Irak : Téhéran riposte et tire sur une base de soldats américains

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Source AFP

Washington n’a vraiment pas changé sa politique concernant l’Irak : les troupes américaines ne quitteront pas le pays tout de suite. Les États-Unis l’ont réaffirmé mardi, souhaitant continuer à prévenir une insurgence sur place du groupe État islamique. Donald Trump lui-même a estimé, depuis le Bureau ovale, qu’un retrait des soldats américains serait une mauvaise idée, voire même la « pire chose » qui puisse arriver à l’Irak, ne manquant pas de souligner le danger que représente, selon lui, l’Iran voisin.

« À un moment donné, nous partirons (…) mais ce moment n’est pas venu », a-t-il également ajouté.

La riposte de Téhéran se produira quelques instants plus tard. Dans la nuit de mardi à mercredi, au moins neuf roquettes se sont abattues sur la base aérienne d’Aïn al-Assad, dans l’ouest désertique de l’Irak, où sont postés des soldats américains, a indiqué à l’Agence France-Presse une source de sécurité.

Menace sur Israël et sur « des gouvernements alliés » des États-Unis
Le président des Etats-Unis Donald Trump a été informé des frappes visant des installations américaines en Irak et suit la situation « de près », a annoncé mardi soir la Maison Blanche. « Nous sommes au courant des informations concernant des attaques contres des installations américaines en Irak. Le président a été informé, suit la situation de près et consulte son équipe de sécurité nationale », a indiqué Stephanie Grisham, porte-parole de l’exécutif américain. Celui-ci a un temps envisagé de s’adresser à la nation américaine dans la foulée mais s’est rétracté et ne fera pas non plus de déclaration écrite selon les informations de CNN.

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont confirmé avoir riposté mercredi dans la nuit à l’assassinat du général Qassem Soleimani en attaquant à coup de missiles la base aérienne d’Aïn al-Assad en Irak, utilisée par l’armée américaine, selon la télévision d’Etat iranienne. Les Gardiens « confirment avoir frappé (cette) base en Irak avec des dizaines de missiles », et menacent de « réponses encore plus dévastatrices » en cas de riposte américaine, écrit PressTV, la chaîne d’information iranienne en anglais, sur son compte Twitter.

L’Iran a ensuite menacé de frapper Israël et « des gouvernements alliés » de l’Amérique après l’attaque nocturne. « Nous conseillons au peuple américain de rappeler les troupes américaines (déployées dans la) région afin d’éviter de nouvelles pertes et de ne pas permettre que la vie de ses soldats soit davantage menacée par la haine toujours croissante du régime » américain, ajoute l’armée idéologique iranienne dans un communiqué. De nombreux avions militaires survolent Bagdad dans la nuit de mardi à mercredi, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse, après que l’Iran a tiré des missiles sur des bases en Irak abritant des soldats américains.

La France et l’Italie restent aussi
Si les États-Unis entendent rester sur le sol irakien, ce n’est toutefois pas le cas de l’ensemble des forces des pays étrangers sur le territoire. Mardi, l’OTAN a annoncé le retrait temporaire d’une partie de son personnel d’Irak. « Nous prenons toutes les précautions nécessaires pour protéger notre personnel. Cela comprend le repositionnement temporaire d’une partie du personnel dans des différents lieux à l’intérieur et à l’extérieur de l’Irak », a indiqué un responsable de l’Alliance atlantique.

Le Canada va quant à lui déplacer temporairement vers le Koweït une partie de ses quelque 500 soldats déployés en Irak, dans les prochains jours. L’Allemagne a fait savoir qu’elle allait organiser le retrait d’une partie de ses 120 soldats et leur transfert en Jordanie et au Koweït. Le contingent allemand basé à Bagdad et à Taji, au nord de la capitale irakienne, soit 35 personnes, a quitté l’Irak, a indiqué l’armée allemande, en invoquant la « situation sécuritaire en Irak ». Enfin, la Roumanie a annoncé mardi que ses quatorze soldats présents en Irak dans le cadre de missions de l’OTAN vont être « relocalisés », en raison des fortes tensions dans la région, sans préciser si ces soldats quitteront l’Irak ou seront déplacés vers une autre base du pays.

Plusieurs pays ont toutefois décidé de maintenir leurs troupes en Irak, à l’instar de Washington. C’est notamment le cas de la France, qui n’a « pas l’intention » de retirer ses militaires actuellement stationnés en Irak pour des missions de formation, a déclaré mardi à l’Agence France-Presse une source gouvernementale. La France, membre de la coalition internationale anti-Etat islamique (EI), compte quelque 200 militaires en Irak, dont 160 sont affectés à la formation de l’armée irakienne. L’Italie quant à elle va maintenir son millier de soldats stationnés en Irak et dans sa région, a annoncé mardi le ministère de la Défense. Rome a plus de 900 soldats en Irak et dans ses environs, dont 300 au Koweit, environ 450 qui entraînent des combattants kurdes à Erbil, 90 à Kirkouk et 50 à Bagdad, selon les médias italiens.

Une attaque de Soleimani contre des intérêts américains était une question de « jours »
Mark Esper a également dit s’attendre à des « représailles » iraniennes, « par l’intermédiaire de leurs supplétifs (…) ou de leurs propres mains », après la frappe américaine qui a tué en Irak vendredi le général iranien Qassem Soleimani. Mais il a appelé l’Iran à la « désescalade », assurant que les Etats-Unis restaient ouverts au dialogue. « S’ils veulent s’asseoir à la table des négociations et discuter sans conditions préalables avec les Etats-Unis sur une meilleure voie à emprunter (…) on peut présumer que cela les libèrerait de sanctions économiques », a-t-il dit.

L’attaque contre des intérêts américains que le général Soleimani préparait était une question de « jours », a aussi assuré le chef du Pentagone. Alors qu’il avait les jours précédents évalué l’imminence de cette attaque en « jours, voire semaines », il a clarifié ses propos. « Je pense qu’il est plus juste de parler de jours, c’est sûr », a-t-il affirmé, invoquant « des renseignements d’une grande précision ». « Nous avions des informations formidables », a renchéri Donald Trump. « Il était en train de planifier une très grosse attaque et nous l’avons stoppée ». « Nous avons sauvé beaucoup de vies en le tuant », a assuré le président américain. Point.fr