Josep Borrell : « Au Sahel, nous avons peut-être signé trop de chèques en blanc »

josep borrell
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De retour d’une tournée de quatre jours au Tchad, au Mali et en Mauritanie, le haut représentant de l’Union européenne veut conditionner l’aide aux pays de la région à l’amélioration de leur gouvernance, et demande aux Etats européens de s’engager davantage.

Propos recueillis par Morgane Le Cam, publié aujourd’hui à 11h07/ LeMonde

Pour Josep Borrell, haut représentant de l’Union européenne (UE) pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, la guerre qui mine le Sahel depuis bientôt dix ans ne se gagnera pas seulement sur le terrain militaire.

De retour d’une tournée de quatre jours en Mauritanie, au Tchad et au Mali, le vice-président de la Commission européenne détaille, dans un entretien au Monde, la nouvelle stratégie de l’UE au Sahel, tout en revenant sur les échecs des politiques précédentes.

Mahamat Idriss Déby, le fils du défunt président du Tchad, a pris la tête du conseil militaire de transition. Vous l’avez brièvement rencontré lors des obsèques de son père. Que vous êtes-vous dit ?
Je lui ai passé un message clair, comme l’a aussi fait le président français, Emmanuel Macron, en disant qu’il faut garantir la stabilité du pays mais aussi y développer un système démocratique. L’UE a fermement condamné la répression des manifestations du 27 avril. Nous avons aussi rappelé la nécessité d’une transition civile. La bonne nouvelle, c’est que, vingt-quatre heures plus tard, ils avaient changé leurs plans et nommé un premier ministre civil.

A l’instar de la France, l’UE soutient-elle le processus de transition civil et militaire tchadien ?
Que pouvons-nous faire d’autre ? Comme l’a souligné le président Macron, l’intégrité territoriale et la stabilité du Tchad sont les prémices de toute transformation politique. Ce n’est pas une démocratie à l’européenne. Mais nous ne vivons pas dans un monde idéal. Parfois, la vie, ce n’est pas choisir entre les bons et les mauvais, mais entre les mauvais et les pires. Il faut tenir le Tchad. S’il tombait en morceaux, c’est tout le Sahel qui volerait en éclats.

Avez-vous obtenu des assurances de la part des autorités tchadiennes quant au maintien de leur engagement au sein des différentes opérations militaires au Sahel, notamment la mission des Nations unies (Minusma) et la force conjointe du G5 ?
Le moment était solennel, ce n’était pas le moment de négocier ce genre de chose. Mais c’est évident qu’il faudra le faire. Le Tchad est un gros contributeur pour ces dispositifs. Si le pays retire ses troupes, cela créera un trou, un autre front au Sahel. Donc il vaut mieux qu’ils restent. Mais pour cela, il faut d’abord aider les autorités à maintenir la stabilité du pays.

La force européenne « Takuba » a été lancée en mars 2020 pour aider l’opération française « Barkhane » au Mali. On est loin des objectifs fixés de 2 000 forces spéciales européennes. Pourquoi ?

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