Mauritanie : Le défi de la crédibilité face à la réalité économique
Découvrez l'analyse de l'écart entre le discours officiel et le vécu des Mauritaniens. Entre croissance macroéconomique et tensions sociales, comment le gouvernement tente-t-il de restaurer la confiance citoyenne ?
Dans une Mauritanie confrontée à des tensions économiques persistantes et à une montée perceptible du scepticisme citoyen, une question s’impose désormais au cœur du débat public : celle de la crédibilité du discours gouvernemental. Entre annonces officielles et réalités quotidiennes marquées par l’inflation, le fossé semble, pour une partie de la population, de plus en plus difficile à ignorer.
Un décalage entre indicateurs est ressenti
Au fil des derniers mois, les autorités ont multiplié les communications mettant en avant des indicateurs encourageants : une croissance projetée autour de 4 à 5% 2025-2026 selon la Banque Mondiale, des investissements structurants dans les infrastructures et des perspectives énergétiques majeures avec le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA).
Pourtant, dans les marchés de Nouakchott comme dans les régions de l’intérieur, le ressenti est tout autre. Pour de nombreux citoyens, l’amélioration macroéconomique peine à se traduire par un pouvoir d’achat renforcé. Ce décalage nourrit une perception de « déconnexion » entre le langage institutionnel et la réalité vécue.
La réponse de l’État : Des actions pour combler le fossé
Face à cette pression, le gouvernement ne reste pas immobile. Conscient que la stabilité sociale dépend de la perception de l’action publique, plusieurs leviers ont été activés :
- Le renforcement du filet social via TAAZOUR : L’agence nationale a intensifié ses transferts monétaires directs et ses programmes de distribution alimentaire pour atténuer l’impact de l’inflation sur les ménages les plus précaires.
- Contrôle des prix et approvisionnement : Des campagnes de stabilisation des prix des produits de première nécessité (sucre, huile, riz) sont régulièrement lancées, bien que leur application sur les marchés locaux reste un défi logistique majeur.
- Réforme de la communication de crise : Le gouvernement a récemment entrepris une mue de sa communication digitale, cherchant à être plus réactif sur les réseaux sociaux pour contrer les « fake news » et expliquer la complexité des chocs exogènes (crises mondiales, prix du pétrole).
- Transparence budgétaire : Des efforts sont notables dans la publication de rapports d’exécution budgétaire, visant à prouver une gestion rigoureuse des deniers publics.
Restaurer la confiance : Au-delà du discours
La crédibilité ne se décrète pas ; elle se construit dans la cohérence. Pour restaurer la confiance, des économistes et acteurs de la société civile suggèrent d’aller plus loin :
- Données accessibles : Publier des indicateurs d’impact réels (emplois créés par projet) plutôt que des montants d’investissement abstraits.
- Dialogue participatif : Sortir de la communication descendante pour instaurer des mécanismes de consultation citoyenne.
- Redevabilité : Admettre les insuffisances là où les résultats tardent, une preuve d’humilité souvent plus efficace que l’optimisme à tout prix.
Dans une société où les attentes sociales sont fortes, la confiance apparaît comme un capital fragile. La question n’est plus de reconnaître le problème, mais de démontrer, par des résultats tangibles, que le discours officiel et le panier de la ménagère peuvent enfin se réconcilier.
Ahmed Ould Bettar – Rapide info



