Journée mondiale de la liberté de la presse : De la lampe à pétrole jusqu’à la pandémie !

Ahmed Ould Bettar
Ahmed Ould Bettar

Journée mondiale de la liberté de la presse : De la lampe à pétrole jusqu’à la pandémie ! Ahmed Ould Bettar

J’ai passé pratiquement ma jeunesse dans la capitale, Nouakchott  où pour discuter entre amis, nous éteignons la lampe à pétrole. La presse n’était pas libre à l’époque mais j’ai eu à apprécier des journalistes travaillant dans « le Calame », ‘l’éveil-hebdo », « Mauritanie-demain », « Mauritanie-nouvelles », « Chi-taari » et « Chi  i louh ev chi ». Je sais aussi à quel point leur travail était difficile avant que les coups d’État entre 1978 et 2005 ont été destructeurs lesquels ont été la conséquence logique de l’instabilité, la corruption, les violations des droits humains, l’impunité et à la paupérisation des citoyens.  Pendant ces temps, les journalistes travaillaient pour nous informer parfois au prix de grands sacrifices.

En avril 2016, Jedna Ould Deida, directeur de publication du site Mauriweb et Babacar Baye Ndiaye, directeur de publication de Cridem ont été placés en détention à Nouakchott, avant d’être libérés sous caution.  Ils sont visés par une plainte pour “diffamation” déposée par le fils du président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz, suspecté d’avoir tiré un coup de feu sur un berger.

En 2019, Abderrahmane Wedady et Cheikh Ould Jidou avaient passé plus de deux mois en prison suite à une polémique autour d’un fonds de deux milliards de dollars qui aurait été placé par des proches de l’ancien président, Mohamed Ould Abdel Aziz aux Émirats Arabe Unis. Aujourd’hui encore, Mamoudou Baidy Gaye animateur radio trouve refuge, dit-on, à Paris.

C’est donc là, une évocation déroutante entre autres  des menaces auxquelles font face  les journalistes. De plus, en raison de la pandémie de Coronavirus, ils  sont fréquemment contraints de travailler dans des conditions à haut risque. Les mesures de confinement ont également porté un coup très sévère aux médias indépendants privés du fonds d’appui, du fonds covid-19 et déjà bloqués par le manque des abonnements, la publicité et par une couverture médiatique désormais par visioconférence entraînant des licenciements et la fermeture de certains établissements.

Alors  que le Comité préparatoire à la concertation nationale entame ses travaux  pour traiter des questions fondamentales, comme le dossier de l’unité nationale, le passif humanitaire, la réforme du système électoral, l’indépendance de la justice, la lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance, la liberté des médias est de plus en plus fragile.

Le tableau est sombre et c’est pourquoi  nous devons condamner toutes les violations de la liberté des médias ; assurer la pérennité de l’information et veiller à ce que les générations futures continuent de jouir de leur droit à des médias libres et indépendants.

Ailleurs, dans le monde, 24 journalistes  ont été tués et près de 500 journalistes croupissent en prison rapporte Reporters Sans Frontière (RFS), en prélude à la commémoration de 29e de la Journée mondiale de la liberté de la presse célébrée le 03 Mai 2022.

Selon, RFS, ce sont 23 journalistes et 1 correspondant  qui ont été tués dans le monde, contre 55 en 2021.

Ce nombre suit une évolution régressive depuis dix ans, selon  l’UNESCO, mais, l’impunité pour ces crimes demeure généralisée et les journalistes restent confrontés à de nombreuses menaces.

Ahmed Ould Bettar