Le Fouta n’est pas la moitié ! par Ely Ould Sneiba

Ely Ould Sneiba
Ely Ould Sneiba

Le Fouta n’est pas la moitié ! par Ely Ould Sneiba

Le Fouta-Toro, par opposition au Fouta-Djalon guinéen, est une région qui se trouve à cheval entre la Mauritanie et le Sénégal, de part et d’autre du fleuve Sénégal (Fleuve Sanhaja selon l’Académicien Sédar Senghor).

La superficie de ce territoire est égale à la surface d’une région moyenne du pays des Maures, et sa population, toute âme qui vive, ne fait pas le Hodh, notre hémisphère oriental. Aussi tous les locuteurs français, langue-religion négro-mauritanienne, ne font que le dixième de l’ensemble de la faune lettrée mauritanienne.

En termes de richesse, la région du fleuve est peut-être le grenier et le jardin marchais du pays mais la pêche, les mines, les industries se trouvent ailleurs, du côté maure.

Toute cela ne fait évidemment pas, humainement et matériellement parlant, la moitié de la Mauritanie !

Il est vrai qu’au commencement de notre État-Nation (et non multinational), une logique de partage moitié-moitié entre les Maures et les Foutanqués s’est installée dans les esprits et elle s’est muée en règle non écrite.

  À Nouakchott, par exemple, il y a deux grandes mosquées, une est dirigée par un Maure et l’autre par un ressortissant du Fouta, et quand le parlement était bicaméral, la même logique s’appliquait aussi et ainsi de suite.

Jusqu’ici le tout était jouable dans une Mauritanie jeune, pudique et innocente. Seulement, la démographie harratine, si l’on s’en tient à cette logique au pied de la lettre, va forcément faire bouger les lignes, car les militants d’IRA estiment, au pif, que les Harratines constituent la moitié de la population nationale.

Alors, évolue-t-on vers ‘’ la règle des trois’ unités’’ (bien théâtrale), un autre Liban ouest-africain ?

Admettons que cela soit fait comme il est désiré, la paix civile sera-t-elle pour autant garantie?

Pas si sûr !

En effet, la politique coloniale et le ‘’ retard de la scolarisation – en français – en Mauritanie hassanophone par rapport à la vallée’’, les deux facteurs, à la fois, « ont entraîné, dans la fonction publique du début des années 1960, une forte représentation des Noirs (environ 75 % des fonctionnaires, et jusqu’à 80 % dans les PTT) ».

Et pourtant, les Arabo-Mauritaniens et les Négro-Mauritaniens, dirigés par les Poulo-Toucouleurs, en sont venus aux mains, en 1966 ?!

Un problème de quotas ? Pas du tout, la question est ailleurs !

Si par hypothèse, un ostracisme frapperait les Négro-Mauritaniens, aujourd’hui, il n’en demeure pas moins que les heurts interraciaux avaient bel et bien précédé ledit racisme. Pourquoi ?

Réponse : tant que les Maures ne sont pas déclarés berbères, les Harratines des Négro-Mauritaniens et toute la Mauritanie un État non arabe, abâtardi, il n’y aura aucune chance de paix civile durable.

Conclusion : les militants foutanqués ne sont pas sérieux ; il aurait dû faire comme les Basques : rester en pays basque, puis demander une identité nationale propre.