Situation économique de l’Algérie : ce que Benabderrahmane a occulté

Situation économique de l’Algérie : ce que Benabderrahmane a occulté
Publié dans TSA par Riyad Hamadi le 05 Octobre 2022 à 15:01

Le Premier ministre Aïmene Benabderrahmane a lu lundi devant l’APN la déclaration de politique générale de son gouvernement, sous forme d’un bilan chiffré de l’action de l’Exécutif et plus globalement de celle du président de la République depuis son élection en 2019.

Pour résumer, M. Benabderrahmane a étalé l’évolution de la situation économique du pays qui s’apparente à une petite prouesse.

Malgré les difficultés héritées puis aggravées par la crise sanitaire et les retombées de la guerre en Ukraine, l’Algérie a, selon les chiffres présentés par le Premier ministre, nettement amélioré les indicateurs principaux de son économie, tout en préservant le caractère social de l’Etat.

La balance commerciale est de nouveau excédentaire (+14 milliards de dollars à fin août), ce qui n’est pas arrivé depuis longtemps, et les exportations hors hydrocarbures se situent à un niveau jamais atteint (plus de 4 milliards de dollars à la même période).

Quand bien même ces chiffres sont indéniables, il n’en reste pas moins que le citoyen fait toujours face à une somme de problèmes, dont certains sont justement la résultante des mesures prises pour améliorer les indicateurs cités.

C’est le cas par exemple de la pénurie et de la cherté des véhicules, dont l’importation demeure totalement bloquée, ou du manque d’eau potable à Alger et les autres villes du pays, où sa distribution obéit toujours à des restrictions. Des députés ont posé le problème des pénuries de médicaments et des appareils de radiothérapie en panne.

Aïmene Benabderrahmane a dressé un bilan positif et il a occulté d’évoquer les insuffisances.

Ce que les députés n’ont pas manqué de faire dans leurs interventions. Les plus critiques vis-à-vis du gouvernement ont été ceux du Mouvement de la société pour la paix (MSP).

Le premier parti d’opposition au Parlement avait annoncé, avant même le passage du Premier ministre, son intention de déposer une motion de censure contre le gouvernement conformément à l’article 161 de la Constitution.

Carences

Lors des débats, un député du parti islamiste a rappelé que le plan d’action du gouvernement Benabderrahmane, présenté en septembre 2021, ne contenait pas de prévisions chiffrées sur la base desquelles l’Exécutif peut aujourd’hui être évalué.

Faute donc de pouvoir faire une évaluation de l’action du gouvernement suivant ses engagements, les députés ont égrené les insuffisances criantes dans certains services publics et les problèmes, difficiles à occulter, qui se posent aux citoyens dans leur vie quotidienne.

A commencer par l’inflation galopante et la dégringolade du pouvoir d’achat des Algériens. Le Premier ministre ne l’a pas nié. Il a même évalué l’inflation avec précision (7 % en 2021, 10 % en glissement annuel en août dernier).

Des mesures ont été décidées par l’Etat pour préserver le pouvoir d’achat des Algériens (abattement de l’IRG, hausse du SNMG et des retraites, transferts sociaux s’élevant à plus de 5000 milliards de dinars), mais sur l’inflation elle-même, le Premier ministre a fait comme un aveu d’impuissance en l’imputant aux chamboulement survenus sur les marché mondiaux, notamment pour les produits alimentaires de base, comme le blé qui a vu ses prix augmenter de 80 % sur une année.

Si, sur cet aspect, le gouvernement de Benabderrahmane n’a aucune emprise, il n’en est pas de même pour les dérèglements induits par la spéculation et le déficit de contrôle.

Des élus ont signalé des carences du développement des services publics aux quatre coins du pays. Lors de sa dernière rencontre avec les walis (24 septembre), le président de la République s’est félicité du fort taux d’exécution du programme d’éradication des « zones d’ombre » (82 %).

Mais il ne s’agit là que des localités et quartiers dépourvus de tous. A entendre les doléances des députés, il y a des insuffisances partout et dans tous les secteurs : qualité de la connexion internet, bureaucratie, transports, alimentation en eau potable…

De nouveau, le gouvernement n’a pas fixé d’échéance ni de prévisions chiffrées pour la prise en charge des problèmes posés. « C’est une somme de promesses et de professions de foi », a estimé un député du MSP à propos de la déclaration de politique générale du gouvernement.
TSA

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