Mauritanie 2026, le budget face au réel
Budget 2026 en Mauritanie : analyse critique d’un budget de 132 milliards MRU, entre investissement public, discipline macroéconomique et défis sociaux persistants.
Budget 2026 en Mauritanie
Nous sommes en 2026 et, logiquement, une question traverse l’opinion. Après le vote du budget par le Parlement, que révèle réellement ce document sur l’état du pays, sur notre trajectoire collective et sur la stratégie économique que nous sommes en train d’assumer. Le budget 2026 n’est ni un monument politique, ni un simple rituel administratif. Il appartient à cette catégorie plus discrète, mais plus décisive, des actes qui structurent l’avenir sans bruit. Il est présenté pour un montant global d’environ 132 milliards MRU, soit plus de 1 300 milliards d’anciennes ouguiyas, un ordre de grandeur qui mérite d’être compris pour ce qu’il est réellement.
Ce chiffre n’est pas que comptable. Il représente l’argent de la Nation, levé auprès des citoyens, des entreprises, des partenaires, et confié à l’État pour être transformé en services, en infrastructures et en opportunités.
La Mauritanie entre dans 2026 avec plusieurs réalités qui se superposent. Une croissance réelle, mais encore inégalement ressentie.
Une dépendance structurelle aux importations alimentaires et énergétiques. Une jeunesse nombreuse dont l’horizon demeure trop souvent incertain. Des territoires encore éloignés du cœur de la décision publique, du Hodh à Sélibaby, en passant par les quartiers populaires de Nouakchott. Ces déséquilibres ne sont pas nouveaux, mais ils pèsent désormais plus lourdement sur la cohésion sociale et sur la confiance collective.
Dans ce contexte, le choix d’un budget orienté vers l’investissement public constitue un signal important. Plus de 60 milliards MRU sont consacrés à l’investissement, soit près de la moitié des dépenses totales. Ce positionnement place la Mauritanie dans une zone comparable à plusieurs pays africains engagés dans des stratégies de transformation progressive, où l’investissement représente entre 20 et 30 pour cent du budget. Le message est clair. L’État cherche à préparer l’avenir sans rompre les équilibres macroéconomiques. Le déficit reste contenu, la trajectoire de la dette surveillée, la crédibilité extérieure préservée. Mais cette prudence a une contrepartie. La marge d’erreur est étroite et l’échec de l’exécution serait immédiatement sanctionné par la réalité sociale. Ce budget s’inscrit également dans une doctrine désormais assumée, largement partagée avec les partenaires techniques et financiers. Discipline budgétaire, priorité à l’investissement productif, ciblage social, réforme de la gestion publique, exigence de résultats.
Le passage au budget-programme constitue, à cet égard, une réforme structurante.
L’État ne se contente plus d’allouer des moyens. Il lie les ressources à des objectifs, à des indicateurs, à des résultats attendus.
C’est un changement profond dans la manière de concevoir l’action publique. Mais c’est aussi une exposition directe. Désormais, l’écart entre l’annonce et le résultat devient visible. Les faiblesses administratives ne peuvent plus être dissimulées derrière la complexité des procédures. Ce budget porte néanmoins des signaux positifs qu’il serait injuste d’ignorer.
L’augmentation progressive des crédits consacrés à l’éducation, à la santé, à l’eau, à l’énergie et à la connectivité numérique traduit une prise de conscience réelle. L’État reconnaît que sans capital humain, aucune croissance ne devient prospérité.
Il reconnaît aussi que l’économie ne peut respirer durablement si les PME, les agriculteurs, les pêcheurs et les artisans ne disposent pas d’un cadre où l’effort produit des résultats concrets. Des améliorations institutionnelles sont également perceptibles.
La digitalisation progressive de certaines procédures foncières et fiscales, l’élargissement de la couverture sanitaire, l’émergence d’outils de suivi budgétaire, la diffusion encore incomplète mais bien réelle d’une culture de transparence. Ces évolutions ne transforment pas un pays à elles seules, mais elles constituent des cartes actives, des points d’appui sur lesquels une trajectoire plus solide peut s’ancrer. La question centrale n’est donc pas de savoir si ce budget est bon ou mauvais. La question est de savoir ce qu’il permet réellement de changer.
Investissons-nous pour transformer la structure de l’économie ou pour maintenir un équilibre fragile à court terme Faisons-nous de ce budget un outil de souveraineté économique, de justice sociale et de crédibilité institutionnelle, ou un simple exercice de conformité.
La Mauritanie dispose d’atouts indéniables.
Une jeunesse nombreuse et créative.
Un potentiel agricole, halieutique et énergétique considérable. Une position géographique stratégique entre plusieurs espaces économiques. Un secteur privé en attente d’un cadre plus lisible et plus prévisible. Un État désormais doté d’outils modernes de pilotage, à condition que la volonté politique en fasse un usage cohérent et constant. Le budget 2026 n’est ni un aboutissement, ni une fatalité. Il est une épreuve de vérité. Un test de capacité à transformer l’argent public en valeur collective.
Un test de sérieux institutionnel. Un test de confiance entre l’État et les citoyens. Car un pays ne se transforme pas par la seule richesse qu’il mobilise, mais par la manière dont il décide d’en faire une force partagée et durable.
Mansour LY -le 1/01/2026



