Opinion

Manifester mérite-t-il la mort ?

Manifester! Contester le pouvoir n’est pas un crime. Tuer pour le conserver en est un.

Dans trop de pays à majorité musulmane, manifester pour exprimer son mécontentement est devenu un acte de courage qui peut coûter la vie. Descendre dans la rue, réclamer la dignité, la justice ou simplement le respect, c’est risquer les balles, la prison, la torture ou même de disparaître. Et quand le sang coule, le drame ne s’arrête pas aux victimes : il se prolonge dans les discours choquants de ceux qui justifient ces crimes au nom de l’ordre, de la souveraineté ou de la « lutte contre la manipulation étrangère ».

On l’a vu hier sous Saddam Hussein en Irak, quand des populations entières ont été massacrées pour avoir osé s’opposer au régime. On le voit aujourd’hui en Iran, où des jeunes, des femmes, des étudiants sont abattus pour avoir dit non. Et partout, la même rengaine : ils seraient manipulés, ils serviraient l’ennemi, ils menaceraient la stabilité.

Depuis quand réclamer la dignité mérite-t-il la mort ?

Kaédi, Téhéran : même logique, mêmes excuses

Quand je lis les réactions de certains compatriotes, un frisson me traverse : ils semblent croire que les quatre jeunes morts à Kaédi l’avaient cherché. Qu’ils sont morts parce qu’ils ont manifesté. Au fond, certains pensent que c’est bien fait pour eux.

Manifester serait donc devenu un crime. Protester, une faute. Prendre la parole, une provocation qui justifierait la violence. Pire encore : en Mauritanie comme en Iran, deux pays dits islamiques, manifester semblerait mériter la peine de mort. Ce n’est peut-être pas dit aussi brutalement, mais c’est bien ce que ces discours laissent entendre.

À Kaédi, quatre jeunes ont été tués. Ce n’étaient pas des criminels. Pas des terroristes. Leur seul « tort » : avoir manifesté. Et au lieu du deuil ou de la compassion, on entend encore les mêmes mots : manipulation, agenda caché, main étrangère.

Le lieu change, mais la logique meurtrière reste la même.

La manipulation : l’excuse universelle des tyrannies

Accuser les peuples d’être manipulés est devenu l’arme favorite des régimes autoritaires. Elle sert à tout :
– justifier les tirs sur des manifestants désarmés,
– blanchir les forces de sécurité,
– déshumaniser les victimes,
– et surtout, éviter toute remise en question du pouvoir.

Le pire, ce n’est pas seulement que ces discours viennent des régimes eux-mêmes. C’est qu’ils soient repris et défendus par des intellectuels, des militants ou de simples citoyens, parfois à l’étranger, parfois au nom de l’anti-impérialisme, parfois au nom de la religion.

Celui qui justifie un meurtre politique devient complice moral du crime. Il ne défend pas la souveraineté. Il défend l’assassinat.

Quand l’islam sert d’alibi à l’injustice

Soyons clairs : l’islam n’ordonne pas de tirer sur des manifestants. Il n’autorise pas l’exécution de jeunes pour avoir protesté. Il ne considère pas la contestation pacifique comme un crime capital.

Mais trop souvent, la religion est détournée pour justifier la violence d’État, réduire les peuples au silence et faire passer la peur pour de la piété.

Ce n’est ni la loi, ni la foi qui parlent. C’est la peur du pouvoir devant son propre peuple.

Iran : paradis rêvé, hypocrisie réelle

On nous présente l’Iran comme un modèle, une forteresse morale, un paradis de résistance. Très bien. Alors posons une question simple :

Si l’Iran est un paradis, pourquoi ses dirigeants et ses élites vont-ils se soigner en France, en Allemagne ou ailleurs en Occident ? Pourquoi pas à Téhéran ? Pourquoi pas à Ispahan ?

La réponse saute aux yeux. Et elle suffit à démonter le mensonge.

« Ils l’ont mérité » : la phrase qui condamne une société

Dire ou laisser entendre que les jeunes de Kaédi « l’ont mérité », c’est franchir une ligne rouge. Cela veut dire une chose très simple : tout citoyen qui proteste mérite la mort.

Aujourd’hui, c’est eux. Demain, ce sera qui ?

L’étudiant ? Le chômeur ? La mère qui réclame justice ?

Quand la mort devient une sanction socialement acceptable, plus personne n’est en sécurité.

S’habituer à l’inacceptable

Le plus inquiétant, ce n’est pas seulement la violence de l’État. C’est l’habitude que la société en prend.

Quand certains expliquent tranquillement que les jeunes « n’avaient qu’à rester chez eux », ils ne défendent pas l’ordre. Ils abandonnent leur propre humanité.

C’est ainsi que les dictatures s’installent : non seulement par la force, mais aussi par la complicité morale, active ou passive, de ceux qui justifient l’injustifiable.

Une vérité simple et universelle

Aucune religion, aucun drapeau, aucune idéologie ne donne le droit :
– de tirer sur des manifestants,
– de tuer des jeunes,
– de réduire un peuple au silence par la peur.

Contester un pouvoir n’est pas un crime. Manifester n’est pas une trahison. Tuer pour garder le pouvoir est un crime, partout, toujours, sans exception.

Ni la Mauritanie, ni l’Iran, ni aucun autre pays n’a le droit de transformer ses enfants en cibles.

Et ceux qui justifient ces morts, par idéologie, par peur ou par aveuglement, porteront toujours une responsabilité morale.

Parce qu’un jour, quand la violence touchera plus de monde, ils comprendront trop tard que le silence et la justification n’ont jamais protégé personne……Wetov

Sy Mamadou

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