Sahara occidental, la Mauritanie à l’épreuve de sa profondeur stratégique
Sahara occidental, la Mauritanie à l’épreuve de sa profondeur stratégique
Les discussions de Washington des 23 et 24 février 2026 s’inscrivent dans un moment de recomposition où les équilibres maghrébins, sahéliens et atlantiques se redéfinissent simultanément. Le dossier saharien cesse d’être un contentieux gelé. Il devient un révélateur de hiérarchies stratégiques et un indicateur d’alignements assumés. Dans cette configuration, la Mauritanie n’est pas périphérique. Elle se situe dans le champ d’impact direct de toute évolution du dossier. Par sa position géographique, par son exposition sahélienne, par sa projection atlantique, elle appartient à l’architecture même de l’équilibre régional. Le choix de 1979 a fondé une doctrine. La neutralité active n’a jamais été une abstention. Elle a constitué un instrument de maîtrise stratégique éviter l’enfermement conflictuel, préserver la cohésion interne, maintenir des canaux ouverts avec l’ensemble des parties. Cette ligne a permis à la Mauritanie de consolider une stabilité rare dans un environnement traversé par des ruptures. La résolution 2797 adoptée en 2025 modifie cependant la dynamique. En consacrant le plan d’autonomie marocain comme base réaliste et crédible, elle réduit l’espace des scénarios alternatifs et accentue la pression sur les acteurs régionaux. Le centre de gravité diplomatique se déplace. La polarisation peut s’intensifier.
Pour la Mauritanie, l’enjeu dépasse la simple proximité géographique. Toute déstabilisation du théâtre saharien exercerait une pression sur son architecture sécuritaire globale. Dans un Sahel déjà fragilisé par des dynamiques asymétriques, l’État mauritanien ne peut se permettre une contraction de sa profondeur stratégique.
La vulnérabilité serait d’abord systémique. Une montée des tensions affecterait la crédibilité sécuritaire, la perception des investisseurs, la fluidité des corridors logistiques et la projection énergétique. Or la Mauritanie entre dans une phase de transformation structurelle avec ses projets gaziers offshore et son repositionnement atlantique. La stabilité devient un actif stratégique. Sur le plan politique, Nouakchott conserve un levier essentiel sa capacité à maintenir des canaux fonctionnels avec l’ensemble des parties. Ce capital diplomatique repose sur la cohérence et la constance. Il exige une doctrine explicite, lisible, assumée dans la durée.
La participation aux discussions de Washington s’inscrit dans cette logique. Elle ne traduit ni alignement ni hésitation. Elle répond à une nécessité préserver les intérêts nationaux dans un environnement où les rapports de puissance reprennent leur centralité. La prudence stratégique n’est pas retrait. Elle est gestion des marges. Mais la gestion des marges suppose solidité institutionnelle, continuité diplomatique et articulation claire entre sécurité, économie et politique extérieure. L’enjeu pour la Mauritanie ne réside pas dans l’issue formelle du dossier saharien. Il se situe dans sa capacité à consolider sa position d’État pivot, capable d’absorber les tensions sans perdre son axe, capable de transformer son exposition géographique en levier d’influence. La souveraineté se mesure à cette aptitude de préserver sa profondeur stratégique lorsque l’environnement se tend. Tenir l’équilibre sans rigidité, s’adapter sans se dissoudre, avancer sans se laisser aspirer par les polarités. C’est à cette maturité stratégique que la Mauritanie est aujourd’hui appelée.
Mansour LY le 24/02/2026



