Mauritanie : Le sit-in des députées Marieme Cheikh et Ghamou Achour ébranle l’Assemblée nationale
Décryptage de l'infiltration audacieuse de Marieme Cheikh et Ghamou Achour à l'Assemblée nationale, entre crise de légitimité, débats de juristes et appels à l'apaisement.
Chronique d’un Pouvoir à l’épreuve du droit : Le Bras de Fer des Députées à l’Assemblée
Nationale
L’infiltration audacieuse de Marieme Cheikh et Ghamou Achour jette une lumière brute sur les fragilités d’une transition démocratique en quête d’elle-même.
C’est une séquence digne d’un thriller politique qui s’est jouée hier sous le soleil plombant de Nouakchott. Alors que les accès de l’Assemblée nationale étaient étroitement surveillés, une voiture aux vitres teintées — celle du leader charismatique Biram Dah Abeid — s’est avancée avec assurance vers le premier cordon de sécurité. À son bord, dissimulées aux regards indiscrets, les députées déchues Marieme Cheikh et Ghamou Achour. Franchissant sans encombre les barrages, les deux élues ont réussi l’impensable : pénétrer dans l’hémicycle pour y entamer un sit-in de résistance. Un acte d’audace politique qui a instantanément bousculé l’exécutif et mis à nu la fragilité des équilibres institutionnels mauritaniens.
L’infiltration et le piège de l’hémicycle

En parvenant à s’installer au cœur même du pouvoir législatif, Marieme Cheikh et Ghamou Achour ont déplacé le curseur de la contestation des coulisses discrets vers la scène publique. Ce sit-in héroïque a immédiatement pris une dimension symbolique retentissante. Face à deux femmes élues, déterminées à défendre leur légitimité populaire, les forces de l’ordre et l’administration parlementaire se sont retrouvées piégées dans un dilemme politique et constitutionnel inédit. Comment évacuer des représentantes du peuple sans écorner irrémédiablement l’image d’un État qui se réclame de la démocratie ?
L’expulsion finale des deux députées, menée par la force publique, a été vécue par l’opposition comme une démonstration de dérive autoritaire. Pour leurs soutiens, cette éviction forcée signe l’effondrement symbolique du pouvoir législatif face aux diktats de la force pure, rendant obsolètes les garanties démocratiques et vidant de leur sens des institutions telles que le Conseil Constitutionnel.
Le schisme des juristes : la loi comme arme ou comme bouclier ?
Au-delà de la spectaculaire confrontation physique, c’est une guerre de tranchées juridique qui paralyse l’appareil d’État. D’un côté, un premier courant de juristes soutient l’inflexibilité : les arrêts de la Cour d’appel seraient immédiatement exécutoires et ne sauraient être suspendus par un pourvoi en cassation, reprochant au passage au Conseil Constitutionnel d’avoir outrepassé ses prérogatives.
À l’inverse, un second bloc d’experts affirme qu’une condamnation pénale ne saurait priver un élu de ses droits civiques tant que toutes les voies de recours ne sont pas épuisées. Pour eux, la grâce présidentielle récemment accordée a pleinement rétabli les élues dans leur statut initial. Ce conflit de doctrine montre comment les textes de loi, censés garantir la stabilité sociale, sont parfois instrumentalisés et transformés en prétextes à de stériles rivalités politiques.
Pour un nouveau souffle national : dépasser l’exclusion
Alors que le gouvernement s’enorgueillit de réformes sectorielles d’envergure — à l’instar de l’électrification de 170 localités isolées grâce aux financements de la Banque islamique de développement (BID), de l’aide sociale renforcée via le programme « Aoun », ou de la digitalisation réussie du pèlerinage 2026 —, la crise politique à l’Assemblée nationale menace d’éclipser ces avancées socio-économiques.
Le Président Ghazouani, réputé pour sa recherche constante de calme et de sérénité, se retrouve aujourd’hui face à sa responsabilité historique. Gouverner impose d’apaiser les cœurs plutôt que d’alimenter les ressentiments. L’avenir de la Mauritanie ne pourra s’écrire sous le signe de l’exclusion. Pour garantir une véritable paix durable, des voix s’élèvent pour réclamer des gestes forts : la libération complète de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, l’autorisation légale du parti RAG (Rassemblement pour une Action Globale), du FPC et l’ouverture d’un dialogue inclusif où chaque citoyen, quelle que soit son affiliation, aura sa place. Car une patrie digne de ce nom ne se construit pas sur la répression des voix dissidentes, mais sur le respect sacré de la justice et de l’État de droit.
Ahmed Ould Bettar
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