*La Francophonie en question : la Mauritanie à la croisée des chemins*
La candidature de la Mauritanie à la tête de la Francophonie suscite un débat passionné, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Cette ambition, portée par Coumba Bâ, une diplomate expérimentée, vise à renforcer la visibilité de la Mauritanie sur la scène francophone et à peser davantage dans les arbitrages culturels, politiques et linguistiques de l’espace francophone. Mais, derrière cette candidature, se cachent des enjeux complexes et des défis de taille.
En effet, la Mauritanie aspire à diriger la Francophonie, mais son propre usage du français dans l’administration et l’éducation est alarmant. Les fonctionnaires mauritaniens francophones sont souvent incapables de s’exprimer et de rédiger en français pour les besoins officiels, ce qui compromet l’efficacité de l’administration. Par conséquent, les documents administratifs sont tous en arabe, ce qui pose question sur la place réelle du français dans le pays. De plus, l’éducation est également touchée, avec un recul notable du français dans les programmes scolaires, ce qui risque de compromettre l’avenir des jeunes Mauritaniens.
Par ailleurs, les avis sont mitigés : certains pensent qu’il faut développer les langues nationales, comme le Pulaar, le Soninké ou le Wolof, pour une véritable émancipation, tandis que d’autres voient le français comme un outil d’ouverture et de communication avec le monde. « Le français est notre butin de guerre, mais il faut aussi œuvrer pour la défense et l’illustration de nos langues locales », dit l’un d’eux. Cependant, il est clair que le recul du français dans l’éducation et l’administration est un obstacle majeur pour le développement du pays.
Ainsi, la candidate mauritanienne devra affronter une concurrence de taille, notamment de la part de Louise Mushikiwabo, secrétaire générale sortante, et de la République démocratique du Congo. Pour réussir, elle devra convaincre les partenaires de la Francophonie de la capacité de la Mauritanie à promouvoir la langue française et à défendre les valeurs de l’organisation.
En outre, la Mauritanie doit oser assumer l’héritage francophone et cesser de stigmatiser ces fonctionnaires francisants. Il est temps de reconnaître la valeur du français comme outil de développement et de coopération internationale. La promotion du français ne doit pas être perçue comme une menace pour l’identité nationale, mais plutôt comme un atout pour l’avenir du pays.
La bataille est diplomatique, la Mauritanie doit mettre les moyens idoines pour sa candidature. Cela implique de renforcer les capacités de ses diplomates, d’améliorer la communication autour de sa candidature et de mobiliser les ressources nécessaires pour convaincre les partenaires de la Francophonie.
Enfin, le débat linguistique en Mauritanie est très sensible depuis l’accession à l’indépendance, toujours tiraillée entre l’Arabité, l’Africanité, la Mauritanie peine à tracer une véritable voie… En somme, la candidature de la Mauritanie à la tête de la Francophonie suscite des interrogations sur la place du français dans le pays et la capacité de ses fonctionnaires à s’exprimer dans cette langue. Il est temps pour la Mauritanie de prendre des mesures concrètes pour promouvoir le français et développer ses langues nationales. Les chances de la Mauritanie de remporter cette élection sont incertaines, mais une chose est sûre : cette candidature est une occasion pour le pays de se positionner sur la scène internationale et de repenser sa politique linguistique.
Yahya Niane pour Rapide info.


