Mauritanie : « L’impact du Covid-19 a été durement ressenti par les éleveurs

Mauritanie : « L’impact du Covid-19 a été durement ressenti par les éleveurs

Quelle est la situation des éleveurs en Mauritanie ?

Abdourahamane Mahamane : Des milliers de réfugiés et d’éleveurs se trouvent sous le feu croisé des violences, de la sécheresse et du Covid-19. Plus de 50 000 réfugiés maliens vivent aujourd’hui dans la région de Bassikounou, située au sud-est de la Mauritanie, non loin de la frontière. C’est aussi une zone de pâturages où migrent les éleveurs et leur bétail depuis les régions voisines et le Mali.

Des années de sécheresses récurrentes dans le Sahel et, plus récemment, dans la zone de Bassikounou, ont entraîné des déficits en fourrage et en eau. A cette situation difficile, il faut ajouter la prévalence des maladies animales comme la pasteurellose, la péripneumonie bovine contagieuse ou encore la peste des petits ruminants. Ces maladies constituent une réelle menace pour la survie de beaucoup de familles car le bétail est leur principale source de revenus. Enfin, l’impact du Covid-19 a été durement ressenti par les éleveurs : en plus du manque de pâturages, il y a aussi eu la fermeture des marchés d’animaux.

Ces derniers mois, nous avons soutenu les éleveurs en distribuant des aliments pour le bétail et en procédant à des transferts d’argent pour les aider à nourrir les animaux. Les équipes du CICR en ont profité pour sensibiliser les éleveurs aux dangers du coronavirus. Nous avons également fourni des kits d’hygiène et des dispositifs de lavage des mains à cette population.

Peux-tu nous décrire la journée type d’un éleveur ?

AM : Le matin, l’éleveur commence par traire ses animaux avant de les conduire aux pâturages et aux points d’eau. Le soir, après le retour des pâturages, une nouvelle traite est effectuée. Ce n’est pas une journée de tout repos car il veille à ce que les animaux ne s’égarent pas et qu’ils ne se mélangent pas à d’autres troupeaux. Un éleveur peut parcourir plusieurs kilomètres par jour pour faire paître son troupeau.

Pendant la saison des pluies, le lait est abondant, les pâturages sont verdoyants et les animaux ont pris du poids. C’est durant cette période qu’une partie du lait est commercialisé. L’éleveur vend des animaux pour pouvoir s’acheter ce dont il a besoin, comme le mil, le riz ou l’huile. Tous les achats proviennent essentiellement de la vente du troupeau.

A Bassikounou, nous aidons aussi des agro-éleveurs en leur procurant un soutien financier pour éviter qu’ils ne s’endettent auprès des commerçants. En évitant les emprunts, ces agro-éleveurs peuvent ainsi jouir de leurs prochaines récoltes dans leur totalité.

Comment enrayer les conséquences du conflit et des risques climatiques ?

AM : Afin de limiter les conséquences de ce double phénomène, nous avons initié avec les services vétérinaires de l’Etat mauritanien un programme dont le but est d’améliorer la santé animale à travers la vaccination contre les principales maladies. En parallèle, nous avons facilité l’accès aux services vétérinaires de proximité en formant des agents communautaires en santé animale.

La problématique de l’alimentation de bétail s’est également posée avec acuité, surtout pendant la période post-soudure, c’est-à-dire durant les trois mois avant l’arrivée des premières pluies. Ce moment est critique pour les éleveurs. Notre programme de soutien alimentaire pour le bétail est destiné à sauvegarder le noyau productif des ménages les plus vulnérables dans cette zone.

Il existe un troisième point crucial qui est l’accès à l’eau. Nous avons réalisé des aménagements pour l’abreuvement des animaux autour des forages existants, ou foré de nouveaux points d’eau en collaboration avec l’Office national des services de l’eau en milieu rural (ONSER).

Source : ICRC via reliefweb

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