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Mauritanie : Mamadou Moustapha Bâ citoyenneté inclusive Mauritanie

Mauritanie : Mamadou Moustapha Bâ appelle à une citoyenneté inclusive face aux tensions identitaires

Mamadou Moustapha Bâ citoyenneté inclusive Mauritanie

Réponse à Ely Ould Sneiba

Dans une tribune, Mamadou Moustapha Bâ plaide pour une citoyenneté inclusive en Mauritanie et met en garde contre les dérives de la polarisation identitaire.

Mamadou Moustapha Bâ : « L’unité nationale ne peut reposer ni sur la domination ni sur la négation des différences »

Le président du Paren/VE, Mamadou Moustapha Bâ, réagit à une analyse sur l’identité mauritanienne et appelle à consolider une citoyenneté inclusive fondée sur l’égalité, la justice et le respect de la diversité.

J’ai lu récemment l’article publié le 21 février 2026 par Ely Ould Sneiba, dans lequel l’auteur développe une analyse particulièrement critique de la configuration historique et politique de la Mauritanie. Son propos s’articule autour de l’idée que l’État mauritanien serait le produit d’un arrangement colonial ayant contraint un ensemble arabo-sahélien à coexister, dans un cadre national artificiel, avec des composantes négro-africaines, ce qui aurait engendré une rivalité identitaire durable. Il en déduit que les tensions actuelles relèveraient moins de discriminations structurelles que d’un affrontement entre projets nationaux concurrents.
Une telle thèse appelle plusieurs observations.
D’abord, si l’héritage colonial a incontestablement pesé sur la délimitation des frontières et sur certaines orientations institutionnelles initiales, il ne saurait constituer à lui seul la clé explicative des dynamiques contemporaines. Plus de soixante ans après l’indépendance, la Mauritanie a produit ses propres élites, ses propres choix politiques et ses propres mécanismes de gouvernance. Continuer à interpréter les fractures internes comme la simple conséquence d’un « plan initial » revient à minorer la responsabilité des acteurs nationaux et à figer l’histoire dans une causalité unique.
Ensuite, l’idée selon laquelle deux peuples rivaux se disputeraient l’identité de l’État repose sur une représentation homogénéisante des groupes sociaux. Or la réalité mauritanienne est marquée par des interactions anciennes, des solidarités religieuses partagées, des interdépendances économiques et des trajectoires familiales entremêlées. La construction de blocs identitaires étanches ne correspond ni à la complexité sociologique du pays ni aux pratiques sociales observables.
L’histoire comparée montre que l’ethnicisation du discours politique constitue un facteur de fragilisation des États. Le Génocide des Tutsi au Rwanda demeure, à cet égard, un rappel tragique des conséquences extrêmes de la polarisation identitaire. Toutefois, la leçon principale de cette expérience ne réside pas dans l’effacement autoritaire des identités, mais dans la construction progressive d’un cadre civique commun fondé sur l’égalité des citoyens, la justice et la reconnaissance des blessures historiques.
La question centrale n’est donc pas de déterminer quelle composante serait la détentrice légitime de l’État, mais de savoir comment consolider une citoyenneté inclusive. Un État moderne n’est la propriété d’aucune communauté ; il est l’expression juridique et politique de l’ensemble de ses citoyens. Assimiler l’unité nationale à l’adhésion à une identité dominante expose la cohésion à une fragilité permanente, car l’intégration ne peut être confondue avec l’assimilation unilatérale.
La Mauritanie possède une singularité précieuse : elle est à la fois sahélienne, arabe et africaine. Cette pluralité n’est pas une anomalie structurelle, mais un potentiel stratégique et culturel. La consolidation de l’unité nationale suppose dès lors un effort constant en faveur de l’égalité devant la loi, d’une représentation équilibrée et d’un dialogue politique affranchi des procès d’intention.
En définitive, envisager l’avenir du pays sous l’angle d’une rivalité irréductible entre deux peuples conduit à une impasse théorique et politique. Concevoir la Mauritanie comme une communauté politique en construction, diverse et inclusive, offre au contraire une perspective de dépassement des antagonismes. L’unité durable ne se décrète ni par la domination ni par la négation des différences, mais par l’adhésion partagée à des principes communs de justice, de dignité et de citoyenneté.

Le 24 février 2026
Président Mamadou Moustapha Bâ @

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