Politique d’ouverture du régime de Ould Ghazouani : déboucher sur des mesures concrètes

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Amorcée depuis son arrivée au pouvoir en aout 2019, la politique d’ouverture du président Ould Ghazouani s’étend au reste de la classe politique stigmatisée jusqu’à présent. Recevant plusieurs chefs de partis politiques et de larges segments de la société civile, le Président avait affiché sa volonté de dialoguer, d’améliorer la situation du pays, et de dépoussiérer les dossiers non traités depuis longtemps.

Des présidents de l’APP Messaoud Ould Boulkheir, de la CVE Kane Hamidou Baba, du RFD, Ahmed Ould Daddah, du Hatem Saleh Ould Hannena, de l’UFP Mohamed Ould Maouloud, du parti Sawab Abdessalam OuldHorma et du mouvement abolitionniste IRA et RAG Biram Dah Abeid ,chacun s’est ainsi entretenu avec Ghazouani. Les opposants n’ont pas hésité à saisir la main tendue par le nouveau président, en toute humilité,en vue de trouver des solutions concrètes aux problèmes des Mauritaniens et surtout amorcer une véritable transition démocratique.
Après ce ballet incessant, le Chef de l’Etat vient de franchir un pas.En effet, dans le cadre de sa normalisation avec l’opposition, Ghazouani a’’ brisé la glace’’, en recevant mardi dernier au palais présidentiel, pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, le président des forces progressistes pour le changement, Thiam samba.
Dans un posting sur sa page Facebook, Thiam Samba a dit que cette audience lui a permis de briser la glace entre le président et lui, avant d’ajouter que l’entrevue avait été timide au départ mais s’était terminée dans un climat serein.
Il a ajouté que cette rencontre a été consacrée à des ‘’généralités relatives à la vision de son mouvement pour la participation à la discussion des problèmes dans l’intérêt de la nation. A faire de sorte que ‘’ la diversité ne tourne pas en adversité’’, étant entendu que personne n’avait l’apanage du patriotisme.
Pour Samba Thiam ‘’discuter ou se parler des défis nationaux entre les acteurs politiques est en soi un prélude à une solution », ajoutant que selon l’adage « un problème débattu est à moitié résolu, dit l’adage …’’.
Le président des forces progressistes pour le changement a renouvelé la disponibilité de son mouvement à soutenir et accompagner toutes les étapes dans la bonne direction.
Samba Thiam avait adressé, il y a quelques jours, une lettre au président de la cour suprême pour protester contre le retard dans l’obtention du récépissé de son parti Les forces progressistes pour le changement. Son dossier de recours pour la régularisation de sa situation personnelle est toujours mis en sommeil pour des raisons politiques évidentes liées à son statut d’ancien dirigeant des FLAM alors que tous les autres anciens prisonniers civils et militaires de 86 ont été indemnisés et par conséquent recouvré leur droit à la pension de retraite. Un acharnement contre lui injustifiable malgré de nombreuses relances.
Cette volonté du président mauritanien de décrispation politique au cœur de cette communication est considérée par le chef historique du premier mouvement de libération africaine de Mauritanie comme une amorce de solution à la marginalisation des leaders négro-africains contre le système qu’ils qualifient de racisme d’Etat. Samba Thiam se réjouit du climat détendu des échanges tout en renouvelant les dispositions des FPC à accompagner le président Ould Ghazouani dans la bonne direction. Le symbole est bien choisi par le locataire du palais de Nouakchott, le premier jour du Ramadan pour briser ainsi la glace. C’est un bon signe qui ne doit pas tromper les observateurs qui attendent que le pouvoir mette fin à la diabolisation des FPC, un parti d’avant-garde des libertés dont le principal objectif est de rassembler tous les mauritaniens pour une Mauritanie apaisée et réconciliée avec elle-même.
Même si des divergences de fond persistent comme c’est toujours le cas en démocratie, l’opposition qui a montré de son côté de bonnes dispositions pour la recherche d’un climat apaisé, a elle même reconnu la nouvelle politique d’ouverture du chef de l’Etat. Auparavant, il aurait été difficile de voir tous les partis se rassembler dans un front uni, comme cela a été le cas à dans le cadre de la lutte contre la crise de la Covid-19. Biram Dah Abeid, qui dirige l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste et qui a terminé deuxième à la dernière élection présidentielle, saluait d’ailleurs l’esprit avec lequel le Président gouverne. « J’ai constaté beaucoup de modération et de pondération » avait-il indiqué, même si des points de désaccords persistent entre les deux hommes.

Une politique en rupture avec le passé ?

Saluant l’ouverture démocratique actuelle en Mauritanie,le député Biram Dah Abeïd soutient que le pouvoir actuel n’est pas un pouvoir vindicatif. ’’C’est un pouvoir qui agit ! C’est un pouvoir qui a planté le décor d’une certaine vision des relations avec la classe politique et la société civile. C’est un pouvoir qui ne prend pas pour option la répression systématique des opposants, l’embastillement, l’emprisonnement, la répression, la torture, les procès politiques, les condamnations, la diabolisation et le discours vindicatif à l’extérieur’’.
D’autant que Ould Ghazouani amorcé une politique plus ouverte que celle de son prédécesseur, dont les rapports avec ses opposants avaient été très tendus pendant 11 ans.
Le député a expliqué :‘’ce changement requiert, de nous, un certain réajustement de notre action d’opposition qui n’est plus une action de confrontation systématique ». Non !!! C’est une action de mesure et de quantification des concessions que le pouvoir en place fait, face à l’opposition », a-t-il ajouté. « On doit agir en conséquence. On doit occuper le terrain des libertés démocratiques, le terrain de la pacification de l’espace civil. Nous ne sommes plus interdits d’aller à Sélibaby, d’aller à Rosso, de circuler dans le territoire national, de rencontrer et d’organiser les populations. Et on doit jouir de ce droit fondamental relevant des libertés publiques. Nous devons aussi jouir de cette liberté d’association, de réunion, de parole consacrée dans le nouveau projet du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani’’.
Le député a salué l’ouverture et les concessions démocratiques du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et de son gouvernement ‘’qui sont un droit de tous les mauritaniens mais un droit qui était confisqué auparavant’’, a-t-il dit.
Il a indiqué que le projet politique qu’il prône va corriger les nombreuses lacunes constatées dans différents domaines par la discussion et la collaboration de tous les acteurs politiques du pays, notamment le Président de la République, son gouvernement et son parti mais aussi les autres acteurs politiques partenaires. Dans cette logique , Biram a convié tous les Mauritaniens, à se mettre au travail. « Il faut resserrer vos rangs, expliquer que la donne ne peut être que démocratique. Le changement ne peut être que démocratique et pacifique », a-t-il conclu.

Néanmoins, malgré ces actions, plusieurs acteurs de la société civile estiment que beaucoup reste à faire. Pour certains observateurs, les actions du gouvernement restent cantonnées à l’étape de discussions avec l’opposition et il est important d’adopter des mesures encore plus fortes pour réussir à éradiquer le phénomène de l’esclavage en Mauritanie, les recrutements discriminatoires au sein de la fonction publique, le difficile accès des citoyens à l’Etat civil, le népotisme,la cherté du coût de la vie, le chômage, les expropriations de parcelles agricoles ..
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Opération de sape

La nécessité d’une relation apaisée entre le pouvoir et l’opposition est saluée par les observateurs.
Selon Biram, dans toute démocratie normale, il doit y avoir des relations apaisées entre le pouvoir et l’opposition. Si le pouvoir fait de bonnes choses l’opposition doit s’en féliciter.
‘’Mon objectif affirme-t-il ce n’est pas de mettre des peaux de bananes devant le pouvoir mais de le conseiller pour qu’il agisse pour le bien de tous. L’objectif pour lui c’est de s’entendre et de collaborer positivement avec le pouvoir. Même si révèle Biram cela n’est pas du goût de tous y compris au sein du pouvoir. Ainsi certains cercles à l’intérieur et à l’extérieur du pouvoir s’évertuent à faire capoter la lune de miel entre Biram et le Président Ghazouani’’.
Force est de reconnaître que si le président de la République a fait visiblement preuve d’une grande qualité d’écoute et d’humilité, l’opposition a aussi le mérite d’avoir accepté de tourner la page. Elle reste dans la mesure, le bon ton et se rend disponible pour le dialogue initiée par le président Ghazouani.
Quoi qu’il en soit, si elle est organisée dans les prochains mois, la grande concertation nationale doit déboucher sur des mesures encore plus fortes.

Saydou Nourou T.

eveilhebdo.info