Réforme de l’Administration en Mauritanie : 9 Pistes pour une Gouvernance Efficace
Découvrez la tribune de Debellahi Abdel Jelil sur la modernisation de l'administration en Mauritanie : séparation politique/administratif, numérisation, éradication du népotisme et gouvernance par les résultats.


POUR UNE ADMINISTRATION EFFICACE
ET ORIENTÉE VERS LES RÉSULTATS
À l’occasion de la formation du nouveau gouvernement ce 10/10/2026, une opportunité historique s’offre à l’État mauritanien pour engager une modernisation profonde de son administration. Au-delà du choix des hommes et des femmes appelés à diriger les départements ministériels, l’enjeu essentiel réside dans la transformation des méthodes de gouvernance et des mécanismes administratifs.
- 𝐌𝐞𝐭𝐭𝐫𝐞 𝐟𝐢𝐧 𝐚̀ 𝐥‘𝐞𝐱𝐜𝐞̀𝐬 𝐝𝐞 𝐯𝐞𝐫𝐭𝐢𝐜𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥‘𝐚𝐝𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐞́𝐫𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞
L’administration mauritanienne demeure fortement marquée par une concentration excessive des décisions au niveau du ministre.
Cette verticalité engendre plusieurs conséquences négatives :
- ralentissement des processus de décision ;
- surcharge permanente des ministres sur des dossiers parfois mineurs ;
- affaiblissement des responsabilités intermédiaires ;
- confusion entre fonctions politiques et fonctions administratives ;
- instabilité administrative à chaque changement gouvernemental.
𝐏𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧
Instaurer clairement une séparation fonctionnelle entre deux postes, avec le même niveau de préséance :
𝐃𝐢𝐫𝐞𝐜𝐭𝐞𝐮𝐫 𝐝𝐞 𝐂𝐚𝐛𝐢𝐧𝐞𝐭
Responsable :
- des questions politiques ;
- de la coordination gouvernementale ;
- des relations extérieures ;
- de la communication institutionnelle ;
- du suivi des orientations stratégiques du ministre.
Il serait assisté d’un nombre limité de conseillers spécialisés.
𝐒𝐞𝐜𝐫𝐞́𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐆𝐞́𝐧𝐞́𝐫𝐚𝐥
Responsable :
- de l’administration générale ;
- de la gestion des ressources humaines ;
- des finances ;
- de l’exécution budgétaire ;
- de la coordination des directions techniques ;
- du suivi opérationnel des politiques publiques.
Cette réforme permettrait au ministre de se concentrer sur sa mission essentielle : définir la vision, arbitrer les choix stratégiques et rendre compte des résultats.
- 𝐅𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐨𝐫𝐠𝐚𝐧𝐢𝐠𝐫𝐚𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐯𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞𝐬 𝐨𝐮𝐭𝐢𝐥𝐬 𝐝𝐞 𝐠𝐞𝐬𝐭𝐢𝐨𝐧
Dans de nombreuses administrations, les organigrammes constituent davantage des représentations théoriques que des instruments de management.
Il en résulte :
- chevauchements de compétences ;
- conflits d’attributions ;
- dilution des responsabilités ;
- difficultés d’évaluation des performances.
𝐏𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧
Procéder à une revue exhaustive des organigrammes de l’administration centrale et déconcentrée.
Pour chaque structure et chaque poste :
- définir précisément les missions ;
- élaborer un cahier des charges détaillé ;
- définir les compétences requises ;
- établir des indicateurs de performance ;
- préciser les responsabilités et les obligations de résultats.
Les nominations devraient être fondées sur l’adéquation entre le profil du candidat et les exigences du poste.
- 𝐑𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐨𝐬𝐭𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐞𝐢𝐥𝐥𝐞𝐫𝐬, 𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞́𝐬 𝐝𝐞 𝐦𝐢𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐭 𝐟𝐨𝐧𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐚𝐬𝐬𝐢𝐦𝐢𝐥𝐞́𝐞𝐬
L’accumulation de postes aux intitulés prestigieux mais aux missions souvent imprécises a progressivement contribué à :
- alourdir les dépenses publiques ;
- multiplier les circuits décisionnels ;
- créer des zones de responsabilité floues ;
- favoriser parfois des nominations davantage fondées sur des considérations relationnelles que fonctionnelles.
𝐏𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧
- Limiter strictement le nombre de conseillers dans chaque département.
- Supprimer les postes sans missions clairement définies.
- Assujettir chaque fonction de conseil à une lettre de mission précise.
- Publier les missions et objectifs assignés aux collaborateurs de cabinet.
Le principe devrait être simple : aucun poste sans fonction clairement identifiée et sans valeur ajoutée démontrable.
- 𝐂𝐫𝐞́𝐞𝐫 𝐝𝐞𝐬 𝐚𝐠𝐞𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐫𝐞́𝐟𝐞́𝐫𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞́𝐞𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐧𝐨𝐫𝐦𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐪𝐮𝐚𝐥𝐢𝐭é
Dans plusieurs secteurs stratégiques, l’État souffre d’un déficit d’autorités techniques capables d’élaborer les standards nationaux et de veiller à leur application.
𝐏𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧
Créer progressivement des agences nationales de référence dans des domaines tels que :
- l’eau et l’agriculture;
- l’énergie ;
- les infrastructures ;
- l’environnement ;
- le numérique ;
- la santé ;
- l’enseignement et la formation professionnelle.
Ces agences seraient chargées :
- d’élaborer les normes nationales ;
- de certifier la conformité des projets ;
- de réaliser des audits techniques ;
- de contrôler l’application des standards ;
- de publier régulièrement des rapports sectoriels.
Leur autorité technique devrait être reconnue et respectée par l’ensemble des acteurs publics et privés.
- 𝐈𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐞𝐫 𝐮𝐧𝐞 𝐀𝐮𝐭𝐨𝐫𝐢𝐭𝐞́ 𝐝𝐞 𝐌𝐨𝐫𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐞𝐭 𝐝‘𝐈𝐧𝐭𝐞́𝐠𝐫𝐢𝐭𝐞́ 𝐏𝐮𝐛𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞
Les nominations à certains postes stratégiques de l’État exigent non seulement des compétences techniques mais également des garanties d’intégrité.
𝐏𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧
Créer une Autorité de Moralité et d’Intégrité Publique indépendante chargée de produire un avis confidentiel et motivé avant toute nomination aux postes sensibles:
- directions générales ;
- entreprises publiques ;
- autorités de régulation ;
- établissements stratégiques ;
- grandes agences nationales.
L’évaluation pourrait porter notamment sur :
- l’intégrité personnelle ;
- les conflits d’intérêts éventuels ;
- les antécédents disciplinaires ;
- la réputation professionnelle ;
- la transparence patrimoniale.
Sans être juridiquement contraignant, en raison des dispositions constitutionnelles, cet avis constituerait un outil d’aide à la décision pour les plus hautes autorités de l’État.
- 𝐈𝐧𝐭𝐫𝐨𝐝𝐮𝐢𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐞 𝐜𝐮𝐥𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐝‘𝐨𝐛𝐥𝐢𝐠𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐫𝐞́𝐬𝐮𝐥𝐭𝐚𝐭𝐬
L’administration demeure souvent évaluée sur ses moyens plutôt que sur ses résultats.
𝐏𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧
Instaurer pour chaque ministre :
- une lettre d’objectifs annuels ;
- des indicateurs mesurables ;
- un tableau de bord gouvernemental ;
- une évaluation périodique des performances.
Chaque département devrait publier annuellement un bilan de réalisations accessible au public, et validée par l’agence sectorielle de compétence.
- 𝐑𝐞𝐧𝐟𝐨𝐫𝐜𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐦𝐨𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭é 𝐞𝐭 𝐥𝐚 𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐨𝐜𝐫𝐚𝐭𝐢𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐚 𝐡𝐚𝐮𝐭𝐞 𝐟𝐨𝐧𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞
Le développement de l’administration passe par l’émergence d’une haute fonction publique professionnelle.
𝐏𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧
- Instituer des appels à candidature pour les postes de direction.
- Généraliser les concours et procédures transparentes.
- Favoriser la mobilité entre ministères.
- Créer un vivier national des hauts potentiels de l’administration.
L’objectif est de promouvoir les compétences plutôt que les appartenances.
- 𝐆é𝐧𝐞é𝐫𝐚𝐥𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐧𝐮𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐞 𝐥‘𝐚𝐝𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧
La réforme administrative ne peut réussir sans une numérisation massive des procédures.
𝐏𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧
- dématérialisation des circuits administratifs ;
- gestion électronique des documents ;
- signature électronique ;
- interconnexion des bases de données publiques ;
- suivi numérique des projets gouvernementaux.
Chaque décision, chaque dépense et chaque projet devraient pouvoir être suivis en temps réel par les responsables habilités.
La numérisation requiert une connectivité de qualité et une couverture convenable du territoire national. Cela suppose que la régulation en la matière soit rattachée au MTNMA et non à une autorité relevant de la Présidence de la République.
- 𝐂𝐫𝐞́𝐞𝐫 𝐮𝐧𝐞 𝐂𝐞𝐥𝐥𝐮𝐥𝐞 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞 𝐝‘𝐞́𝐯𝐚𝐥𝐮𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬 𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬 𝐚𝐮𝐩𝐫𝐞̀𝐬 𝐝𝐮 𝐏𝐫𝐞𝐦𝐢𝐞𝐫 𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐫𝐞
Beaucoup de politiques publiques sont lancées sans mécanismes rigoureux d’évaluation.
𝐏𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧
Mettre en place une structure légère directement rattachée au Premier ministre chargée :
- d’évaluer l’efficacité des programmes publics ;
- de mesurer les impacts économiques et sociaux ;
- de proposer des réorientations ;
- d’identifier les dépenses inefficaces.
Cette structure fournirait au gouvernement une capacité permanente d’apprentissage et d’amélioration.
La première mission évaluative de cette structure devrait concerner l’approche projets. N’est-il pas temps de tirer les bonnes conclusions et changer de paradigme de développement en adoptant une approche programmes ?
𝐂𝐨𝐧𝐜𝐥𝐮𝐬𝐢𝐨𝐧
La réussite du prochain gouvernement dépendra moins de la multiplication des structures ou des annonces que de la construction d’une administration professionnelle, responsabilisée et orientée vers les résultats. La Mauritanie dispose aujourd’hui d’une occasion rare pour engager une réforme institutionnelle ambitieuse fondée sur quatre principes simples : 𝑐𝑙𝑎𝑟𝑖𝑓𝑖𝑒𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑟𝑒𝑠𝑝𝑜𝑛𝑠𝑎𝑏𝑖𝑙𝑖𝑡𝑒́𝑠, 𝑝𝑟𝑜𝑓𝑒𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛𝑛𝑎𝑙𝑖𝑠𝑒𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑛𝑜𝑚𝑖𝑛𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠, 𝑒́𝑣𝑎𝑙𝑢𝑒𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑝𝑒𝑟𝑓𝑜𝑟𝑚𝑎𝑛𝑐𝑒𝑠 𝑒𝑡 𝑟𝑒𝑛𝑓𝑜𝑟𝑐𝑒𝑟 𝑙‘𝑖𝑛𝑡𝑒́𝑔𝑟𝑖𝑡𝑒́ 𝑝𝑢𝑏𝑙𝑖𝑞𝑢𝑒.
Une telle réforme constituerait l’un des leviers les plus puissants pour accélérer le développement du pays, renforcer la confiance des citoyens et améliorer durablement l’efficacité de l’action publique.
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Debellahi ABDEL JELIL
10/10/2026


