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Mauritanie : Mohamed Ould Maouloud alerte sur la crise et exige un dialogue national

Face à la crise multidimensionnelle en Mauritanie, Dr Mohamed Ould Maouloud (UFP) appelle à un dialogue national sincère, exige la fin de la campagne pour un 3ème mandat et détaille 5 urgences nationales.

Lors d’une conférence de presse tenue début septembre 2026 à la suite de la session ordinaire du Bureau exécutif de l’UFP, le Dr Mohamed Ould Maouloud a dressé un bilan sans concession de la situation politique, économique et sociale de la Mauritanie. Face à l’effondrement du pouvoir d’achat, aux pannes de services publics, aux poursuites contre les opposants et aux campagnes controversées en faveur d’un 3ème mandat, le président de l’UFP appelle à des mesures d’apaisement immédiates et à l’ouverture d’un dialogue national sérieux.

Introduction à la conférence de presse du 2/9/2026/ Mohamed Ould Maouloud
بسم الله الرحمن الرحيم و صلى الله على أشرف الأنبياء و المرسلين
Merci à vous, Mesdames et Messieurs de la presse nationale et étrangère, ainsi qu’à vous tous, chers invités, d’avoir répondu à notre invitation à cette conférence de presse.
Nous l’avons organisée afin de vous informer, et à travers vous d’informer l’opinion publique, des conclusions de la session ordinaire du Bureau exécutif, tenue les 28, 29 et 30 août, ainsi que des positions du parti sur les principales questions de l’heure.
La Mauritanie à la croisée des chemins
Mesdames, Messieurs,
Nous ne sommes pas ici aujourd’hui pour ajouter un nouveau discours politique aux nombreux discours qui existent déjà, mais pour dire clairement que notre pays fait face à une crise multidimensionnelle et que la poursuite de sa gestion selon les mêmes méthodes risque de rendre beaucoup plus élevé le coût de sa résolution.
Le citoyen mauritanien souffre de l’effondrement de son pouvoir d’achat et de la dégradation des services essentiels dans les domaines de la santé, de l’éducation ( résultats du Bac et la situation de l’école républicaine, de l’eau ( crise infinie de la SNDE) et de l’électricité ( la récente panne de Nouakchott). A ce propos nous réclamons que la société assume l’obligation d’indemniser les clients pour les pertes subies. L’argument de la force majeure ne peut être invoqué pour des disfonctionnement internes.
La société est également confrontée à une menace croissante liée à la drogue et à la criminalité, notamment à la délinquance des mineurs.
L’administration souffre, quant à elle, de la corruption, du favoritisme, du clientélisme et de la mauvaise gestion.
Il ne s’agit pas de crises distinctes. Ce sont les symptômes d’une seule et même crise : une crise dans la manière de gérer l’État.
Les pouvoirs se sont succédé, et avec eux les promesses, mais les racines de la crise sont restées.
La raison en est claire : on ne peut pas construire un État de droit et des institutions avec une mentalité de clientélisme. On ne peut pas lutter contre la corruption avec une logique de népotisme. On ne peut pas acheter les fidélités à coups de marchés, de postes et de privilèges, puis prétendre ensuite lutter contre la corruption et construire un État de droit.
Nous le disons franchement :
Il n’y a aucune crédibilité à une lutte contre la corruption lorsque la personne mise en cause peut dire à l’enquêteur : « Toi aussi. »
Le dialogue national : dernière chance pour en sortir à moindre frais
Nous estimons que la Mauritanie a aujourd’hui, plus que jamais, besoin d’un véritable consensus national autour des grandes questions qui menacent son avenir.
Et si un changement radical s’avère impossible dans l’immédiat, parvenir à un accord sur un minimum susceptible de sauver le pays est d’une nécessité nationale vitale.
Mais le dialogue ne peut réussir s’il débute dans un contexte de restrictions des libertés, de poursuites judiciaires, de tensions et de manque de confiance.
On ne peut pas appeler l’opposition au dialogue tout en mettant les opposants en prison.
On ne peut pas non plus transformer les déclarations politiques en crimes chaque fois qu’elles dérangent le pouvoir.
Nous ne demandons pas l’abolition de la loi, et nous ne réclamons l’immunité pour personne. Nous demandons simplement que la loi soit la loi, que la justice soit la justice et que le désaccord politique demeure un désaccord politique.
Dans ce contexte, des questions légitimes se posent quant à la proportionnalité entre les propos attribués à leurs auteurs, leur contexte et les procédures engagées à leur encontre.
Le premier problème réside dans la qualification juridique des faits. Comment la jeune Warda pourrait-elle constituer un danger pour l’ordre constitutionnel à la suite d’une simple déclaration spontanée ?
Le deuxième problème est le recours injustifié à la détention provisoire, comme dans l’affaire du général Labatt Ould Maïouf, ce qui tend à se transformer en une mesure punitive avant même l’instruction et le procès.
Quant aux lanceurs d’alerte qui signalent des dysfonctionnements, certains sont régulièrement jetés en prison et considérés comme des accusés avant même que la véracité de leurs témoignages et leur bonne foi aient été vérifiées.
Il existe par ailleurs une question encore plus grave qui menace le dialogue : la campagne en faveur d’un troisième mandat.
Cette campagne n’est pas un simple déploiement théâtral lamentable mais passager.
Elle porte atteinte à l’ordre constitutionnel choisi par le peuple mauritanien en 2006, et sape de la confiance nécessaire à la réussite du dialogue.
Comment demander aux forces politiques de dialoguer sur l’avenir du pays alors que, dans le même temps, on fait la promotion d’une option fondée sur le dépassement des interdits constitutionnels ?
Celui qui ne respecte pas la Constitution, qui est le contrat suprême entre les citoyens, comment peut-il nous convaincre qu’il respectera les résultats du dialogue ? En vérité la raison et la justice impliquent de mettre les meneurs de cette campagne à la place de Warda et du général Lebatt.
C’est pourquoi nous le disons clairement :
Arrêtez la campagne en faveur d’un troisième mandat et ouvrez la voie à un dialogue sérieux.
L’apaisement n’est pas une concession du pouvoir à l’opposition, pas plus qu’il ne constitue une victoire de l’opposition sur le pouvoir.
L’apaisement est un intérêt national.
Cinq dangers urgents auxquels nous devons faire face
Nous ne devons pas laisser leurs dossiers se perdre dans le bruit du débat politique.
Le premier est la sécheresse.
Notre cheptel et les moyens de subsistance de milliers de familles sont menacés par le déficit pluviométrique enregistré cette saison, ainsi que par l’interdiction de la transhumance au Mali. Il ne suffit pas d’attendre que la catastrophe survienne pour annoncer ensuite un plan d’urgence.
Le deuxième est l’effondrement du pouvoir d’achat de nos populations.
Le citoyen ne vit pas au rythme des indicateurs économiques et des discours officiels. Il va au marché, paie ses factures, cherche à se faire soigner et nourrit sa famille. Il n’en peut plus.
Le troisième est la drogue et la délinquance des mineurs.
Ce n’est pas seulement un problème de sécurité ; c’est un problème social et éducatif, qui concerne l’avenir de générations entières. Comme pour le cancer, la seule manière efficace de faire face à ce phénomène est d’intervenir précocement. l’État observe alors qu’il faut agir dans l’urgence et de façon décisive.
Le quatrième est la corruption et la mauvaise gestion.
Il existe un paradoxe : plus le discours officiel sur la lutte contre la corruption s’amplifie, plus celle-ci semble se répandre. Les crises récurrentes dans les secteurs des hydrocarbures, de l’électricité ( cf. la récente panne géante à Nouakchott) du foncier et autres en témoignent.
Les enquêtes n’aboutissent jamais aux vérités qui dérangent parce qu’elles ne sont jamais indépendantes du pouvoir.
Quant au cinquième danger, il concerne l’unité des composantes du peuple mauritanien.
Nous considérons cette question comme une ligne rouge.
On ne peut pas construire un État fort avec une société déchirée.
Et nous ne pouvons pas protéger la Mauritanie si nous permettons au discours raciste, à la haine ou à l’exclusion de devenir des instruments de la lutte politique.
Toutes les composantes du peuple mauritanien doivent être égales en matière de citoyenneté, de dignité et de droits.
Protéger cette unité ne signifie pas nier les injustices ni faire taire les revendications légitimes. Cela signifie au contraire leur apporter des réponses fondées sur la justice, l’équité et le droit, et construire un État dans lequel chaque Mauritanien se sente pleinement citoyen, avec des droits entiers.
La situation au Mali
Dans le même contexte, nous ne pouvons pas ignorer ce qui se passe au Mali.
Nous condamnons avec la plus grande fermeté les informations faisant état de civils désarmés pris pour cible et tués pour des motifs ethniques par les forces militaires maliennes et leurs auxiliaires russes.
Tuer une personne parce qu’elle appartient à un groupe ethnique constitue un crime contre l’humanité. Toutes les voix libres de notre région doivent s’élever pour le condamner.
Nous sommes pour la protection des civils, pour l’établissement de la vérité et pour que les responsables des violations rendent des comptes.
Nos messages aujourd’hui
Notre message au pouvoir est clair :
La Mauritanie n’a pas besoin de poursuivre les politiques dilatoires pour gagner toujours davantage de temps. Elle a besoin de réformes en urgence.
Notre message à l’opposition :
Nos divergences politiques ne doivent pas nous empêcher de rechercher ce qui nous rassemble au niveau national et de travailler à le faire adopter par le dialogue.
Notre message à tous les Mauritaniens :
Ne permettez pas que les différences entre composantes sociales et ethniques, ainsi que les crises sociales et économiques, se transforment en conflit entre les différentes composantes du peuple.
Notre message à tous :
Le dialogue est une opportunité, mais ce n’est pas un chèque en blanc.
Nous voulons un dialogue qui établisse de nouvelles règles pour la vie politique, renforce l’État de droit et les institutions, protège les libertés, combatte la corruption, s’attaque à la crise du coût de la vie et protège l’unité de la société.
Nous voulons un dialogue qui change la réalité du pays, et non un dialogue qui ne change que les titres des journaux.
Si le pouvoir est réellement sérieux au sujet du dialogue, qu’il commence par les quatre mesures qui permettront de rétablir la confiance : l’apaisement politique, le respect des libertés, l’arrêt de la campagne en faveur d’un troisième mandat et une véritable prise en charge des crises qui menacent le citoyen, l’État et la société.
Car la Mauritanie est plus grande que n’importe quel président, plus grande que n’importe quel parti et plus grande que n’importe quel différend.
L’intérêt de la Mauritanie doit être le seul mandat qui ne prenne jamais fin.
Je vous remercie pour votre attention.
و السلام عليكم ورحمة الله

Dr Mohamed Ould Maouloud – Conférence de presse UFP Septembre 2026

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