L’alibye du bras de fer Maroc-Algérie

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Ruptures et Hirak là-bas, réformes et mesures en vrac ici, le Maroc et l’Algérie sont tous deux pris dans leurs tourmentes internes, mais tous deux ne perdent pas de vue leur antagonisme historique, et bien malheureusement parfois hystérique. Tout à la recherche de légitimité internationale à défaut de reconnaissance nationale, le nouveau président Abdelmajid Tebboune multiplie ses initiatives pour la Libye avec, en toile de fond, son désir de marginaliser le Maroc… avec un succès variable.

La diplomatie marocaine se trouve face à une mutation importante dans sa région maghrébine. Trois nouveaux chefs d’Etat en six mois, juin en Mauritanie, octobre en Tunisie et décembre en Algérie. En Libye, deux hommes se disputent le pouvoir dans une admirable cacophonie, un inquiétant chaos et une opacité diplomatique internationale totale. Seul le Maroc, avec ses hauts et ses bas, ses rudes combats et ses intenses débats, affiche une stabilité politique, mais doit néanmoins tenir compte des changements sur ses flancs.

En Algérie, sitôt (mal) élu, le président Tebboune s’attelle à la très difficile tâche d’exister. Largement rejeté chez lui, il s’est projeté vers l’extérieur, avec un certain bonheur. Et le succès pour lui, et pour la diplomatie algérienne dans son ensemble, est d’apparaître tout en œuvrant à faire disparaître le Maroc… du moins sur la scène diplomatique régionale.

Ainsi, à cette désormais fameuse conférence de Berlin sur la Libye, l’Algérie a été conviée et Abdelmajid Tebboune est apparu, au milieu de ses pairs, MM. al-Sissi, Poutine, Macron, Erdogan… Le Maroc n’a pas été convié, déclenchant une saine colère de M. Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères qui dans un communiqué, a lourdement chargé l’Allemagne, en l’accusant de faire « la promotion de ses intérêts nationaux », brandissant en grimaçant les Accords de Skhirate, « seul cadre politique appuyé par le Conseil de Sécurité ». Saine certes, mais bien inutile colère… En diplomatie, les colères sont rarement exprimées par communiqués

Or, il se trouve que parfois, souvent même en diplomatie, le « cadre politique » de façade cache un autre cadre, peu éthique, celui-là, où les choses se jouent en coulisses et où c’est le plus malin, et le moins naïf, qui gagne. La conférence de Berlin est annoncée depuis le mois d’août et durant les mois qui ont suivi, et jusqu’en janvier, le Maroc n’est pas parvenu à imposer sa présence à Berlin. La colère est vaine, l’autocritique est saine quand l’action menée s’avère incertaine.

Quelques jours après la conférence à Berlin, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian était sur le sol algérien et déclarait tranquillement que « l’Algérie est une puissance d’équilibre dans la région »… Ou comment, par le biais d’une conférence et d’une confidence, la diplomatie marocaine paraît affaiblie par un Etat (algérien) très faible, mais toujours en pointe et en embuscade pour marginaliser le royaume.

Il faudra par la suite l’appel passé par le président français Emmanuel Macron au roi Mohammed VI, et la visite rendue par le souverain à l’éminent Emirati Mohamed Ben Zayed en villégiature à Rabat pour que le royaume se remette en selle dans l’affaire libyenne, et reprenne la main… dans l’attente d’autres actions royales prévues.

La formidable percée diplomatique réalisée ces dernières années en Afrique par le chef de l’Etat semble marquer le pas aujourd’hui, pour cause d’une machine diplomatique quelque peu grippée. Le retour tout en puissance de l’agressivité algérienne et la nécessité d’un retour en force du Maroc sur la scène africaine devraient enclencher une remise en question de notre diplomatie, dans le sens d’une mobilisation générale qui éviterait l’implication en urgence du chef de l’Etat.

Aziz Boucetta
panorapost.com