Sommet pour l’Afrique : Sur fond de déstabilisation, la France assure ses intérêts

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DEHORS L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS !

Sommet pour l’Afrique : Sur fond de déstabilisation, la France assure ses intérêts

Après le G5 Sahel, qui a redéfini les contours de l’intervention militaire de la France dans la région, Macron lance le « Sommet pour le financement des économies africaines » pour continuer à élargir les intérêts de l’impérialisme français en Afrique.

Après le G5 Sahel, qui a réuni le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad pour redéfinir les contours de l’intervention militaire de la France dans la région, Macron lance le « Sommet pour le financement des économies africaines » pour continuer à élargir les intérêts de l’impérialisme français en Afrique. En effet, la mort d’Idriss Déby a ouvert la possibilité d’une déstabilisation dans une région essentielle du contrôle sécuritaire et économique Français, alors que le Tchad incarnait encore il y a peu un allié militaire central dans la région.

En effet, ce mardi 18 mai, à l’initiative de la France, s’est tenu le « Sommet pour le financement des économies africaines ». Comme l’expliquait TV5 Monde, dans la conférence étaient présents vingt et un de dirigeants d’Etats africains représentant les cinq zones de l’Afrique : « le nord avec la Tunisie et l’Egypte, l’ouest avec le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Ghana, le Mali, le Nigeria, la Mauritanie et le Sénégal, l’est avec le Soudan et l’Ethiopie, l’Afrique centrale avec la République démocratique du Congo et le Rwanda, et l’Afrique australe avec l’Angola et le Mozambique. La Chine, pourtant premier créancier bilatéral de l’Afrique selon le Trésor Public, ne sera présente que par visioconférence, sans Xi Jinping. ». Parmi les invités il y avait aussi des dirigeants du FMI, de la Banque Mondiale et de l’Union africaine ainsi que des chefs de la diplomatie européens et du Golfe. L’objectif officiel de ce « New Deal » comme l’appel Emmanuel Macron était d’impulser l’économie du continent après le choc de la pandémie. Mais derrière la rhétorique, quelles sont les enjeux de ce « Sommet » pour la France ?

Si un jour avant de la tenue du Sommet, Emmanuel Macron annonçait déjà vouloir annuler la dette de près de 5 milliards d’euros du Soudan avec la France, Milan Rivié, du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes, mettait en garde devant ce coup de com’ : « après ses fausses déclarations pour « une annulation massive » de la dette africaine, le président français Emmanuel Macron s’assure un nouveau coup de com’ en plaidant pour un New Deal sur le continent. L’opération vise avant tout à faire la promotion du sommet des 17 et 18 mai prochain à Paris et tenter de (re)faire de la France un acteur incontournable en Afrique. ». Une annulation qui de plus est une parfaite illusion en ce qu’elle ne remplace ou n’abolit pas le système de dépendance économique du pays aux marchés financiers internationaux mais intensifie plutôt ce processus, dans l’optique de la possibilité de rachats de marchés publiques par des entreprises privées et d’imbrication plus forte des puissances impérialistes dans la dette souveraine.

Cette tentative de (re)faire de la France un acteur incontournable dans le continent obéit principalement à deux facteurs. La première c’est la situation économique et sociale qui traverse l’Afrique. Comme l’explique Bastamag « Avec une contraction du PIB de 2,1 % en 2020, une chute drastique des flux financiers extérieurs (investissements directs étrangers, aide publique au développement, envois de fonds de la diaspora), la dépréciation d’une majorité de devise, une hausse vertigineuse de l’endettement extérieur, une insécurité alimentaire croissante symbole de la vulnérabilité du continent aux facteurs exogènes, et 69 millions d’Africain-es supplémentaires – principalement des femmes – poussé-es dans l’extrême pauvreté d’ici la fin 2021, la situation à laquelle doivent faire face les Africain-es est effectivement critique. ». Cette situation économique qui risque d’aggraver l’instabilité politique que traverse le continent et qu’on a vu s’exprimer au Soudan, au Sénégal, au Tchad et en Algérie, pourrait mettre en danger les intérêts stratégiques de la France en Afrique.

Le deuxième facteur qui pousse la France à intervenir d’une manière plus ambitieuse dans le pays c’est l’avancé de la Chine et d’autres puissances régionales comme la Turquie sur le continent. La Chine est devenue le premier partenaire commercial de plusieurs pays africains et commence à concurrencer la France, une puissance en recul. Elle le fait notamment en termes d’infrastructures dans le continent. En plein crise économique mondiale et à un moment où la concurrence entre puissances s’accentue, conserver et renforcer l’influence sur le continent est un enjeu de taille pour l’impérialisme français.

Comme le résumait Bruno Le Maire : la situation en Afrique « c’est un problème économique, c’est un problème politique, mais c’est aussi un problème de sécurité »

Soudan, un ballon d’essai pour la politique financière française

Si le Soudan a pris une importance dans l’ouverture du Sommet c’est parce qu’il concentre en lui tant les peurs de déstabilisation politique que la concurrence avec les puissances régionales comme la Turquie. Les plans de la France pour ce pays qui subit une inflation à 300% et dont le PIB a reculé de -8,4% montrent à petite échelle les objectifs qui poursuite l’impérialisme français dans le continent.

En effet, si en 2019 la hausse du prix du pain a amené le pays a une révolte qui a évincé l’ancien président président Omar el-Béchir, le Soudan est aussi aujourd’hui un terrain de tensions géopolitiques diverses. Comme l’explique le Courrier Internationale : « Les puissances du Moyen-Orient surveillent de près les affaires intérieures du Soudan. L’Arabie saoudite, sans doute le plus grand bienfaiteur du Soudan depuis qu’elle a payé Khartoum pour rompre ses liens avec l’Iran, s’inquiète de la présence croissante de la Turquie au Soudan. Pour sa part, la Turquie a investi plus massivement au Soudan, annonçant son intention de reconstruire Suakin, un port historiquement ottoman de la mer Rouge utilisé à des fins commerciales et navales. […] Lorsque les manifestations ont commencé, un certain nombre d’États régionaux ont fourni une aide au Soudan pour aider à subventionner le coût du pain et alléger la pression politique exercée par la hausse des prix alimentaires. Il y avait des indications que l’Arabie saoudite a offert de l’aide, mais seulement si le Soudan allait rompre ses liens avec la Turquie […]. La Turquie craint que ces mesures ne ramènent le régime vers l’Arabie saoudite et n’entravent les plans de la Turquie pour Suakin. ».

Dans ce cadre, l’annulation d’une partie de la dette du côté de la France c’est surtout un moyen de restructurer le poids des créances et notamment permettre au Soudan de réintégrer les circuits financiers internationaux et attirer des investisseurs. Pour se garder une place privilégié dans ces investissements Paris s’est déjà engagé à solder l’arriéré de dette du Soudan avec le FMI en prêtant à ce pays 1’5 milliards de dollars. Comme l’expliquait Bruno Le Maire, rétablir la confiance pourrait ouvrir la voie à des investissements étrangers dans des secteurs stratégiques comme les infrastructures, l’agriculture, l’énergie, les minéraux ou encore les communications. Alors que la majeure partie de l’investissement étranger français en Afrique (47%) reste destinée aux combustibles fossiles et au commerce des matières premières, investir dans le Soudan, pays riche en ressources pétrolières et minières semble un très bon affaire.

Bruno Le Maire résumait ainsi la proposition de la France : « Nous nous occupons de la dette. Vous pouvez investir dans ce pays. Il n’y a pas de raison de ne pas investir au Soudan maintenant ». Sans s’attarder, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, comme le rapportait France 24, avait déjà promis « la visite d’une délégation de patrons français dans les 12 à 18 mois à venir, en ouvrant lundi matin le Forum des affaires France-Soudan organisé par l’organisation patronale française. ».

Si la restructuration de la dette va avec la priorité économique au capitalisme français, ces investissements exigent aussi que le Soudan rompe ses liens avec la Turquie et s’aligne sur les intérêts géostratégiques de la France. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre les références de [Macron-<https://www.liberation.fr/international/afrique/la-france-va-effacer-les-5-milliards-de-dette-du-soudan-20210517_RFKWQEW5PRDERJZBNBQ3FG74BQ/] au nouveau régime à la tête du pays : « Votre révolution est aussi singulière parce qu’elle est post-islamiste, parce qu’elle a mis fin pour la première fois dans toute la région à un régime utilisant l’arme de l’islam politique pour couvrir ses errements et pour diviser son peuple. ».

Contre le pillage impérialistedu continent et les ingérences dans les États africains, qui seront des terrains de jeu à la concurrence redoublée entre les puissances capitalistes en ces temps de crise et de guerre économique plus aiguë, nous devons revendiquer le retrait de toutes les troupes françaises du continent et exiger l’annulation totale et sans conditions de la dette qui pèse sur tous les pays africains. Pour cela, il faut lutter contre la présence de la France, de l’ensemble des puissances impérialistes dans la région mais aussi de leurs instruments comme le FMI qui se nourrie des dettes souveraines et dont les premiers tributaires sont les travailleurs et les opprimés.

MOTS-CLÉS : Soudan   , France   ,    Impérialisme  ,     Afrique  ,     Emmanuel Macron  ,     Françafrique,  Monde

Pepe Balanyà

revolutionpermanente.fr