Quand BBY parlait de Moctar Ould Daddah:

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Quand BBY parlait de Moctar Ould Daddah:

« Y a-t-il des gens que Jeune Afrique a aidés à sortir de prison ?

Oui, il y en a certainement. Dès 1960, nous avons aidé la Mauritanie, et d’une manière assez efficace, je crois. Elle était menacée par le Maroc, et c’est le président Bourguiba qui, le premier, l’a soutenue contre ce qui apparaissait alors comme de l’hégémonisme marocain. Je ne connais pas ses motivations, mais il nous a inculqué cela.

La Mauritanie était une sorte de protégée de la Tunisie, et moi, je voulais connaître Moktar Ould Daddah. Je suis allé là-bas, il m’a décoré – à l’époque c’était une mode et Senghor l’avait fait avant lui, ainsi que le maréchal Tito de Yougoslavie. Depuis, je me suis fait une règle de n’accepter aucune décoration. Moktar Ould Daddah et moi sommes devenus amis.

En 1978, victime d’un coup d’État, il a été enfermé dans un fort très éloigné de la capitale. Par chance, à ce moment-là, j’ai rencontré Giscard avec quatre ou cinq de mes collaborateurs, dont Hamid Barrada et Siradiou Diallo, alors condamnés à mort dans leurs pays, ce qui a horrifié Giscard quand je le lui ai révélé. Il m’a demandé à la fin de l’entretien : « Qu’est-ce que je peux faire pour que l’opinion africaine se rende compte du rôle positif de la France ? » Il s’apprêtait à se rendre en Guinée pour sceller la réconciliation avec Sékou et voulait que Jeune Afrique soutienne sa démarche. Je lui ai dit : « Il y a une initiative facile que vous pouvez prendre. Un chef d’État respecté, intègre, Moktar Ould Daddah, que des militaires ont déposé, croupit actuellement dans un cachot. La France a les moyens de le sortir de là et de l’héberger. » Je lui ai dit : « Vous pouvez même faire cela avec le président Bourguiba, qui est actuellement hospitalisé en Allemagne. » Il l’a fait dans la semaine.

Ould Daddah a été libéré. Il est arrivé à Paris en plein hiver, en boubou, et sans même un sous-vêtement ! Je me souviens que Jacques Foccart, qui n’était plus en fonction à l’époque, est allé lui acheter un costume. Moktar Ould Daddah­ était malade et a été opéré au Val-de-Grâce. Après un ou deux mois, les militaires mauritaniens de l’époque ont regretté leur geste et ont eu le mauvais goût de dire à Giscard : « Maintenant que les soins médicaux sont terminés, vous nous le ramenez. » Giscard a eu une très belle réponse : « La France n’est pas une annexe des prisons mauritaniennes. » Il a donc refusé.

Plus tard, Giscard, Houphouët et Hassan II ont pensé le faire revenir au pouvoir. Ils l’ont même convoqué à une réunion. Mais il n’a pas marché. « Je ne suis pas David Dacko », leur a-t-il dit, se référant à l’homme que Giscard a installé à la place de Bokassa. »

Sneiba Mohamed