Sahara occidental : coup de froid entre le Maroc et l’Espagne

reunion haut niveau maroc espagne
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La très discrète hospitalisation en Espagne, sous un nom d’emprunt, du chef du Polisario qui défend l’indépendance du Sahara occidental a déclenché la colère de Rabat.

Marie Verdier,  le 02/05/2021 à 17:24  Modifié le 02/05/2021 à 17:25 La Croix, Bayard Presse

L’Espagne veut-elle « sacrifier sa relation bilatérale » avec le Maroc ? Dans un entretien accordé à l’agence de presse espagnole EFE le 1er mai, Nasser Bourita, le chef de la diplomatie marocaine, très en colère, dit toujours attendre « les réponses satisfaisantes et convaincantes » de Madrid aux questions posées par le Maroc le 25 avril dernier.

Pourquoi l’Espagne, premier partenaire commercial de ce royaume et ancien colonisateur du Sahara occidental, a-t-elle accueilli en cachette Brahim Ghali pour le soigner ? Le chef du Polisario et de la République arabe sahraouie démocratique, autoproclamée – qui revendique la souveraineté sur le Sahara occidental –, est hospitalisé depuis le 21 avril à Logroño dans le nord de l’Espagne, comme l’a révélé le mensuel Jeune Afrique. Or, ce dirigeant sahraoui honni du royaume chérifien – qui considère que le Sahara occidental est marocain depuis la nuit des temps – est arrivé dans la péninsule à bord d’un avion affrété par les autorités algériennes, avec un passeport diplomatique établi sous un faux nom.

« Malentendus profonds » avec l’Allemagne

Il avait été envisagé que Brahim Ghali, 75 ans, gravement atteint du Covid-19 et, semble-t-il, souffrant d’un cancer, soit soigné en Allemagne, à l’instar du président algérien Abdelmadjid Tebboune. Mais Berlin y a renoncé pour ne pas attiser la crise avec Rabat.

Le Maroc a en effet suspendu ses relations diplomatiques avec l’Allemagne depuis le 1er mars en raison de « malentendus profonds ». Rabat n’a pas supporté que Berlin critique la décision du président américain Donald Trump, à la fin de son mandat, de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, territoire non autonome qui fait l’objet d’une mission de maintien de la paix de l’ONU depuis 1991, laquelle fut chargée d’y organiser un référendum d’autodétermination.

Arancha Gonzalez Laya, cheffe de la diplomatie espagnole, a justifié par des « raisons strictement humanitaires » l’accueil de Brahim Ghali, estimant que cela « ne perturbe pas les excellentes relations que l’Espagne a avec le Maroc ». « L’Espagne a un très bon système de santé et une longue tradition d’accueil », souligne le journaliste espagnol Ignacio Cembrero, spécialiste des relations Maroc-Espagne. « Deux dirigeants du Polisario sont morts en Espagne ces dernières années, sans que cela provoque de crise avec le Maroc », rappelle-t-il, évoquant les décès des deux diplomates sahraouis Ahmed Boukhari, en 2018, et Mhamed Khadad, en 2020.

Un conflit qui empoisonne les relations

Mais depuis novembre dernier, les hostilités ont repris au Sahara occidental entre le Polisario et les forces marocaines. Et l’Espagne s’est bien gardée d’informer le Maroc de l’hospitalisation du chef du Polisario à Logroño, là où l’on ne risquait pas de le démasquer sous un nom d’emprunt. Car Brahim Ghali est sous le coup d’une plainte déposée en Espagne par trois Sahraouis pour « violation des droits humains » à l’époque où ils vivaient dans les camps de réfugiés de Tindouf, en Algérie.

Ainsi le conflit du Sahara occidental, source d’un insoluble contentieux entre l’Algérie et le Maroc, empoisonne-t-il aussi les relations du royaume marocain avec ses partenaires de l’autre rive de la Méditerranée. L’attente de la décision – a priori d’ici à cet été – de la Cour de justice de l’Union européenne sur les accords commerciaux nourrit également la tension, si d’aventure la Cour estimait que l’extension de ces accords au Sahara occidental signifie qu’il n’y a pas une souveraineté du Maroc sur ces territoires.