La presse mauritanienne dans tous ses états !

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C’est au cours des années 90 que les médias en Mauritanie connaissent une véritable affluence avec AL-Bayane, Le Calame, Mauritanie-Demain, Le Temps, Mauritanie-nouvelles, L’Eveil-hebdo, le Méhariste, l’Information, La Tribune, Le véridique, Changes et l’Impartial ne pouvant pas l’être, il a été mis en veilleuse pour de bon . . .

Le pays connaît à cette période de profonds changements politiques avec l’avènement du multipartisme et la libéralisation des médias lesquels ne sont pas parvenus à entraîner un changement du jeu politique.

Force est de reconnaître quand même que l’on avait assisté à une  abondance médiatique  sous le coup d’un vent démocratique.

 Entre 1990 et 2007, des centaines des journaux ont vu le jour.  Le droit à l’information et la liberté de la presse corolaire de la liberté d’expression sont des droits inaliénables du citoyen et elles ne peuvent être limitées que par la loi et dans la mesure strictement nécessaire, à la sauvegarde de la société démocratique. (Ordonnance n° 017-2006 sur la liberté de la presse)

A partir de 2013, cinq chaînes de télévision et cinq radios privées ont été autorisées.

Le rythme de développement des médias a visiblement atteint sa vitesse de croisière avec la dépénalisation du délit de presse.

Pendant ce temps, les médias ont été investis d’animer le débat démocratique, de contribuer au chronogramme des activités du processus électoral.

Ils ont prévenus les dérapages nés des boycotts de l’opposition, de la déchéance du système ou de corruption.

Ainsi, durant ces boycotts, une opposition venait de certains médias pourtant en mal de financement.

En 2018, il s’est révélé que les média privés ne soient pas forcément des médias indépendants, les autorités menacent de fermer les chaînes de télévisions et de radios privées qui n’auraient pas renouvelé leur licence de diffusion.

La licence est renouvelée tous les cinq ans, contre la somme de 30.000.000 d’ouguiya, soit 3 .000. 000 MRU. Pour éviter la fermeture, les responsables des chaînes ont négocié avec la Haute autorité de la presse et de l’audiovisuel et un compromis a été retrouvé.

Cette déception va susciter plusieurs questions sur l’existence des médias dans un monde où l’on continue d’avoir le bœuf sur la langue.

Cette expression qui remonte à l’Antiquité grecque où l’on utilisait des pièces frappées d’un bœuf pour acheter le silence de quelqu’un.

De nos jours, avoir un bœuf sur la langue signifie se taire, rester discret, ne pas révéler un secret pour ne pas subir des exactions.

Cridem, Atlasinfo, Le Quotidien de Nouachott et Mauriweb ont été convoqués, à la suite d’une plainte portée contre ces confrères et plusieurs journalistes_ ou blogueurs ont connu des persécutions du genre dont on peut citer  Abderrahmane Ould Weddady et Cheikh Ould

Jedou.

Le pouvoir attribue chaque année 200 millions d’ouguiyas (500’000 euros) au fonds d’aide publique à la presse privée.

Mais les subsides versés aux éditeurs sont parfois détournés suivant des procédures gauches par certains opérateurs familiers aux rouages du secteur. C’est  le cas de nombreuses éditions dont Le Calame qui est  le journal le plus lu dans le pays.  Interdit, saisi à plusieurs reprises et qui a souvent été lésé de toute autre manière.

L’augmentation des dotations du Fonds d’aide à la presse privée, la création d’une loi organisant la publicité et le règlement de l’affaire du journaliste Mamouni Ould Moctar qui étaient  des doléances longtemps rangées dans les tiroirs de l’ex-président ont été résolues par son successeur.

Mais  le gouvernement a encore du pain sur la planche  pour mettre en œuvre le programme du Président élu  avec une presse libre, capable d’informer avec éthique dans un contexte  marqué  par des médias approvisionnés aux chantages et qui fragilisent les organes de presse.

Or, les médias constituent non seulement un indicateur  pour la démocratie mais également un savoir-faire, susceptible de participer activement  et accompagner la locomotive du changement. Encore faut-il que leur rentabilité leur permette grâce au fonds d’appui à la presse de concilier fortement liberté, responsabilité et  information.

Ahmed Ould Bettar