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Pour que la Mauritanie redevienne pleinement elle-même !

Découvrez la tribune d'Abdoulaziz DEME sur l'avenir de la Mauritanie : redonner du sens à la nation, replacer l'humain au cœur de la République et bâtir une communauté de destin partagé.

Aujourd’hui, je veux parler de la Mauritanie, parce qu’on en parle trop peu. Non pas de la « nouvelle Mauritanie », formule souvent répétée mais rarement définie. Pas davantage d’une prétendue « Mauritanie de souche », qui ne correspond ni à notre histoire ni à la diversité de notre peuple.
Je veux parler de la Mauritanie tout court : celle qui nous rassemble, celle que nous aimons, celle qui est à la fois nationale et universelle, enracinée dans son histoire et ouverte à l’avenir.
Une Mauritanie humaniste, fraternelle et souveraine, que nous avons le devoir de défendre et de transmettre.

Une nation ne se réduit pas à un nom

Le mot « Mauritanie » semble s’être effacé de notre vocabulaire politique. Il subsiste parfois comme un logo sur un papier à en-tête, comme une appellation administrative ou une référence institutionnelle. Mais une nation ne se résume ni à ses frontières, ni à ses institutions, ni à ses documents officiels.
Une nation est une histoire partagée.
Elle est une mémoire, une espérance, une conscience commune. Elle est faite de la vie ordinaire des femmes et des hommes, de leurs efforts, de leurs blessures, de leurs rêves et de leur volonté de vivre ensemble.
Or, nous avons parfois le sentiment que cette dimension essentielle s’est affaiblie.
On ne raconte plus suffisamment une histoire commune.
On ne s’adresse plus au citoyen mauritanien dans toute sa dignité. On administre des statistiques, on additionne des indicateurs, on publie des discours, mais on oublie parfois l’essentiel : derrière chaque chiffre se trouve une personne, une famille, une communauté et un destin.

Retrouver les mots fondateurs

La politique ne peut pas se réduire à la gestion des apparences ou à la répétition de promesses.
Elle doit redonner un sens au destin collectif.
Il nous faut réapprendre des mots que le langage public a trop souvent vidés de leur substance : l’honneur, la fraternité et la justice. Ces mots ne sont pas de simples ornements rhétoriques. Ils constituent la devise historique de notre République et expriment une exigence morale et politique. La Constitution mauritanienne de 1959, comme celle du 20 mai 1961, consacrait cette devise :
« Honneur, Fraternité, Justice ».
Nous devons également redonner leur véritable portée à des mots parfois déformés ou instrumentalisés : l’identité, la sécurité et la souveraineté.

L’identité ne doit pas servir à exclure, mais à reconnaître ce que nous avons en partage.
La sécurité ne doit pas être un prétexte à l’arbitraire, mais une garantie pour chaque citoyen.
La souveraineté ne doit pas être un slogan, mais la capacité réelle d’un peuple à décider de son avenir.

Et, par-dessus tout, nous devons remettre au cœur de notre projet national le mot le plus important : l’humanité.

Le rôle du politique.

Le rôle du politique n’est pas seulement de gouverner au jour le jour. Il consiste aussi à aider un pays à se comprendre lui-même, à regarder son histoire avec lucidité et à préparer son avenir avec courage.

La politique devrait être une révélation patiente et exigeante de la nation à elle-même. Elle doit être fidèle aux mémoires, attentive aux injustices, respectueuse des diversités et résolument tournée vers l’avenir.
C’est pourquoi prendre la parole dans l’espace public n’est pas une posture.

C’est un devoir de citoyen. Lorsque le silence s’installe, lorsque les non-dits s’accumulent et lorsque les fractures s’aggravent, se taire revient parfois à laisser le mal progresser.

La Mauritanie a besoin d’un débat national sincère, responsable et apaisé. Elle a besoin de citoyens capables de se parler sans se nier, de reconnaître les souffrances sans les instrumentaliser et de construire une communauté politique fondée sur l’égalité de dignité.

Une Mauritanie qui ne doit pas s’effacer

Le moment que traverse notre pays est grave. Non parce que la Mauritanie aurait disparu, mais parce qu’elle risque de perdre le lien vivant qui l’unit à son peuple.

Nous vivons dans un pays qui possède encore le nom de Mauritanie, la géographie de la Mauritanie et les institutions de la Mauritanie, mais où quelque chose d’essentiel semble parfois s’être éloigné : le sentiment que la République appartient réellement à tous ses citoyens.

La Mauritanie n’est pas un décor.

Elle n’est pas une carte, une administration ou une succession de cérémonies officielles.
Elle est la vie quotidienne de millions de personnes. Elle est le village et la ville, le désert et le fleuve, la jeunesse et les anciens, les langues et les cultures, les familles restées au pays et celles de la diaspora.

Elle est ce qui nous relie silencieusement.
Elle est ce qui permet, malgré nos différences et nos blessures, de continuer à nous reconnaître comme un même peuple.

Remettre l’humain au centre.

Remettre l’humain au cœur de la République, c’est renouer avec l’ambition fondamentale du projet républicain : faire de la société un espace au service du bien commun.
La Constitution de 1961 affirmait que la Mauritanie est un État républicain, indivisible, démocratique et social, garantissant l’égalité des citoyens devant la loi sans distinction de race, de religion ou de condition sociale. Elle proclamait également la souveraineté du peuple et condamnait la propagande à caractère racial ou ethnique.

Ces principes ne doivent pas rester enfermés dans les textes. Ils doivent inspirer l’action publique, l’école, la justice, l’administration, l’économie et la vie politique.
Ils doivent guider la manière dont nous traitons les plus vulnérables, dont nous protégeons les jeunes, dont nous valorisons les femmes, dont nous reconnaissons nos langues et nos cultures et dont nous faisons vivre l’égalité.

La Mauritanie doit redevenir une nation de citoyens, et non une addition de catégories. Elle doit être une communauté de destins partagés, consciente de ses tensions mais refusant de s’y résigner.

Un devoir de vérité et d’espérance

La vérité est simple, mais elle exige du courage : la Mauritanie s’efface chaque fois que l’injustice est banalisée, que la mémoire est occultée, que la parole citoyenne est méprisée et que l’intérêt général est remplacé par les intérêts particuliers.

Mais elle renaît chaque fois qu’un citoyen refuse le fatalisme. Elle renaît dans chaque école qui transmet le savoir, dans chaque famille qui préserve la solidarité, dans chaque jeune qui choisit de servir son pays, dans chaque responsable qui assume ses décisions et dans chaque voix qui défend la dignité humaine.

Notre patriotisme ne doit pas être un patriotisme de fermeture, de suspicion ou d’exclusion. Il doit être un patriotisme de responsabilité, de justice et de fraternité. Aimer la Mauritanie, ce n’est pas nier ses faiblesses ; c’est avoir le courage de les regarder en face pour mieux les surmonter.
La Mauritanie n’a pas besoin de nouvelles divisions. Elle a besoin d’une conscience nationale renouvelée.

Elle a besoin de dirigeants capables d’assumer les vérités qui permettent à un pays d’avancer. Elle a besoin de citoyens qui ne renoncent ni à leur histoire ni à leur avenir.
La Mauritanie est encore là.
À nous de faire en sorte qu’elle ne soit pas seulement un nom, mais une promesse tenue : celle d’une République honorable, fraternelle, juste et profondément humaine.

© Abdoulaziz DEME
Le 30 Septembre 2026

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