La Mauritanie un producteur de pétrole en » Herbe » !
La Mauritanie un producteur de pétrole
en » Herbe » !
Le gouvernement mauritanien déploie des mesures d’urgence et palliatives face à la pénurie de gazoil, mais celles-ci restent superficielles et ne s’attaquent pas aux causes structurelles profondes.
Elles apaisent temporairement les tensions sociales à Nouakchott et ailleurs, sans briser la chaîne de dépendance aux importations qui maintient les populations en otage énergétique .
Livraisons d’urgence renforcées !
Des importations accélérées sont priorisées, incluant l’arrivée de navires-citernes supplémentaires comme les 43 850 tonnes annoncées fin janvier 2026 depuis le Sénégal et d’autres fournisseurs régionaux.
Le ministère du Pétrole et des Mines coordonne ces rotations critiques pour reconstituer les stocks épuisés par les perturbations maritimes récurrentes (mers démontées empêchant les accostages).
Cependant, ces injections ponctuelles ne font que reporter les crises, car elles dépendent de conditions météo et de disponibilités étrangères volatiles .
Ajustements tarifaires et subventions
En février 2026, une baisse des prix a été décrétée (gazoil passant à 48,79 ouguiyas/litre, contre des niveaux antérieurs plus élevés), visant à juguler la ruée sur les stations et à stabiliser la demande malgré la flambée mondiale des hydrocarbures due aux tensions au Moyen-Orient.
Cette mesure libère des fonds publics pour financer des achats d’urgence, complétés par des subventions massives (estimées à des centaines de milliards d’ouguiyas annuels).
Problème : elle masque l’inflation importée sans créer d’autosuffisance .
Rationalisation et restrictions administratives
Des interdictions temporaires frappent les 4×4 administratifs et les véhicules tout-terrain publics pour rationaliser la consommation, couplées à des campagnes nationales de sobriété énergétique et à la mobilisation de stocks de sécurité limités.
Ces restrictions, lancées en mars 2026, visent à préserver les réserves pour les secteurs essentiels (hôpitaux, eau potable), mais elles sont critiquées pour leur insuffisance et leur impact sur la mobilité quotidienne des citoyens .
Pourquoi la Mauritanie, producteur gazier, patine ?
Malgré ses réserves prouvées de gaz naturel (ex. gisement Grand Tortue Ahmeyim, en phase de démarrage avec BP et Kosmos Energy) et un potentiel pétrolier offshore sous-exploré, la Mauritanie reste paradoxalement importatrice nette de carburants raffinés comme le gazoil.
Les raisons structurelles expliquent cet échec :
Absence de raffinerie viable : Pas d’infrastructure locale pour raffiner le brut ou le gaz en diesel ; tout est importé raffiné, exposant le pays aux aléas logistiques et prix mondiaux .
Retards dans l’exploitation gazière : Le gaz naturel, première ressource exportable dès 2024-2025, est priorisé pour l’export (vers l’Europe/Sénégal) plutôt que pour un usage domestique rapide ; les usines de liquéfaction et pipelines traînent malgré les investissements étrangers.
Dépendance chronique et gestion déficiente : Contrats fournisseurs limités jusqu’en fin 2026, réseaux de distribution vétustes (pertes de 30% en électricité/carburant), et subventions budgétivores (168 milliards d’ouguiyas en 2026) freinent les réformes.
L’opposition accuse le régime Ould Ghazouani d’inefficacité et de clientélisme, favorisant la paix sociale immédiate sur des investissements souverains .
Résultat : un producteur « en herbe » reste captif des importateurs, otage d’une souveraineté énergétique illusoire qui prolonge le calvaire des automobilistes mauritaniens.
Abdoulaziz DEME
Observateur de la vie politique en Mauritanie
Le 03 Avril 2026



