Sonko au sein du parti et au-delà, et la mise en minorité de son excellence Diomaye Faye dans l’appareil parlementaire.
Parallèlement, la candidature d’Ousmane Sonko à la présidence du parti Pastef a été déclarée recevable le 21 mai 2026 par la Haute Autorité de Régulation du parti. Conformément aux statuts, le président est élu pour 6 ans et ne peut briguer plus de 2 mandats successifs, et le prochain congrès est fixé au 6 juin 2026.
En somme, il ne s’agit pas d’une élection à la présidence de la République. Après avoir retrouvé son siège de député suite à son départ de la Primature, Ousmane Sonko a été élu président de l’Assemblée nationale le *26 mai 2026*, malgré le recours déposé par le président Diomaye devant le Conseil constitutionnel. Reste désormais à voir quelle sera la décision de la juridiction et ses conséquences sur l’équilibre des pouvoirs au Sénégal.
Face au revers subi par le président Diomaye, que lui reste-t-il ? Osera-t-il dissoudre l’Assemblée et anticiper la présidentielle ? Ou cherchera-t-il d’autres alternatives pour reprendre les choses en main ?
Affaire à suivre.
Rapide info



