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Message de Biram Dah Abeid sur la Condamnation des Militants IRA | Rapide info
Lisez le message de Biram Dah Abeid suite à la condamnation de 3 militants de l'IRA pour avoir dénoncé l'esclavage. Il dénonce une injustice grave, la persécution des lanceurs d'alerte et un système de « deux poids, deux mesures » en Mauritanie. « Comment celui qui dénonce l'esclavage devient-il celui qu'on enferme ? »
Message de Biram Dah Abeid : La Condamnation de nos Militants est une Injustice Grave, un « Deux Poids, Deux Mesures » Inacceptable
Dans une déclaration puissante, Biram Dah Abeid dénonce fermement la condamnation à quatre ans de prison ferme de trois militants de l’IRA, intervenue le 13 août 2026. Il qualifie ce verdict d’« injustice grave » et de « persécution » contre ceux qui osent dénoncer l’esclavage en Mauritanie. M. Abeid pointe du doigt un « deux poids, deux mesures » flagrant du pouvoir, comparant la sévérité envers les lanceurs d’alerte à l’impunité dont jouissent les auteurs de corruption et de trafics. Il réaffirme son soutien indéfectible aux militants et appelle à la résistance pour le droit de chaque Mauritanien à la vérité et à la justice.
Message de Biram Dah Abeid aux citoyens mauritaniens
Trois militants d’IRA( Abdallahi Abou Diop, Elhaj Elid, Bounnass Hmeida) ont été condamnés hier, le 13 août 2026, à quatre ans de prison ferme, dans une affaire qui trouve son origine dans le signalement d’une situation présumée d’esclavage, un soupçon que sont venus renforcer les tergiversations du tribunal, l’attitude du wali(gouverneur) du Hodh El Gharbi, de l’Agence Taazour et celle de la présidence de la République dans leur manière pour le moins étrange de traiter la victime et sa mère. Cette condamnation lourde et gratuite, est faite à la base de l’article 24 de la loi sur le cybercriminalité qui réprime la prise de photos et leurs publications à l’insu des personnes et dans le but de nuisance ; les responsables d’IRA avaient interviewé en vidéo la victime Nouha en documentant son calvaire d’enfant esclave et en remettant le document au parquet au moment de déposer la plainte qui réclamait justice pour la victime.
Je le dis clairement : je suis aux côtés de ces militants et de leurs familles, et je tiens le pouvoir pour responsable de cette injustice grave et retentissante. Je salue nos camarades héroïques, les résistants El Hadj El Eid, Abdallah Abou Diop et Boulnass Ahmeida, pour leur résistance qui déstabilise les ennemis de la liberté et des droits.
Mais cette affaire dépasse largement ces trois militants, aussi déterminés et dignes soient-ils. Notre pays affirme avoir aboli l’esclavage. Notre pays affirme le combattre. Alors comment celui qui dénonce l’esclavage devient-il celui qu’on enferme ? Comment celui qui révèle une situation d’asservissement devient-il un accusé, alors que les victimes de l’esclavage restent, sans protection et que ceux qui en sont responsables échappent à toute sanction ?
Un État qui combat réellement l’esclavage doit protéger celui qui le dénonce. Mais lorsque celui qui le dénonce devient lui-même la cible, et subit l’acharnement de l’Etat, ce n’est plus une lutte contre l’esclavage. C’est une lutte contre ceux qui le révèlent, qui le combattent. C’est une persécution de l’ensemble des victimes et de tous ceux que touchent les pratiques et les violations liées à l’esclavage et ceux en ont hérité des séquelles indélébiles et encore douloureuses.
Regardez la rapidité de ce procès. Regardez la sévérité des peines prononcées et leur gratuité. Et regardez, en face, les dossiers de corruption, de mauvaise gestion et de pillage de l’argent public et de sa dilapidation.
Les rapports de la Cour des comptes sont remplis de faits, de chiffres et de noms. Ils décrivent des pratiques qui ont contribué à ruiner le pays et à transformer le peuple en populations misérables et démunies, sans emploi, sans routes, sans eau, sans électricité, sans écoles, sans soins, sans justice, sans administration.
Et pourtant, combien de ces dossiers sont arrivés à leur terme ? Combien de ceux dont les noms figurent dans ces rapports ont été jugés avec la même célérité que ces militants magnifiques, pacifiques et inoffensifs?
Souvenez-vous de Mohamed Ould Ghadda, cet homme qui a affronté la corruption et dénoncé de graves irrégularités et des malversations dans des marchés publics. Quel a été son sort ? Les poursuites. La prison. La condamnation. Rien d’autre.
Nous ne parlons donc pas aujourd’hui d’un incident isolé. Il y a un schéma qui se répète.
Celui qui dénonce l’esclavage est poursuivi.
Celui qui dénonce la corruption est poursuivi.
Celui qui dénonce le pillage de l’argent public est poursuivi.
Et celui qui élève la voix contre l’injustice se retrouve face au pouvoir, face aux juges..,
Où est cette même rapidité lorsqu’il s’agit de ceux qu’on accuse d’avoir volé et dilapidé l’argent public ? Où est la même rigueur ? Où est la même reddition de comptes ?
Dans le même temps, nous assistons à la libération de plusieurs personnes poursuivies dans des affaires liées au trafic de drogue, au blanchiment d’argent, à l’inondation du marché par des médicaments falsifiés et à l’importation de cargaisons de comprimés hallucinogènes.
C’est le deux poids, deux mesures : quatre ans de prison ferme pour celui qui dénonce l’esclavage, et de la clémence, des libérations, dans des dossiers qui détruisent le peuple, la nation et la société.
Voilà l’image que voit le citoyen mauritanien.
Rappelons-nous l’histoire. En 2016, sous Ould Abdel Aziz, treize militants d’IRA avaient été condamnés à de lourdes peines, allant jusqu’à quinze ans de prison. Parmi eux se trouvait le héros condamné hier, Abdallah Abou Diop.
On les avait éloignés de Nouakchott. On les avait jetés dans des prisons lointaines. On voulait les isoler. On voulait les briser. On croyait que la répression mettrait fin à IRA.
Mais qu’est-il arrivé ? Ould Abdel Aziz croupit aujourd’hui en prison, tandis qu’IRA n’a jamais cessé d’être debout. Elle est toujours debout et elle le restera. Elle existe toujours. Elle continue de lutter. Elle continue de s’étendre.
Et aujourd’hui, dix ans plus tard, nous voyons le pouvoir revenir à la même méthode.
C’est pourquoi je m’adresse à Mohamed Ould Ghazouani : vous avez dit que vous veniez avec une méthode différente. Alors, qu’est-ce qui change lorsqu’il s’agit d’IRA ? Quelle est la différence entre ce que vous faites aujourd’hui et ce que faisait Ould Abdel Aziz hier ?
La mentalité a-t-elle changé ? La méthode a-t-elle changé ? Ou seuls les visages ont-ils changé ?
Ce durcissement, ces poursuites à répétition, ces lourdes condamnations, cette volonté de faire taire les voix qui dérangent le pouvoir, est-ce le signe d’un régime fort et sûr de lui ? Ou le signe d’un régime qui commence à sentir que son cycle touche à sa fin ?
L’histoire récente tranchera. Les Mauritaniens jugeront.
Quant à moi, je veux dire une chose très clairement : je ne défends pas ces militants simplement parce qu’ils appartiennent à IRA. Je les défends parce que je défends le droit de chaque Mauritanien à parler. Le droit de celui qui dénonce l’esclavage à parler. Le droit de celui qui dénonce la corruption à parler. Le droit de celui qui révèle le pillage de l’argent public à parler. Le droit de chaque citoyen à réclamer son dû sans devenir lui-même un accusé.
Un pays où celui qui dénonce l’injustice a davantage peur que celui qui la commet est un pays où la balance de la justice est profondément déséquilibrée.
C’est pourquoi cette affaire ne concerne pas seulement trois militants. Elle ne concerne pas seulement IRA. Elle concerne, je crois, une nation tout entière. Un peuple tout entier.
Toute la question est là : le Mauritanien peut-il dire la vérité sans avoir peur ? Peut-il réclamer la justice sans en payer le prix de sa liberté ? Peut-il dénoncer l’injustice sans devenir lui-même victime de l’injustice ?
La réponse à ces questions est au cœur de la bataille. Et de cette bataille, nous ne reculerons pas.
Je ne terminerai pas sans saluer les foules de militants d’IRA qui ont afflué hier vers le tribunal de Nouakchott-Nord et qui ont résisté face à la machine de torture, de répression et aux violences extrêmes utilisées par le régime jusqu’à la fin du procès.
Je salue les trois militants( les deux lanceuses d’alerte Vatma Lalla et Rachida Saleck, le militant Mohamed Vadel Aleyat) qui ont résisté pendant des mois dans une prison injuste et qui en sont sortis victorieux.
Je salue les trois qui sont toujours en prison et qui occupent le véritable lieu de la résistance.
Je salue la patience et la résistance de leurs femmes et de leurs enfants.
Je leur promets la victoire et l’émancipation, car telle est la promesse de Dieu aux opprimés et aux asservis sur cette terre, à ceux qu’Il établira comme ses héritiers sur terre.
Le 14 Août 2026
Biram Dah Abeid



