Rfi, la voix de l’ingérence médiatique
Rfi, la voix de l’ingérence médiatique
Radio France Internationale (RFI), sous couvert de liberté éditoriale, semble une fois de plus jouer un rôle délicat dans l’escalade des tensions entre la Mauritanie et le Sénégal. L’ampleur de sa couverture médiatique, centrée sur des témoignages unilatéraux et partiels, révèle une volonté manifeste de polarisation à un moment où les deux pays cherchent à surmonter un épisode sensible lié à la question migratoire. L’usage stratégique des récits émotionnels, diffusés depuis Saint-Louis, rappelle les méthodes controversées de la station dans d’autres contextes africains marqués par des crises identitaires et des affrontements civils.
Saint-Louis, ville emblématique à la fois par son histoire et sa proximité avec la frontière mauritanienne, a été choisie sciemment pour servir de base à ces diffusions. C’est un lieu symbolique chargé de mémoires partagées mais parfois douloureuses, où se concentrent nombre de Sénégalais ayant des attaches historiques ou des expériences de vie liées à la Mauritanie. Exploiter ce contexte pour recueillir des témoignages émotionnels et souvent difficilement vérifiables n’est pas anodin. La ville incarne un carrefour de récits parfois marqués par la frustration, le ressentiment ou l’incompréhension, et RFI a exploité cette réalité pour en faire un terrain fertile à la polémique.
Les témoignages diffusés, relatant des expériences de mauvais traitements et d’expulsions, sont présentés de manière isolée, sans perspective ni mise en contexte. Ils ne tiennent compte ni des réalités sécuritaires complexes de la région ni des efforts déployés par les deux gouvernements pour gérer des flux migratoires souvent illégaux dans un environnement régional tendu. En amplifiant ces récits sans nuance, RFI contribue à renforcer une perception négative et partielle de la Mauritanie, au détriment des efforts diplomatiques en cours.
Il est légitime de se demander si cette approche relève d’une simple maladresse éditoriale ou d’une intention plus sournoise d’influencer les perceptions publiques. La radio, qui a été à plusieurs reprises expulsée par des pays africains pour ses prises de position partiales, semble ici servir des intérêts qui dépassent la simple information journalistique. La France, à travers ses canaux médiatiques, continue de projeter une influence sur ses anciennes colonies, tentant de préserver un rôle de « référence » dans une région où son poids géopolitique est de plus en plus contesté.
L’histoire récente du continent africain est marquée par plusieurs épisodes où RFI a joué un rôle déstabilisateur. Au Rwanda, en 1994, ses analyses controversées du génocide ont été critiquées pour leur manque de discernement et leur tendance à polariser les récits, contribuant à des incompréhensions profondes sur la nature du conflit. En Côte d’Ivoire, la radio a été perçue comme prenant position en faveur d’un camp lors de la crise post-électorale de 2010 à 2011, alimentant les tensions et contribuant à la fracture sociale. Des situations similaires ont été observées en République centrafricaine, où les récits dramatisés ont parfois exacerbé les divisions religieuses et communautaires, au point de susciter des réactions virulentes contre ses correspondants sur place. Rfi et france 24 tout simplement suspendus au Mali et au Niger qui les jugent aux pratiqueset rôles comparables à la » Radio des milles collines ».
Face à cette situation, il est non seulement nécessaire mais aussi urgent d’envisager des mesures fermes et proportionnées. Il s’agirait, dans un premier temps, de sommer les antennes locales de RFI en Mauritanie de s’expliquer sur ces choix éditoriaux qui menacent de fragiliser davantage les relations avec un voisin stratégique. Si cette tentative de clarification n’aboutit pas, la menace d’une suspension, voire d’une expulsion définitive, doit être envisagée pour préserver la stabilité intérieure et prévenir toute dérive incontrôlable. Les conséquences d’une telle campagne de désinformation pourraient être désastreuses, car elles pourraient exacerber les rancœurs historiques, polariser les communautés et perturber l’équilibre fragile d’une région déjà marquée par les défis sécuritaires.
Tout comme les autorités sénégalaises, conscientes des conséquences potentiellement néfastes de cette campagne médiatique, se doivent également de prendre leurs distances avec toute initiative susceptible de compromettre les relations de bon voisinage et de collaboration stratégique entre les deux pays. La présence sur leur sol d’équipes de RFI, instrumentalisant des témoignages pour alimenter une polémique inflammable, est un défi à leur propre souveraineté et à leur engagement à favoriser la stabilité régionale. Si Dakar aspire à préserver la paix sociale et à éviter les pièges de la manipulation extérieure, il est impératif qu’elle veille à ce que son territoire ne devienne pas une tribune pour des entreprises médiatiques visant à déstabiliser des partenaires historiques.
Il ne s’agit pas de restreindre la liberté d’expression ou de censurer la presse internationale, mais de protéger les intérêts supérieurs des deux nations contre des attaques médiatiques déguisées en informations objectives. L’histoire a montré que de telles manipulations peuvent être le prélude à des déstabilisations plus larges, souvent orchestrées à distance pour servir des agendas géostratégiques non avoués. Prévenir ces dérives, c’est non seulement un devoir de souveraineté pour la Mauritanie et le Sénégal, mais aussi une nécessité impérieuse pour préserver la paix et la cohésion sociale dans une région déjà vulnérable.
À noter également que TV5 Monde, autre média influent du paysage audiovisuel francophone, a pris le relais sur ce sujet sensible, reprenant à son tour des témoignages similaires. La diffusion à plus large échelle de ces récits sans nuance ni contextualisation approfondie risque d’amplifier les effets déjà néfastes de la couverture initiale de RFI. La coordination apparente de ces canaux médiatiques, tous liés à l’influence française, soulève des interrogations sur les objectifs réels de cette campagne médiatique et sur la volonté d’instrumentaliser les sensibilités locales à des fins géostratégiques. Ignorer ces tentatives d’influence serait une erreur aux conséquences potentiellement désastreuses.
Haroun Rabany
harounrab(at)gmail(dot)com