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Lettre ouverte au Président de la République | S. D. Thiam

À Monsieur le Président de la République (suite et peut-être pas fin)

Tribune libre de Samba Diouldé Thiam interpellant le Président de la République sur la Constitution, la crise sociale et l’urgence d’un dialogue national.

À Monsieur le Président de la République (suite et peut-être pas fin).

Entrer dans l’espace public expose toujours.

Je l’ai toujours vérifié dans mon engagement politique.

L’idéologie, j’en ai fréquenté un peu et jusqu’à présent.

J’ai rêvé comme mes camarades d’un monde meilleur qui ne laisse personne sur le bord de la route.

Ce rêve là c’est comme l’étoile polaire : on ne s’y rend pas mais on l’observe chaque soir. Il ne faut jamais y renoncer.

Que ce qui doit advenir advienne !

Gouverner oblige à minimiser les obstacles, dans le respect de l’État de droit.

Gouverner, c’est surtout créer les conditions de la réussite de tous, du développement de toutes les régions, du traitement équitable de toutes les composantes de la Nation.

Cela dit, le Conseil Constitutionnel est un pivot majeur en dernier ressort de cet État de droit.

La Constitution est le contrat social qui lie et contraint tous les résidents d’un pays, ses citoyens et d’autres sur son sol, à l’exception des représentants attitrés des États étrangers.

La rédaction d’une Constitution est politique et juridique.

Elle n’est pas affaire de copier coller.

Les efforts de conciliation avec l’autre ont conduit à des monstruosités pour refaire une Constitution en peau de léopard, changeant le régime politique du pays, à l’épreuve du temps depuis plus de soixante ans.

On ne doit changer ce que le temps a consacré qu’avec précaution et une grande perspicacité.

Le Conseil Constitutionnel a fermé la tragique parenthèse du mois de juin.

Cela vous délie d’une initiative mal pensée et mal écrite, voulant la paix, contre la stabilité du pays, notre plus importante richesse stratégique en dernier ressort.

Ne vous précitez pas à changer de Constitution s’il vous plait.

Le fait de l’existence dans les facultés de droit d’une spécialisation  » droit constitutionnel  » indique que la matière est à considérer avec respect et sérieux.

La bonne blague est que les 19 millions de Sénégalais sont maîtres en tout et, finalement, en rien.

Si l’on décompose cette population, nos nouveaux nés, jusqu’à nos nouveaux bacheliers, sont experts en Constitution et en toutes autres choses.

Trêve de blague !

Les rédacteurs des Constitutions reçoivent une commande politique émanant du chef de l’État.

Cette commande reflète les choix de société du commanditaire.

Bien sûr il n’est jamais seul, mais il choisit seul, selon un processus complexe.

Pour la validation, il choisit entre deux voies : le référendum ou le parlement seul, en l’état de notre droit.

Il est évident qu’un tel homme ou une telle femme a des pouvoirs qu’il (elle) ne partage avec personne.

Ici, on ne parle pas de dictature pourtant.

Avec un régime parlementaire, le dirigeant du parti ou de la coalition majoritaire aurait les pouvoirs d’un décideur suprême.

L’on dit que les hommes ne se posent que les problèmes qu’ils cherchent à résoudre.

Des problèmes à résoudre sont apparus dans le fonctionnement de nos institutions avec la législature en cours:

1. La question de la dissolution de l’Assemblée ;

2. La/les voie(s) de la modification de la Constitution ;

3. Un élu national l’est-il définitivement à la suite de la proclamation des résultats de l’élection par le Conseil Constitutionnel ou seulement à la suite de l’installation de l’assemblée nationale ?

4. Les actes administratifs du pouvoir exécutif pouvant être attaqués pour excès de pouvoir en justice, pourquoi les actes correspondants du Président et du Bureau de l’Assemblée ne le seraient-ils pas?

5. l’Assemblée est bien sûr le lieu par excellence où la politique s’exprime sans voile, mais est-elle pour autant une « possession » privée de la majorité ? La reddition des comptes doit-elle continuer d’être une feuille de vigne dans cette institution ? La transparence est exigible dans l’État et contiuera-t-elle d’être ignorée à l’Assemblée ?

Puisque je suggère de ne pas s’occuper de la Constitution en ce moment, ce qui n’était une urgence que pour l’installation d’un bicephalisme mortifère, les questions que j’ai soulignées sont à verser à la reprise du chantier, le moment qui conviendrait.

Parce que l’urgence est aux questions économiques et sociales.

Vendredi 10 juillet, le monde du travail, dans une très forte majorité, a observé une grève générale.

C’est un avertissement sérieux.

Il n’y a que deux attitudes possibles : négocier ou exacerber la confrontation et la répression.

À mon avis, la seconde voie ruinera votre avenir politique.

Dès lors vous devez négocier.

Donner l’argent dans cette phase de grande crise économique semble impossible.

Et pourtant il faut négocier.

Alors quoi négocier ?

Retrouver la confiance rompue des travailleurs.

Ils sauront vous dire quoi faire.

Il y’a des moments où arrive la transformation de la quantité en qualité.

Notre pays vit un de ces moments.

Le Président de la République est  » l’instrument  » de ce moment historique.

Il ne s’est pas choisi, la marche des événements l’ont désigné : il réussit ou il faillit et dans tous les cas les conséquences peuvent être durables.

Nous sommes face à un avenir pouvant bifurquer, selon ce que fera ou ne fera pas un homme (qui n’est pas un dieu).

Seuls les événements décident des grands hommes et des nains.

Et ces événements ne viennent pas à la commande.

« So Alla foɓɓanii ma, ummo am », disent les Pulaar et je suis sûr que toutes nos langues nationales expriment cette même pensée.

En français facile, la traduction approximative est :  » Si Dieu t’a choisi, ne rate pas les opportunités qu’Il t’offre « .

Respectueusement, Monsieur le Président de la République.

Samba Diouldé THIAM

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