Nouakchott entre projets d’État et incertitudes quotidiennes : l’art de trouver un équilibre
Entre subventions massives et grands projets énergétiques, le gouvernement affiche son optimisme. Mais la réalité économique des citoyens suivra-t-elle ? Analyse du fossé entre les annonces officielles du 1er juillet 2026 et le quotidien à Nouakchott.

Au lendemain du Conseil des ministres du 1er juillet 2026, l’exécutif mauritanien dessine une trajectoire ambitieuse pour Nouakchott : gel des prix des carburants, investissements massifs dans les infrastructures de Nouakchott et méga-projets énergétiques. Pourtant, derrière le rideau des chiffres flatteurs et des prévisions de croissance à 5,5 %, le quotidien des Mauritaniens reste marqué par l’incertitude. Entre volontarisme étatique et réalités du pouvoir d’achat, décryptage d’une stratégie économique sur le fil du rasoir.
La récente communication du gouvernement, après le Conseil des ministres du 1er juillet 2026, montre un grand soulagement et des promesses. D’après le plan présenté par l’exécutif, la Mauritanie semble sur le point de réaliser un exploit. Elle veut maîtriser l’inflation mondiale, rénover sa capitale, attirer de grands investisseurs dans l’énergie et inviter ses citoyens à redécouvrir la beauté de leur pays. Ainsi, un tableau presque parfait se dessine.
Sur le papier, la stratégie est séduisante. Par exemple, le gel des prix des carburants pour le mois, malgré un prix du gasoil atteignant 921 dollars, constitue un répit indéniable pour les ménages. En plus, avec une subvention mensuelle d’un milliard et demi d’ouguiyas, l’État soutient les citoyens. Ce patriotisme économique est accompagné d’un objectif à long terme. Il prévoit d’investir 116 milliards d’ouguiyas dans le développement de Nouakchott pour répondre aux besoins urgents en écoles, soins et infrastructures. Ajoutez le projet de 900 millions de dollars avec Acwa Power, censé fournir de l’électricité à bas coût. Vous obtenez alors l’histoire idéale d’une Mauritanie en avant, stable et attrayante.
Cependant, derrière les chiffres flatteurs et la rigueur apparente de la stratégie budgétaire pour 2027-2029, l’optimisme semble un peu exagéré.
Jusqu’à quand l’État pourra-t-il continuer à subventionner le litre de gasoil à 70 ouguiyas sans nuire à ses propres capacités d’investissement ? La « flexibilité » récemment instaurée ne cache-t-elle pas que des ajustements difficiles attendent les consommateurs à la rentrée ? De plus, bien que le programme touristique « Mon pays, ma destination » profite à l’hôtellerie locale durant les saisons de Guetna ou d’Hivernage, il ne peut pas cacher la fragilité d’un marché intérieur fragilisé par la spéculation. Les autorités estiment que les contrôles peinent à résoudre ce problème sans le soutien actif des citoyens.
Gouverner, c’est prévoir, mais c’est aussi convaincre au-delà des annonces. Si la perspective d’un dialogue national inclusif apporte un peu d’espoir sur le plan politique, l’exécutif doit faire passer ses prévisions économiques, ces attrayants 5,5 % de croissance, en réalités tangibles pour le Mauritanien ordinaire. Car, entre les décrets et le pouvoir d’achat réel, le fossé demeure le principal défi à relever. L’ambition est présente, les travaux sont en cours ; il reste donc à transformer les promesses en actes concrets.
Ahmed Ould Bettar



