Les pêcheurs artisanaux victimes de la pollution et la surexploitation des côtes sénégalaises

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Au Sénégal, les acteurs locaux du secteur de la pêche sont aux abois. Leur filière traverse une crise sans précédent obligeant le président Macky Sall à annoncer la tenue d’un conseil présidentiel de la pêche artisanale.

« Autrefois, nous étions fiers d’être des pêcheurs, hélas aujourd’hui, notre métier ne nous nourrit plus ». Les plaintes sont nombreuses car la pêche sénégalaise traverse depuis des années des eaux troubles.

Une situation qui a poussé le chef de l’État, Macky Sall, à programmer pour le mois de mai un conseil présidentiel dédié à la pêche artisanale.

Gorgui Ndiaye, mareyeur au quai de pêche de Yoff, énumère les maux dont souffre le secteur.

« Les autorités ont le devoir de surveiller la mer. La mer est polluée on y verse des produits chimiques et cela tue les espèces. De plus, nos côtes sont surexploitées », confie-t-il.

Pour étayer ses propos, il prend l’exemple de la Mauritanie. « Il y a des périodes où la pêche est suspendue sur l’ensemble du territoire. Les poissons ont le temps de se reproduire. Contrairement au Sénégal où la mer est exploitée toute l’année. C’est abusé », se plaint-il.

Des vendeuses à la plage de Soumbédioune au Sénégal. (archives VOA)
Des vendeuses à la plage de Soumbédioune au Sénégal. (archives VOA)
La signature de certains accords ou encore l’octroi des licences de pêche sont aussi des opérations dénoncées par les acteurs du secteur.

« Depuis 2020 on a eu beaucoup de remous dans le secteur. Des remous liés à l’octroi de licences ou encore les accords signés par l’Union européenne », souligne Fatou Niang Diagne, membre du bureau du Groupement des armateurs et industriels de la pêche au Sénégal (GAIPES).

Elle ajoute que les faibles perspectives économiques sont les principales raisons pour lesquelles les pêcheurs artisanaux constituent l’une des cohortes les plus importantes parmi les candidats à l’émigration clandestine.

Le ministre sénégalais de la Pêche, Alioune Ndoye, assure que des efforts sont en train d’être faits. Sur les ondes de la Radio RFM, le ministre estime que le plus important est que tous les acteurs respectent et appliquent les règles dictées par les autorités.

« La pêche est secteur qui englobe énormément de Sénégalais. Mais il est vrai qu’un problème de formalisation de ses activités se pose », affirme-t-il.

Il ajoute que « le président Macky Sall a annoncé la livraison d’un avion sénégalais pour surveiller nos côtes. J’ai remis sur pied le corps des observateurs, ils sont au nombre de 65 000 biens formés ».

« Toutes ses actions vont permettre de mieux gérer nos mers et ensuite il faudrait que toutes les décisions prises pour préserver la ressource halieutique que l’on puisse convaincre les acteurs que de leur intérêt vital de respecter ces règles-là », explique-t-il.

Les propos du ministre semblent rassurer la directrice de la Société de pêche industrielle SOPASEN. Cette dernière qui espère que ce conseil présidentiel sera participatif et inclusif.

« Nous espérons que ce conseil présidentiel de la pêche sera un moment d’échanges avec toutes les composantes du secteur. Avec, comme objectif, trouver la bonne voie pour développer le secteur de la pêche qui est pourvoyeur d’emplois. Il faut savoir que les investisseurs étrangers ont besoin d’un environnement stable et de transparence pour investir dans la pêche sénégalaise », dit-elle.

Hormis ce conseil présidentiel, le président Sall a souligné la nécessité de renforcer les actions préventives de sécurité en mer et l’impératif d’asseoir l’aquaculture comme sous-secteur prioritaire, dans la promotion de l’emploi des jeunes. Des annonces qui rendent les attentes des acteurs encore plus grandes.
Seydina Aba Gueye


VOA