SOMELEC Mauritanie face aux défis énergétiques : Analyse

Les coulisses de la SOMELEC Mauritanie : gestion, dettes et défis énergétiques du secteur électrique
Dans un pays où la demande énergétique augmente rapidement, la question de l’électricité s’impose comme l’un des défis majeurs du développement économique. Les coupures récurrentes qui touchent Nouakchott, Nouadhibou et plusieurs villes de l’intérieur du pays mettent régulièrement sous les projecteurs la Société Mauritanienne d’Électricité (SOMELEC), l’entreprise publique chargée de la production et de la distribution d’électricité.
Derrière ces perturbations se cache une réalité complexe mêlant contraintes financières, défis techniques et transformations structurelles d’un secteur en pleine mutation.
Une entreprise au cœur du système énergétique national
Créée pour assurer la production, le transport et la distribution de l’électricité en Mauritanie, la SOMELEC constitue l’épine dorsale du système énergétique national.
L’entreprise gère :
•plusieurs centrales thermiques
•des réseaux de transport à haute tension
•des infrastructures de distribution dans les principales villes du pays.
Elle est également responsable de l’intégration de l’électricité provenant du système énergétique de Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), qui alimente partiellement le réseau mauritanien grâce à l’hydroélectricité produite par les barrages du fleuve Sénégal.
Dans les faits, la SOMELEC doit jongler avec plusieurs sources d’énergie : production locale thermique, importations régionales et énergies renouvelables.
Un secteur sous pression financière
L’un des principaux défis auxquels fait face l’entreprise concerne sa situation financière.
Comme dans de nombreux pays africains, les sociétés publiques d’électricité doivent concilier deux objectifs souvent contradictoires :
–maintenir des tarifs accessibles pour les ménages
–couvrir les coûts élevés de production et d’entretien des infrastructures.
La production thermique, largement utilisée en Mauritanie, dépend de combustibles importés, notamment le fioul. Cette dépendance expose la SOMELEC aux fluctuations des prix internationaux de l’énergie.
Résultat : l’entreprise accumule régulièrement des déficits nécessitant le soutien de l’État.
Selon plusieurs analyses du secteur énergétique africain, ce déséquilibre financier limite la capacité d’investissement de la société, notamment dans la modernisation du réseau et l’expansion des infrastructures.
Des infrastructures encore insuffisantes
Sur le plan technique, le réseau électrique mauritanien reste en phase de consolidation.
Certaines lignes à haute tension couvrent de longues distances à travers des zones désertiques, ce qui complique leur maintenance. Les conditions climatiques – chaleur extrême, poussière, sable – accélèrent également l’usure des équipements.
Une panne sur un axe stratégique peut donc provoquer des perturbations importantes sur l’ensemble du réseau, comme l’a illustré récemment la coupure liée à la ligne reliant Rosso à Nouakchott.
L’absence de réseaux alternatifs suffisamment robustes rend le système particulièrement vulnérable aux incidents techniques.
Une demande en forte croissance
La croissance démographique et l’urbanisation rapide accentuent la pression sur le réseau électrique.
La population de Nouakchott, par exemple, a connu une expansion spectaculaire au cours des dernières décennies. La capitale concentre aujourd’hui une grande partie de la consommation énergétique du pays.
Parallèlement, plusieurs secteurs économiques exigent un approvisionnement stable :
•l’industrie minière
•les infrastructures portuaires
•les services numériques
•les nouvelles zones urbaines.
Cette demande croissante dépasse parfois la capacité de production et de distribution existante.
L’espoir des énergies renouvelables
Pour réduire sa dépendance aux combustibles fossiles et stabiliser le réseau, la Mauritanie s’est engagée dans une politique de diversification énergétique.
Le pays a déjà investi dans plusieurs projets majeurs :
→le parc éolien de Boulenouar Wind Farm, l’un des plus importants d’Afrique de l’Ouest
→la Centrale solaire de Nouakchott, qui contribue à l’approvisionnement de la capitale.
Ces projets ont permis d’augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique national.
Cependant, les énergies solaire et éolienne nécessitent des systèmes de stockage ou des centrales d’appoint pour garantir la continuité du service lorsque les conditions météorologiques sont défavorables.
Le pari du gaz offshore
Un autre espoir pour le secteur énergétique mauritanien repose sur l’exploitation du champ gazier Grand Tortue Ahmeyim, développé conjointement avec le Sénégal.
Ce projet pourrait permettre la construction de nouvelles centrales électriques alimentées au gaz naturel, une source d’énergie plus stable et moins coûteuse que les combustibles liquides.
Si ces infrastructures se concrétisent, elles pourraient transformer le paysage énergétique du pays et réduire les pressions financières sur la SOMELEC.
Gouvernance et réformes attendues
Au-delà des défis techniques et financiers, certains observateurs soulignent également la nécessité de réformes structurelles dans la gestion du secteur.
Parmi les pistes régulièrement évoquées :
•amélioration de la gouvernance de l’entreprise
•réduction des pertes techniques et commerciales
•modernisation des systèmes de facturation
•partenariats avec le secteur privé.
Dans plusieurs pays africains, des réformes similaires ont permis d’améliorer l’efficacité des compagnies nationales d’électricité.
Un enjeu stratégique pour l’avenir
Pour un pays en pleine transformation économique, l’électricité est devenue un levier central du développement.
Sans réseau électrique fiable, il devient difficile de soutenir :
•la croissance industrielle
•l’innovation technologique
•l’urbanisation durable.
Dans ce contexte, l’avenir de la SOMELEC dépasse largement le cadre d’une simple entreprise publique : il s’agit d’un enjeu stratégique pour la souveraineté énergétique de la Mauritanie.
Les prochaines années seront donc décisives pour savoir si le pays parvient à transformer ses ressources énergétiques – renouvelables, hydroélectriques et gazières – en un système électrique moderne, stable et capable de répondre aux besoins d’une économie en pleine mutation.
Rédaction Rapide info



