Ma déception : l’impasse du dialogue national en Mauritanie
Analyse de Mamadou Moustapha Bâ sur les blocages politiques autour du dialogue national en Mauritanie et l'urgence de privilégier l'intérêt général.
Face à l’enlisement de la préparation du dialogue national en Mauritanie, Mamadou Moustapha Bâ livre une analyse sans concession d’un processus freiné par des calculs politiques et des querelles sémantiques. Entre inquiétude légitime et optimisme lucide, il appelle la classe politique à dépasser les clivages partisans pour répondre enfin aux défis majeurs de la nation.
Ma déception
L’impasse actuelle autour de la préparation du dialogue national est devenue à la fois incompréhensible et profondément préoccupante. Alors qu’une large partie des Mauritaniens y voit une opportunité historique d’aborder, enfin, les grandes questions structurantes de l’avenir du pays, certains acteurs politiques semblent s’enfermer dans des calculs tactiques qui compromettent progressivement la perspective même d’une concertation pourtant attendue.
Cette dérive est d’autant plus regrettable que le dialogue ne relève ni de l’improvisation ni d’un agenda conjoncturel. Il s’inscrit dans une volonté politique clairement exprimée au plus haut niveau de l’État et dans la continuité d’un travail préparatoire substantiel. Plus d’une année de consultations conduites par le coordinateur du dialogue ont permis de multiplier les échanges avec les forces politiques et sociales du pays, dessinant progressivement un cadre structuré de discussion.
Pourtant, la Mauritanie fait face à des défis d’une gravité telle qu’ils transcendent largement les clivages partisans : gouvernance publique , passif humanitaire, fragilités de la cohésion nationale, tensions linguistiques, inégalités territoriales, enjeux fonciers ,la justice ,j’en passe. Autant de questions qui exigent une vision globale et des réponses collectives, loin des postures de circonstance.
L’enlisement du processus dans des controverses secondaires révèle un décalage préoccupant entre la gravité des enjeux et certaines attitudes politiques. À mesure que les blocages se prolongent, c’est la crédibilité même de la classe politique qui s’érode, ainsi que la confiance dans sa capacité à assumer ses responsabilités historiques.
La polémique autour du terme « mandat » illustre cette dérive. Peut-on sérieusement réduire un processus national de cette ampleur à une querelle sémantique ? Un dialogue digne de ce nom suppose précisément l’acceptation du débat, y compris sur les formulations les plus sensibles.
Dès lors, une question s’impose avec acuité : qu’est-ce qui est réellement redouté ? Le débat lui-même, ou ses implications ?
Les expériences démocratiques établies montrent que la stabilité institutionnelle ne repose pas sur l’évitement des désaccords, mais sur leur organisation dans un cadre légitime et partagé. Le dialogue n’a jamais vocation à effacer les divergences, mais à les transformer en compromis politiques viables.
Certains oublient que la légitimité démocratique se construit dans la délibération rationnelle et inclusive. C’est dans la confrontation argumentée des positions que se forge la décision politique éclairée.
La question centrale n’est donc pas l’existence des désaccords, mais la volonté réelle de les dépasser. Or, tout indique aujourd’hui une réticence persistante à entrer pleinement dans cette logique.
À mesure que le dialogue s’affaiblit, c’est la confiance dans la capacité du système politique à produire du consensus qui s’érode.
L’histoire politique enseigne enfin une vérité simple : les nations progressent lorsque leurs dirigeants savent dépasser les intérêts immédiats pour se hisser à la hauteur de l’intérêt général.
Ainsi, ce qui devait être un moment fondateur du renouveau politique risque désormais de s’enliser dans ses propres contradictions, au détriment de la nation tout entière.
Mais, malgré ces tensions, je demeure animé par un optimisme lucide : l’espoir de voir ce peuple enfin se parler, se comprendre et dépasser ses clivages afin d’ouvrir une véritable dynamique de renouveau national demeure intact.
04/06/2026
Mamadou Moustapha Bâ



