Politique Mauritanie 2026 : Remaniement Ould Diay et perspectives 2029
Décryptage de la reconduction de Mokhtar Ould Diay en Mauritanie : crise de la Somelec, recomposition du gouvernement et enjeux clés du président Ghazouani d'ici 2029.

Reconduction de Mokhtar Ould Diay en Mauritanie
Une question qui dépasse le simple remaniement : *la Mauritanie entre dans l’épreuve de 2029.*
À Nouakchott, le débat politique a changé de nature. Il ne porte plus seulement sur un éventuel remaniement, mais sur la capacité du pouvoir à traverser une séquence marquée par une crise énergétique, une pression sociale accrue et l’approche progressive de l’échéance présidentielle de 2029.
La démission du gouvernement de Mokhtar Ould Diay, le 9 octobre 2026, puis sa reconduction quelques heures plus tard, ont montré que le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani conserve fermement la maîtrise du calendrier politique.
Cette séquence n’a pas produit un changement de cap : elle a produit une recomposition sous contrainte.
Le Premier ministre a été maintenu, mais son équipe a été largement renouvelée, passant de 25 à 29 membres, avec des changements notamment à l’Intérieur, à la Défense et à l’Énergie.
Une crise qui a précipité la décision.
Le déclencheur immédiat fut le rapport de la commission indépendante sur les incendies survenus les 21 et 22 août dans deux postes électriques de la Somelec, à Nouakchott et dans sa périphérie.
Ces incidents ont privé une partie de la capitale d’électricité pendant plusieurs jours et révélé, selon le rapport, de « sérieuses insuffisances » en matière de prévention, de protection électrique, de supervision des travaux et de gestion des urgences.
Face à cette situation, Mokhtar Ould Diay a remis la démission de son gouvernement au président Ghazouani. Mais, au lieu d’ouvrir une transition politique, cette démission a été suivie d’une reconduction immédiate : le chef de l’État a chargé le Premier ministre sortant de former une nouvelle équipe, présentée comme devant poursuivre le programme
« Mon ambition pour la Patrie ».
Le message est double. D’un côté, le pouvoir reconnaît une défaillance de gestion et cherche à restaurer la confiance par un remaniement de grande ampleur.
De l’autre, il refuse toute rupture institutionnelle et réaffirme la continuité de l’exécutif autour du président.
Ould Diay, un Premier ministre fragilisé mais maintenu.
La reconduction de Mokhtar Ould Diay n’est donc pas un simple acte de confiance.
Elle traduit aussi un calcul politique : le président a préféré éviter l’image d’un pouvoir désorganisé à quelques années de l’échéance de 2029, tout en imposant à son Premier ministre une équipe élargie et partiellement renouvelée.
Ould Diay conserve ainsi la Primature, mais sa marge politique s’est réduite. Son maintien signifie qu’il devra démontrer, dans les mois à venir, une capacité réelle à répondre aux urgences sociales : électricité, coût de la vie, emploi des jeunes, services publics, santé, éducation et infrastructures.
Le contexte économique rend cette exigence plus pressante : le FMI projette une inflation moyenne de 8% en 2026, contre 1,6% en 2025, alors que la croissance réelle est attendue à 4,4%.
Dans les scénarios politiques, Ould Diay peut encore apparaître comme un cadre de confiance du président, capable de piloter la mise en œuvre du programme présidentiel. Mais il ne peut plus être présenté comme un Premier ministre pleinement à l’abri.
La crise de la Somelec a montré que, dans la Mauritanie d’aujourd’hui, la performance technique et la gestion des services essentiels peuvent devenir des questions politiques majeures.
Les profils qui comptent désormais.
Les spéculations sur les futurs visages du pouvoir n’ont pas disparu. Elles se sont déplacées : il ne s’agit plus seulement de savoir qui pourrait remplacer Ould Diay, mais de savoir quels responsables seront appelés à peser dans la préparation de 2029.
Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine : l’ex-Intérieur hors du gouvernement
Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, longtemps ministre de l’Intérieur, figurait parmi les profils les plus régulièrement cités dans les discussions sur l’avenir du pouvoir.
Sa position stratégique reposait sur sa connaissance de l’administration territoriale, des équilibres régionaux et des dossiers sécuritaires.
Pourtant, le remaniement de la semaine dernière d’octobre 2026 l’a écarté du gouvernement : il a été remplacé à l’Intérieur par Moctar Ahmed Bousseif.
Cette sortie ne signifie pas nécessairement une mise à l’écart définitive.
Dans un système fortement présidentialisé, un responsable expérimenté peut quitter un ministère tout en conservant un rôle dans les réseaux politiques et administratifs du régime.
Mais, à l’approche de 2029, son absence du gouvernement réduit sa visibilité immédiate. S’il devait revenir au premier plan, ce serait probablement dans une fonction de coordination politique ou de stabilisation institutionnelle, plutôt que comme simple gestionnaire ministériel.
Hanena Ould Sidi : l’option sécuritaire en retrait.
Hanena Ould Sidi, ancien ministre de la Défense, était également associé aux hypothèses d’une évolution politique majeure, voire d’un rôle dans la succession présidentielle.
Son profil incarnait la continuité de l’État, la maîtrise des enjeux sécuritaires et la confiance des cercles stratégiques.
Lui aussi a quitté le gouvernement lors du remaniement, remplacé au portefeuille de la Défense par Ba Ousmane. Ce changement peut être lu comme une volonté de renouveler les équipes chargées de la sécurité, après une période marquée par des tensions sociales et une exigence accrue de résultats.
Toutefois, la question du rapport entre pouvoir civil, appareil militaire et équilibres sécuritaires restera centrale jusqu’en 2029.
Un éventuel retour de Hanena Ould Sidi dans une fonction éminente serait interprété comme un signal fort sur la priorité accordée à la stabilité institutionnelle.
Mohamed Salem Ould Merzoug : la continuité diplomatique.
Mohamed Salem Ould Merzoug, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Mauritaniens de l’extérieur, fait partie des rares figures majeures confirmées dans leurs fonctions. Son maintien envoie un message clair : la Mauritanie ne souhaite pas modifier, pour l’instant, ses grandes orientations diplomatiques.
Son profil prend du poids dans la perspective de 2029. La Mauritanie doit en effet renforcer sa position dans un environnement régional instable : Sahel, Maghreb, Afrique de l’Ouest, migrations, sécurité, énergie, investissements et coopération économique.
Un gouvernement qui valoriserait davantage la diplomatie économique pourrait faire de Merzoug un acteur central de cette stratégie.
Sa limite demeure la même : la Primature exige une autorité politique et administrative sur l’ensemble de l’appareil d’État. Son expérience internationale est un atout, mais elle devra s’accompagner d’une capacité à gérer les urgences intérieures, désormais au cœur des attentes citoyennes.
Moulaye Ould Mohamed Laghdaf : l’hypothèse de l’expérience.
Moulaye Ould Mohamed Laghdaf conserve un atout rare : il connaît la Primature et reste proche des centres de décision.
Dans un contexte de crise et de préparation politique, son nom peut revenir comme celui d’un garant d’expérience, capable de reprendre rapidement les rênes de l’appareil gouvernemental.
Son éventuel retour ne serait pas neutre.
Il signifierait un choix de continuité institutionnelle, une volonté de rassurer l’administration et les partenaires internationaux, mais aussi une possible réactivation d’une figure historique du système. À l’approche de 2029, ce type de profil pourrait servir à sécuriser une transition, plutôt qu’à incarner un nouveau souffle politique.
2029 : la question qui structure déjà le jeu politique.
La présidentielle de 2029 dominera progressivement la vie politique mauritanienne.
La Constitution limite le nombre de mandats présidentiels à deux ; Ghazouani, élu en 2019 puis réélu en 2024, arrive donc au terme constitutionnel de son second mandat.
Le débat sur un éventuel troisième mandat s’est pourtant intensifié. Des voix se réclamant de la majorité évoquent une possible révision constitutionnelle, tandis que l’opposition, notamment , rappelle qu’un troisième mandat serait contraire à la Constitution.
Le président a lui-même déclaré qu’il n’agirait pas à l’encontre du cadre constitutionnel.
Dans ce contexte, le Premier ministre jouera un rôle décisif. Il pourra être :
l’exécutant du programme présidentiel et du redressement attendu après la crise énergétique ;
le coordinateur des forces politiques d’El Insaf et de la majorité ;
un acteur de la préparation d’une succession ordonnée ;
ou, dans certains scénarios, une personnalité appelée à prendre une dimension politique plus large.
Le choix final dépendra moins des spéculations médiatiques que de trois impératifs : préserver la stabilité, maintenir les équilibres entre civils, militaires et réseaux politiques, et répondre aux attentes sociales d’une population de plus en plus sensible au coût de la vie et à la qualité des services publics.
Le vrai test : les résultats, pas les noms
Le prochain remaniement, quel qu’il soit, sera jugé à l’aune des résultats.
Les Mauritaniens attendent des réponses concrètes sur le chômage, le pouvoir d’achat, l’accès à l’électricité, l’éducation, la santé, le logement et les infrastructures. La crise de la Somelec a rappelé qu’une défaillance technique peut devenir une crise politique lorsque elle touche directement la vie quotidienne.
Le président Ghazouani ne pourra donc pas se limiter à un arbitrage entre personnalités.
Il devra installer une équipe capable de produire des résultats visibles avant 2029 : une énergie plus fiable, une inflation maîtrisée, des emplois pour les jeunes, des services publics plus accessibles et une administration plus efficace.
Un signal politique, pas une simple liste
La reconduction de Mokhtar Ould Diay n’est pas une réponse définitive à la question de 2029. Elle est un signal : le président a choisi la continuité, tout en sanctionnant une gestion défaillante par une recomposition profonde du gouvernement.
Les noms de Lemine, Hanena Ould Sidi, Merzoug ou Laghdaf représentent des orientations différentes : sécurité et administration, stabilité stratégique, ouverture diplomatique, expérience institutionnelle.
La vraie question est celle-ci : quel type de pouvoir le président Ghazouani souhaite-t-il installer pour préparer la prochaine étape politique de la Mauritanie ?
Un pouvoir de gestion, un pouvoir de transition, ou un pouvoir capable d’ouvrir une succession crédible et apaisée à l’horizon 2029 ?
Les spéculations continueront. Mais la décision finale restera entre les mains du président Mohamed ould cheikh Ghazouani.
© Abdoulaziz DEME
Le 14 Octobre 2026



