Les mauritaniens sont passés de prisonniers de l’Etat à esclaves du pouvoir…

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Les mauritaniens sont passés de prisonniers de l’Etat à esclaves du pouvoir…

Ce qui se passe en Mauritanie est unique dans les annales de la tyrannie.

Depuis 1978, les militaires ont pris le pouvoir. Depuis ce temps, l’unique changement se fait par les militaires à base de coup d’Etat. Avec Taya, les mauritaniens pensaient avoir atteint le fond en matière de corruption de l’Etat et violations des droits de l’homme.

Après lui, la transition sous Ely Ould Mohamed Vall, aux mains d’Aziz et ses amis, fut un moment d’espérance et de tranquillité tellement tout le monde en avait assez du régime prédateur et destructeur de Taya même si on réalisera plus tard que Taya était un vrai patriote ennemi juré de l’obscurantisme religieux ; aussi courageux et fier en la matière qu’Aziz fut lâche et domestique vis-à-vis des wahhabites, pour ne citer qu’eux, allant jusqu’à les laisser en toute impunité infester et dénaturer notre islam du terroir plus subtil.

Avec Aziz, les mauritaniens sont passés du dernier espoir d’avoir un dictateur éclairé au cauchemar les yeux ouverts. Aziz leur a tout pris jusqu’à corrompre leurs oulémas, salir leur histoire, insulter les pères fondateurs et avaler tout ce qui peut rapporter quelque chose. S’il pouvait boire la mer du pays et manger tout ce qui s’y trouve, il l’aurait fait. Après lui, le pays est divisé, tribalisé comme jamais, il a réussi même à créer une guerre fratricide entre maures en fabriquant Birame comme Israël a fabriqué le Hamas pour affaiblir le Fatah.

Aziz est parti, voilà Ghazouani. Quel dirigeant sera-t-il sachant que les statistiques sont sans appel depuis 1978 : les régimes d’origine militaire sont de plus en plus corrompus avec une accointance de plus en plus fraternelle avec tous les escrocs en cols blancs de la république prêts à servir ceux qui se gavent pour s’engraisser à leur tour via des pourboires colossaux. Cette corruption des régimes militaires s’accompagne de moins de violence physique contre les citoyens comme si l’impuissance des civils leur donne droit à une liberté d’expression unique dans le monde arabe.

En attendant de savoir quel dirigeant sera Ghazouani, on voit des nominations qui n’annoncent rien de nouveau : un type proche de Ghazouani poursuivi par un chèque sans provision de plusieurs millions qu’il pourrait régler pour épargner Ghazouani, un autre autre fraîchement promu à la tête d’un machin avec pour seule compétence le faux et l’usage de faux sans parler de tous les complices d’Aziz dont les casseroles résonnent quotidiennement sur le net pendant que le pouvoir fait la sourde oreille.

Laissons le pouvoir et voyons le sort des mauritaniens pour comprendre qu’ils sont passés de prisonniers à esclaves d’un petit nombre qui profite de l’Etat et leur impose une vie à genoux et un avenir sombre pour leurs enfants sans aucun espoir de changement sinon un nouveau virus plus redoutable que le Covid 19 envoyé par Dieu pour nettoyer ce royaume de l’injustice en emportant tout le monde histoire d’arrêter le malheur destiné aux enfants qui viennent au monde dans cette république des voleurs au nom de la république islamique.

L’esclavage c’est un système qui consiste à posséder des êtres humains, profiter de leur labeur avec une telle culture de l’impunité et de la violence distillée de pères en fils qu’ils finissent par se résigner et accepter leur sort pour moins de torture et d’exclusion.

Le mauritanien depuis 1978 est prisonnier de régimes militaires vu que ce sont des régimes militaires qui se passent le pouvoir depuis cette époque à nos jours. Prisonniers signifie que le mauritanien n’a d’autre choix pour vivre libre dans un pays de droit qu’en fuyant son pays sinon il doit vivre sans rien dire qui puisse braquer les services du régime autoritaire contre lui : ça va de la perte de l’emploi quand on est fonctionnaire à mille autres tracasseries administratives ou financières si ce n’est la prison tout simplement et quand on n’a rien à vous prendre, ils s’attaquent à votre famille innocente dont l’un des membres perdra son emploi ou un marché, histoire d’empoisonner la vie familiale.

De là qu’en Mauritanie, les blogueurs les plus influents sont hors du pays protégés par une nationalité américaine, canadienne et autres… Ceux qui sont au pays sont très rares et le payent cher quand ils n’attendent pas que le pouvoir les fasse taire en leur trouvant du travail… La majorité derrière son écran lit sans oser dire un mot si ce n’est pour se faire remarquer en modérateur ou défendre un parent, un ami, une tribu…

Le mauritanien n’était qu’un prisonnier car jusqu’à Aziz, il y avait encore des forces de l’opposition relativement puissantes qui inquiétaient le pouvoir militaire depuis 1978. Il y avait un rêve de changement possible.

Tout a changé avec ce que nous vivons depuis 10 ans à savoir la fin de l’opposition crédible capable d’inquiéter le pouvoir. Petit à petit l’opposition n’ayant que la parole pour soulever les foules handicapées a fini par montrer la vacuité d’un tel procédé dans un pays comme le nôtre surtout quand Aziz a compris qu’il faillait laisser parler l’opposition dans le vide en l’étouffant à petit feu à base de corruption de ses membres. Il y a eu plus de traitres qu’Aziz ne pouvait en rêver. Traitres parfois de bonne foi ayant compris que sans armes, tout n’est que vent et avec les armes, tout n’est que sang. Ils ont préféré tuer leur idéal, trahir leurs compagnons, se taire et manger.

Toujours est-il que depuis que l’opposition est à genoux, le mauritanien n’est plus prisonnier mais esclave car sa vie est aux mains d’un petit nombre qui non seulement se partage le budget de l’état fruit des impôts et des taxes mais ce petit nombre vend le sort du peuple qu’il pille et affame aux bailleurs de fonds pour avoir des milliards sous forme de dette qui sera dilapidée ; esclave car il ne peut en rien changer son sort et ses maîtres décident de tout jusqu’à son nom : ainsi un beau matin un tyran a décidé que les maures ne s’appelleraient plus Ould et Mint sans leur demander leur avis, et depuis il en est ainsi.

Esclave car grâce à internet, il connaît les coupables de son malheur, il sait qui sont les voleurs et les montants volés mais il n’y peut rien. Esclave car il a peur d’agir et il a peur d’agir car il sait que la majorité esclave aussi a peur comme lui et si demain il osait se manifester, ses maîtres le jetteraient en prison avec la complicité de leurs hommes qui tiennent la justice des maîtres et personne ne pourra le sortir de là sauf le bon vouloir du pouvoir.

Désormais les maîtres voleurs ont des enfants pour la relève de la classe esclavagiste dominante et les esclaves font aussi de petits esclaves qui naissent au coeur de la résignation.

Nous en sommes là.

Que peut faire Ghazouani ? Il ne faut pas lui demander de réussir là où tous les mauritaniens ont échoué ensemble d’un commun accord. Il ne pourra pas transformer le vinaigre en eau claire, ni les morts en vivants pour le soutenir au nom de la justice, tout ce qu’il pourra faire c’est ne pas être Aziz et ça déjà c’est un malheur en moins…

Ahmed Ould Soueid Ahmed ( chezvlane.com ) via TRUST Magazine