Pourquoi la retraite fait peur au fonctionnaire mauritanien ?
Entre chute de pouvoir d’achat, dépréciation de l'ouguiya et absence de couverture santé, découvrez pourquoi la retraite est synonyme de précarité en Mauritanie.

Pourquoi la retraite fait peur au fonctionnaire mauritanien
La retraite en Mauritanie n’est pas une pause, c’est souvent une chute de niveau de vie. Cette situation s’explique d’abord par le fait que le salaire d’un fonctionnaire de base est déjà faible comparé au coût de la vie. Or la pension se calcule sur la base de ces salaires, donc elle tombe souvent sous le seuil qui permet de vivre décemment, surtout sans autre source de revenu ni épargne.
Le facteur qui aggrave tout, c’est la dépréciation continue de l’ouguiya. Parce que l’essentiel des produits de base sont importés, riz, sucre, huile, médicaments et carburant, chaque perte de valeur de la monnaie se répercute immédiatement sur le panier de ménage. Le fonctionnaire actif le ressent dès qu’il fait ses courses, et le retraité le subit encore plus fort puisque sa pension reste fixe. Résultat, le pouvoir d’achat s’érode année après année, et l’écart entre ce qu’il faut pour vivre et ce qu’on perçoit ne cesse de se creuser.
En parallèle, le système de protection sociale reste limité. Il n’existe pas de mutuelle santé efficace et généralisée pour les retraités, et l’inflation sur les soins et les médicaments pèse lourd. Beaucoup continuent par ailleurs de financer les études des enfants, les mariages et les obligations familiales, si bien que la pension ne couvre que quelques dépenses ponctuelles, pas une vie entière. De plus, une fois à la retraite, les avantages liés au poste disparaissent d’un coup. En activité, beaucoup comptent sur primes, réseaux et accès au crédit, mais ces ressources s’évanouissent au moment du départ. On passe alors d’un revenu actif à une pension passive sans transition.
C’est pourquoi, faute de pouvoir vivre de leur pension, de nombreux instituteurs, militaires et policiers reprennent un emploi dans le privé, souvent bien au-delà de l’âge légal. La retraite devient ainsi une transition vers un autre travail, pas vers le repos. Même au sommet de l’État, le constat est lucide : récemment, un ex-ministre ayant cheminé avec presque tous les pouvoirs et membre actif du parti Insaf a déclaré qu’on ne peut pas être riche en étant fonctionnaire.
Comme le dit Ahmed, vieil instituteur : « Notre salaire ne satisfait que quelques circonstances, on est vieux mais on est tenu de travailler, la retraite ne signifie pas repos mais une nouvelle plongée dans la galère. » Un agent de sécurité de plus de 70 ans renchérit : « C’est difficile, c’est dur la retraite. Je bouge dans la sécurité, j’ai plus de 70 ans et Allah sait que c’est difficile. »
En définitive, la dépréciation de l’ouguiya transforme la retraite en prolongement de la précarité. C’est pour cette raison que beaucoup repoussent l’âge de départ, demandent des prolongations ou cumulent plusieurs activités avant 60 ans afin de constituer un matelas. L’objectif n’est pas de s’enrichir, mais d’éviter de replonger dans la galère à 70 ans.
_Yahya Niane pour Rapideinfo_



