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Mauritanie : le dialogue à l’épreuve du « Guide » de la dernière chance

Le dialogueAlors que le processus politique menaçait de s’enliser sur la question ultra-sensible de la limitation des mandats présidentiels, le coordinateur Moussa Fall tente le tout pour le tout en soumettant un nouveau « Guide pratique » aux acteurs de la crise. Entre les subtilités juridiques de la majorité et de l’opposition à Nouakchott, et l’urgence sociale qui gronde à l’intérieur du pays, l’éditorialiste Ahmed Ould Bettar analyse les coulisses d’un dialogue national à la croisée des chemins, où le respect de la Constitution reste la seule boussole possible.

Mauritanie : le dialogue à l’épreuve du « Guide » de la dernière chance

Le feuilleton du dialogue national a connu un nouvel épisode qui ressemble à un exercice politique complexe. Quelques jours après que nous avons mis en lumière la manière d’invoquer la clarté pour mieux négocier l’impossible, le coordinateur du processus, Moussa Fall, est revenu à la charge. Son nouvel outil ? Un document tout juste sorti des limbes des négociations : le « Guide pratique pour le lancement du dialogue ».

Derrière ce titre managérial se cache une tentative désespérée de rassembler les morceaux d’un processus qui risque de s’enliser dans la discorde constitutionnelle.

La stratégie de la synthèse ou l’illusion du consensus ?

Il y a deux semaines, le premier guide proposé par Moussa Fall avait échoué face aux ambitions divergentes. D’un côté, une majorité présidentielle, portée par le parti Insaf, qui exigeait d’inclure la question sensible de la « durée des mandats » pour prétendre à une exhaustivité des débats. De l’autre, une opposition fermement ancrée dans l’article 99 de la Constitution, refusant de permettre au pouvoir d’ouvrir une boîte de Pandore que le constituant avait scellée.

Face à ce blocage, le parti Insaf a dénoncé un guide « inéquitable », arguant que le dialogue devait principalement aborder les sujets de discorde au lieu des consensus faibles. Une rhétorique habile, mais risquée : peut-on vraiment négocier ce que la loi interdit ?

Le nouveau document soumis en fin de semaine tente d’intégrer les observations des deux camps. Moussa Fall y maintient son attention sur quatre axes principaux :

– L’unité nationale et la cohésion sociale
– Le modèle démocratique
– La gouvernance globale
– L’intégration des groupes vulnérables face aux menaces régionales

Mais ne nous y trompons pas. En essayant de plaire à tout le monde avec les observations contradictoires de la majorité et de l’opposition, ce « Guide pratique » risque de devenir un catalogue de frustrations plutôt qu’une vraie feuille de route.

Pendant que Nouakchott disserte, l’intérieur attend

Alors que l’élite politique de Nouakchott discute de ce qui est « négociable » ou non, la réalité du pays rappelle l’urgence des problématiques quotidiennes. Loin des salons où l’on parle de la Constitution, c’est la situation sociale qui détermine le rythme à l’intérieur du pays.

L’exemple du Brakna est frappant. Tandis que le dialogue cherche à reprendre de l’ampleur, le wali Teyib Ould Mohamed Mahmoud et le président de la région inspectaient les entrepôts du Commissariat à la sécurité alimentaire (CSA) à Boghé et Bababé. Là-bas, l’urgence ne s’appelle pas « article 99 », mais opération « Aoun ». Pour des milliers de familles à faibles revenus qui dépendent de ces distributions alimentaires et de ces transferts d’argent (exécutés à 90 % dans la wilaya), la politique se mesure au poids des sacs de riz et à la dignité de l’aide apportée, selon les orientations sociales du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.

Le choix de la lucidité

Cette coexistence de deux réalités — un dialogue politique bloqué par des querelles de processus et une action sociale d’urgence sur le terrain — souligne la nécessité de sortir de l’impasse.

La Mauritanie ne peut pas reporter indéfiniment son avenir et ses réformes essentielles (gouvernance, sécurité sahélienne, justice sociale) à un débat constitutionnellement clos sur la durée des mandats. Si le nouveau guide de Moussa Fall veut être vraiment « pratique », il devra forcer la majorité à reconnaître que respecter la Constitution signifie aussi protéger ce qu’elle interdit, et amener l’opposition à se joindre à la table pour affronter les véritables défis du pays.

L’art de la politique est de synchroniser les horloges. Il est temps que celle du dialogue national s’ajuste aux urgences de la Mauritanie.

Ahmed Ould Bettar

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