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L’Agenda, la chaise vide et l’épreuve des faits

L’Agenda, la chaise vide et l’épreuve des faits

Être présent à un événement n’est parfois qu’un détail du métier. La vraie vocation du journalisme va au-delà des sièges d’une salle de presse et des applaudissements d’un public choisi. C’est pourquoi, maintenant que je suis libéré de l’obligation d’agenda pour cette rencontre, je constate avec regret, mais sans surprise, que je n’ai pas reçu d’invitation. Quoi qu’il en soit, je souhaite au Chef de l’État un bon déroulement pour son échange avec les médias.

La diplomatie protocolaire ferme parfois certaines portes, mais le besoin d’information demeure. Tout en respectant mon exigence de rigueur et d’indépendance, et bien ancré dans le quotidien et l’avenir de mon pays, je ne peux pas éviter les vrais sujets.
À l’heure des bilans et des décisions importantes, voici les principales questions que j’aurais posées à M. le Président de la République, et auxquelles le peuple mauritanien a tout à fait le droit d’obtenir des réponses.

I. Justice, stabilité et démocratie : les dossiers brûlants

1. L’affaire de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz

Face aux accusations d’ingérence politique formulées par la défense de l’ancien président Aziz et aux critiques sur ses conditions de détention, quelles garanties donnez-vous quant à l’indépendance totale de la justice jusqu’au terme des procédures ?

2. La crise d’assainissement du climat politique

L’affaire de l’ancien président continue de diviser la classe politique et d’occuper l’espace médiatique. Quel impact ce dossier a-t-il, selon vous, sur la stabilité des institutions et la cohésion nationale ?

3. Le cas des deux députées d’IRA-Mauritanie

Les vives tensions à l’Assemblée nationale impliquant deux députées du mouvement IRA ont relancé le débat sur l’immunité parlementaire et le dialogue politique. Comment le pouvoir compte-t-il apaiser le climat parlementaire sans restreindre l’opposition ?

4. La reconnaissance et l’enregistrement des mouvements politiques

La question de la reconnaissance officielle de formations comme RAG et FPC reste récurrente. Votre administration envisage-t-elle de revoir les conditions d’octroi de récépissés pour inclure toutes les forces politiques du pays ?

5. La question du troisième mandat et la succession

Alors que le débat sur le respect des limites constitutionnelles des mandats refait souvent surface dans la région, quelle est votre position définitive sur le respect strict du nombre de mandats fixés par la Constitution ?

6. L’héritage institutionnel et l’alternance

Comment comptez-vous structurer la fin de votre mandat actuel pour garantir une alternance pacifique et démocratique, évitant ainsi les tensions vécues lors des transitions précédentes ?

II. Langues nationales et cohésion sociale : l’identité en question

7. L’officialisation et l’enseignement des langues nationales

La mise en œuvre de la réforme du système éducatif et la place accordée aux langues nationales (pulaar, soninké, wolof) suscitent des attentes fortes. Quelles sont les prochaines étapes concrètes pour assurer leur enseignement effectif et équitable à l’école ?

8. L’usage des langues nationales dans l’administration

Au-delà de l’école, envisagez-vous d’élargir l’usage officiel des langues nationales au sein des institutions publiques et de l’administration pour renforcer l’intégration et l’accès de tous les citoyens aux services publics ?
9. La cohésion nationale et le passif humanitaire

Les questions linguistiques et les tensions politiques restent très liées au dossier de la cohésion nationale. Quels engagements concrets prenez-vous pour répondre définitivement aux attentes en matière de justice sociale et d’égalité des chances ?

10. La méthode de gouvernance et le dialogue inclusif

Entre gestion des affaires judiciaires de haut niveau, réformes linguistiques sensibles et tensions à l’Assemblée, prévoyez-vous l’organisation d’un dialogue national inclusif pour fixer un consensus durable sur ces sujets ?

III. Le pouvoir d’achat et la jeunesse : l’urgence du quotidien

Monsieur le Président,
Malgré les discours rassurants sur la stabilisation macroéconomique et les réformes en cours, la réalité du panier de la ménagère est tout autre. Le coût de la vie pèse lourdement sur les foyers mauritaniens. Quelles mesures concrètes et immédiates votre gouvernement prévoit-il pour alléger ce fardeau et redonner du pouvoir d’achat aux citoyens ?
La jeunesse, pourtant force vitale de la nation, fait face à un chômage structurel et à une précarité croissante. Quels engagements fermes pouvez-vous prendre aujourd’hui pour transformer l’économie locale, créer des emplois de qualité et offrir aux jeunes entrepreneurs des garanties à la hauteur de leurs ambitions ?

IV. Gouvernance et reddition des comptes : passer des paroles aux actes

La promesse d’une bonne gouvernance est essentielle à toute démocratie, mais elle est souvent confrontée à la réalité. Quels résultats mesurables pouvez-vous présenter aujourd’hui concernant la lutte contre la corruption et la reddition des comptes ? Au-delà des déclarations, quels mécanismes d’audit indépendant et quelles réformes institutionnelles envisagez-vous pour éliminer l’impunité et protéger les finances publiques ?
De même, le dialogue politique ne doit pas se limiter à de simples déclarations. Quelles garanties institutionnelles fournissez-vous pour que toutes les sensibilités politiques et sociales participent activement aux réformes qui façonnent l’avenir de la Mauritanie ?
À l’approche de la seconde phase de votre mandat, le temps des promesses doit laisser place à celui du bilan : sur quelles réformes majeures êtes-vous prêt à être évalué par les Mauritaniens d’ici la fin de votre mandat ?

V. L’après-rente, la sécurité et les enjeux stratégiques

Alors que le monde s’engage dans sa transition énergétique, la Mauritanie se trouve à un tournant critique. Pour éviter la dépendance économique, quelle est votre feuille de route pour construire une économie diversifiée et souveraine dont les retombées profiteront à tous les niveaux de la population ?
Sur le plan géopolitique, dans un Sahel marqué par de graves crises sécuritaires, la Mauritanie est un havre de stabilité. Cependant, cet équilibre est sous pression. Quelles sont les lignes directrices de votre doctrine sécuritaire, et sur quels moyens tactiques repose la protection de notre territoire ?
Enfin, sur le plan sanitaire et social, la force d’une nation se mesure à la solidité de ses services essentiels. Les crises récentes ont révélé les faiblesses de nos infrastructures, surtout en milieu rural. Quelle stratégie comptez-vous déployer pour réduire les déserts médicaux, garantir un accès universel aux soins et doter le pays d’un système de santé solide ?
Ahmed Ould Bettar
L’information n’a pas besoin d’invitation pour poser les bonnes questions.

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