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La Nahda sera-t-elle inévitablement ressuscitée ?

La Nahda sera-t-elle inévitablement ressuscitée ?

Actuellement, les acteurs politiques de la scène nationale débattent de l’identité de la Mauritanie, en rappelant curieusement les joutes des années cinquante, avec cependant un absent de taille : la Nahda.
Si les partis nationalistes négro-africains sont restés en vie sous d’autres noms, la Nahda, elle, s’est éteinte sans laisser d’héritiers après que le Maroc ait reconnu l’indépendance de la Mauritanie.
Même les mouvements nationalistes arabes importants, comme les nasséristes et les baathistes, ont cessé d’exister, et le vide laissé a été comblé par le communautarisme harratine, plus proche du nationalisme pulaar.
C’est un déséquilibre anormal qui s’aggrave en faveur du nihilisme envers l’arabite de Bilad Chinguitt, ou pays des Maures, pour reprendre le langage colonial.
De plus en plus, on entend dire que la Mauritanie n’est ni totalement arabe ni complètement négro-africaine, mais les deux en même temps.
Pour toutes ces raisons, et comme nous ne sommes pas sortis de l’auberge, toujours confrontés aux disputes identitaires d’avant l’indépendance, pourquoi ne pas ressusciter la Nahda pour que sa ligne y participe ?
Malheureusement, Yahya Ould Abdi, Mohamed El Mokhtar O. Bah et Yahya Ould Menkouss parmi les derniers fondateurs de ce mouvement panarabiste, nous ont quittés. Mais ils nous ont tout de même légué leurs mémoires testamentaires fort intéressants.
En ce qui concerne leur point de vue sur l’indépendance nationale, Yahya Ould Menkouss affirme que la Nahda n’était pas pro-marocaine dans son ensemble. Il écrit :
‘’On peut et on doit aujourd’hui nous croire, car nous n’avons plus de raison de mentir : jamais la Nahda n’a milité pour rattacher notre pays au Maroc’’.
Et d’ajouter : ‘’Les partisans mauritaniens pour le rattachement au Maroc qui soutenaient l’émir Mohamed Vall Ould Oumeir, Horma O. Bebana, Dey O. Sidi Baba, Mohamed El Mokhtar o. Bah et d’autres, voulaient bien et tenaient même à faire croire que tel était bien l’objectif visé par la Nahda’’ (Un parcours mouvementé, PP 30).
En attendant donc la renaissance potentielle de la Nahda afin d’affronter les partisans du bi-nationalisme et la double identité de la Mauritanie, il sera légitime de célébrer les leaders historiques, Mohamed Vall Ould Oumeir et Ahmedou O. Horma, comme Saidou Kane, un ressortissant sénégalais naturalisé mauritanien et vice-président des FLAM, a reçu une décoration posthume.
Et de rappeler ensuite aux nationalistes négro-africains que l’Etat mauritanien est comme tous les autres. Il n’est pas unique en son genre, surtout du point de vue de la structure de sa population, qui se compose de quatre ethnies, là où il y en a le moins en Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, on compte plus de vingt-cinq, et environ 500 ethnies au Nigeria. Dans aucun pays de cette sous-région, il n’y a de multinationalisme. Un État a plusieurs identités.
Est-ce que le Sénégal est à la fois wolof, sérère et pulaar ?
Est-ce que le Mali a la particularité d’être à la fois négro-africain, touarègue et arabe ?
Enfin, si l’on tient réellement à la pérennité du projet national, il est obligatoire de comprendre que le morcèlement de l’identité arabe mauritanienne est une ligne rouge à ne pas franchir.
Et au cas où cette question surviendrait, la Nahda renaissante poserait également la question du rattachement ou de la confédération avec le Maroc frère.
A propos, c’est quoi la loi du talion ?
‘’Un œil pour un œil rendra le monde aveugle’’, disait Gandhi.
Peut-être que c’est ce qu’ils veulent pour la Mauritanie !

Ely Ould Sneiba
Le 5 avril 2025

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