Mauritanie : le réveil lent de l’administration dans le collimateur des observateurs

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kassataya
En pointant la lenteur de l’exécution du programme quinquennal du président Ould Cheikh Ghazouani, le premier ministre Ould Bilal relance le débat sur la lente transformation des mentalités dans l’administration depuis 1960.

Une administration post-coloniale de 1960 à 1978 sous un régime civil qui a hérité la constitution française mais avec la spécificité islamique de la Mauritanie.

Une phase de la construction d’un Etat moderne qui devait assimiler la culture de l’écrit en langue française dans un premier temps et dans un second temps en français et en arabe avant que cette dernière soit généralisée dans tous les rouages de l’Etat. C’est une période d’apprentissage aux vertus de l’administration pour sortir du sous- développement économique.

Mais face à une administration quasi inexistante avec peu de cadres et un personnel subalterne concentré surtout dans une capitale qui venait à peine d’être transférée de Saint-Louis du Sénégal. Le premier conseil des ministres s’est déroulé sous la tente. La lourde responsabilité de gérer un pays d’un million de kilomètres carrés et désertique à 80 pour cent avec comme principales richesses le minerai de fer et le poisson pour une population moins d’un million d’habitants, s’avéra plus difficile que d’obtenir l’indépendance. Cette gouvernance avait l’inconvénient d’être propulsée par un seul parti le parti du peuple mauritanien (PPM) fondé par le père de la nation soucieux d’abord de l’unité nationale qui sera vite rattrapé par la pesanteur sociale des tribus et des formes de régionalisme qui vont freiner les décisions politiques.

Presque deux décennies d’expérience n’ont pas suffi à redresser une administration devenue pléthorique avec beaucoup de cadres qui sont là pour des intérêts de la tribu ou de la famille plutôt que servir le pays. De 78 à nos jours c’est la gouvernance militaire autoritaire qui s’inspire d’un gouvernement civil pour poursuivre la construction d’un Etat auquel il ne croit pas comme en témoigne le régime de Ould Taya le plus long règne d’un colonel de l’armée de 84 à 2005 qui bascula le pays dans un génocide des noirs de la vallée en 89 consolidant ainsi un racisme d’Etat. La particularité des régimes militaires avant lui et après lui jusqu’à Ould Ghazouani c’est l’accaparement des leviers du pouvoir par l’armée avec des civils transformés en clientélistes qui agissent dans la proximité de la présidence et des militaires qui se disputent le pouvoir.

Des forces extra constitutionnelles dans tous les rouages de l’administration qui profitent de ce privilège pour s’accaparer des richesses naturelles du pays, le minerai de fer véritable poumon de l’économie, l’or, le cuivre et le pétrole, le poisson et bientôt le gaz pour une population à peine 4 millions d’habitants. Cette mauvaise gouvernance est pointée du doigt par la décennie de l’ex-président général Ould Aziz accusé aujourd’hui pour corruption d’enrichissement illicite et de blanchiment et placé sous contrôle judiciaire avec plus d’une dizaine de ses anciens collaborateurs, premiers ministres et ministres, famille et proches.

Ce rappel historique montre que les mêmes difficultés d’exécution des programmes présidentiels depuis 1960 subsistent avec l’élection de Ould Ghazouani en 2019. La lenteur de l’administration indexée par son premier ministre Ould Bilal relance le débat sur la lente transformation des mentalités qui réside dans la structure de l’administration et qui cache par ailleurs une politique discriminatoire dans les nominations et les concours d’entrée dans les grandes écoles surtout de l’armée.

L’administration est aujourd’hui entre les mains majoritairement d’une seule communauté à dominante arabe. Une marginalisation des deux autres composantes nationales qui ne facilitent pas le mieux vivre ensemble à fortiori les directives d’en haut.

La discipline militaire va avec la restauration d’un Etat de droit qui respecte la citoyenneté et les libertés. Cela passe par l’égalité entre tous les citoyens et les mêmes chances pour tous pour réussir. Une administration à plusieurs vitesses où le citoyen a du mal à accéder aux ministres ou d’autres hauts fonctionnaires où ceux qui sont en haut ont du mal à respecter les horaires et ceux qui sont en bas à comprendre les instructions de leurs chefs.

Une administration loin du citoyen et qui ne peut marcher que si chaque homme et chaque femme sont à leur place. La Mauritanie ne peut pas aspirer à la modernité sans la maîtrise des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Un retard préjudiciable aux actions publiques du gouvernement. L’informatique est indispensable dès le Fondamental et nécessaire pour le développement des entreprises et l’ouverture au monde.

Cherif Kane

Coordinateur journaliste