Les « peshmergas » ont pris d’assaut le journalisme mauritanien
Découvrez la tribune d'Abdoulaziz DEME sur la dérive de la presse en Mauritanie, menacée par les mercenaires de l'opinion et la marchandisation de l'information.

Journalisme
Face à la prolifération des « peshmergas » — ces mercenaires de l’information qui monnayent leur plume au plus offrant —, le journalisme mauritanien fait face à une crise déontologique majeure. Dans une tribune sans concession, Abdoulaziz DEME dénonce la dérive d’une presse transformée en marché d’influence et appelle les véritables journalistes à reconquérir l’éthique et l’indépendance de la profession.
Le journalisme mauritanien est en danger.
Non pas parce qu’il manque de talents, de plumes courageuses ou de citoyens avides de vérité.
Il est en danger parce qu’une espèce nouvelle s’est installée dans l’espace médiatique : les « peshmergas ».
Ces hommes et ces femmes ne sont pas des journalistes.
Ce sont des vendeurs d’influence.
Ils ne cherchent pas la vérité : ils la monnayent. Ils ne protègent pas le citoyen : ils le manipulent.
Ils ne dérangent pas les puissants : ils se mettent à leur service.
Le micro au service du plus offrant
Le vrai journaliste enquête, vérifie, confronte, publie et assume.
Le « peshmerga », lui, attend le client.
Aujourd’hui il défend un responsable, demain il démolit son rival. Hier il taisait un scandale, aujourd’hui il en fabrique un autre.
Son unique boussole n’est ni l’éthique, ni le peuple, ni la vérité : c’est le contrat.
Ils ont transformé l’information en marchandise.
Un titre contre de l’argent. Un silence contre un avantage. Une campagne de haine contre une position. Un reportage complaisant contre une faveur.
Et pendant qu’ils s’enrichissent, le citoyen, lui, avale des mensonges emballés en informations.
Ils ne détruisent pas seulement des réputations.
Quand un « peshmerga » s’infiltre dans les médias, ce n’est pas seulement un journaliste qu’il écrase.
C’est la confiance publique qu’il assassine. C’est la vérité qu’il enterre. C’est la démocratie qu’il affaiblit.
Car sans presse libre, il n’y a plus de contre-pouvoir. Sans journalistes indépendants, les détournements prospèrent, les injustices se taisent et les puissants dorment tranquilles.
Les « peshmergas » ne font pas du journalisme : ils organisent la censure par la complaisance et la désinformation par la rumeur.
Assez de confusion.
Il faut le dire sans détour : avoir une page Facebook, une chaîne TikTok, un micro ou un site d’information ne fait pas de quelqu’un un journaliste.
Le journalisme est un métier, une déontologie, une responsabilité envers le peuple.
Les vrais journalistes mauritaniens doivent reprendre leur place. Ils doivent refuser l’argent qui achète les consciences, dénoncer les commandes déguisées en informations et distinguer clairement leur travail de celui des mercenaires de l’opinion.
La Mauritanie mérite mieux.
La Mauritanie ne mérite pas une presse transformée en bazar. Elle mérite des journalistes libres, dignes, compétents et courageux.
Elle mérite une information qui éclaire au lieu d’aveugler, qui défend au lieu de trahir, qui sert le peuple au lieu de servir les appétits.
Aux « peshmergas », le message est simple : le peuple finit toujours par reconnaître ceux qui vendent leur plume.
Et l’histoire, elle, ne pardonne pas facilement ceux qui ont troqué la vérité contre quelques billets.
Le journalisme n’est pas à vendre.
La vérité n’est pas à louer. Et la dignité d’un peuple ne se négocie pas.
© Abdoulaziz DEME



