Protestations après élection en Mauritanie : causes, enjeux et comparaisons internationales
Analyse approfondie des protestations après élection en Mauritanie, de la présidentielle de 2024 aux précédents africains et mondiaux, entre contestation politique et enjeux démocratiques.
Les protestations après élection en Mauritanie, observées à la suite de la présidentielle de juin 2024, s’inscrivent dans une dynamique plus large de contestations post-électorales touchant de nombreux États africains et au-delà. Entre rejet des résultats, mobilisation populaire, réponse sécuritaire et appels au dialogue, ces événements soulèvent une question centrale : celle de la confiance dans le processus électoral et dans les institutions chargées de l’arbitrer.
Une présidentielle sous tension
L’élection présidentielle du 29 juin 2024 a officiellement consacré la réélection du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, crédité de plus de 56 % des suffrages dès le premier tour, selon les chiffres publiés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
Cependant, ces résultats ont été fermement rejetés par une partie de l’opposition, au premier rang de laquelle figure le député et militant abolitionniste Biram Ould Dah Abeid, arrivé deuxième selon les résultats officiels. Celui-ci a dénoncé ce qu’il a qualifié de « processus électoral biaisé », appelant ses partisans à exprimer leur rejet par des manifestations pacifiques.
« Nous ne reconnaissons pas ces résultats qui ne reflètent pas la volonté réelle du peuple mauritanien »
, a déclaré Biram Dah Abeid à l’issue de l’annonce officielle.
Des protestations après élection en Mauritanie aux contours multiples
Dans les jours ayant suivi la proclamation des résultats, des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes, notamment à Nouakchott, Kaédi, Rosso, Zouerate et Nouadhibou. Si certaines mobilisations sont restées pacifiques, d’autres ont dégénéré en affrontements avec les forces de sécurité, donnant lieu à des arrestations et à des actes de vandalisme.
Les autorités ont fait état de troubles à l’ordre public, justifiant le déploiement des forces de sécurité et la prise de mesures exceptionnelles, dont la restriction temporaire de l’accès à Internet mobile dans certaines zones du pays.
Le ministère de l’Intérieur a évoqué la nécessité de
« préserver la stabilité nationale et protéger les biens et les personnes » face à ce qu’il a qualifié de « violences inacceptables ».
Pertes humaines et préoccupations sur les droits humains
Ces événements ont été marqués par la mort de plusieurs manifestants, notamment dans la ville de Kaédi, suscitant de vives réactions de la société civile et d’organisations de défense des droits humains.
Des ONG locales ont appelé à des enquêtes indépendantes afin d’établir les responsabilités et d’éviter toute impunité, rappelant que le droit de manifester pacifiquement est garanti par la Constitution mauritanienne et par les engagements internationaux du pays.
Une contestation ancrée dans l’histoire politique mauritanienne
Les protestations après élection en Mauritanie ne constituent pas un phénomène inédit. Depuis l’instauration du multipartisme, plusieurs scrutins présidentiels et législatifs ont été suivis de contestations plus ou moins intenses, souvent liées à :
une défiance persistante envers les institutions électorales,
la faible judiciarisation des contentieux électoraux,
des fractures sociales, communautaires et économiques anciennes,
et le rôle historiquement central de l’appareil sécuritaire dans la gestion des crises politiques.
Cette configuration alimente un cycle récurrent où l’élection, au lieu de clore la compétition politique, en devient le prolongement conflictuel.
Regards croisés : la Mauritanie et les crises post-électorales ailleurs dans le monde
La Mauritanie n’est pas un cas isolé. À travers le monde, de nombreux chefs d’État ont été confrontés à des contestations post-électorales similaires.
En Afrique
Togo (2005) : violences meurtrières après l’élection de Faure Gnassingbé.
Guinée (2013, 2020) : affrontements prolongés sur fond de contestation des résultats et de divisions ethno-politiques.
Malawi (2019-2020) : mobilisation populaire ayant conduit à l’annulation du scrutin par la Cour constitutionnelle.
Hors du continent africain
États-Unis (2020) : contestation du résultat de la présidentielle par Donald Trump, culminant avec l’assaut du Capitole.
Bolivie (2019) : protestations massives ayant entraîné la démission du président Evo Morales.
Ces exemples illustrent une constante : lorsque la confiance dans les mécanismes électoraux est rompue, la rue devient un espace d’arbitrage politique.
Entre maintien de l’ordre et exigence de dialogue
La gestion des protestations post-électorales pose un dilemme central aux États : comment préserver la stabilité sans étouffer les libertés fondamentales ?
En Mauritanie, plusieurs voix appellent à :
renforcer l’indépendance et la crédibilité des institutions électorales,
garantir un accès effectif aux recours juridiques,
ouvrir des espaces de dialogue politique inclusif,
et professionnaliser davantage la gestion sécuritaire des manifestations.
Conclusion : une démocratie en construction sous pression
Les protestations après élection en Mauritanie révèlent moins une anomalie qu’un symptôme : celui d’un système démocratique encore en consolidation, où l’élection demeure un moment de forte vulnérabilité politique.
À l’instar de nombreux pays, la Mauritanie est confrontée à un choix stratégique : transformer la contestation en opportunité de réforme, ou laisser s’installer un cycle répétitif de méfiance et de tensions. L’enjeu dépasse un scrutin ou un mandat ; il touche à la légitimité durable de l’État et à la confiance citoyenne.
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