Impressions de voyage en Afrique: Notebook d’un retour au pays natal.(1)

Impressions de voyage en Afrique:
Notebook d’un retour au pays natal.(1)

Depuis que je suis de retour en Mauritanie ( pour la deuxième fois en une année !) des scènes sociolinguistiques se répètent à l’infini devant moi qui me forcent à en arriver à quelque conclusions, certes non scientifiques, mais hautement impressionnistes.
Aujourd’hui, j‘ai été dans le même Cybercafé à la BMD tenu par un certain Khalid. Je frappe à la porte dudit Cybercafé et entre. Le gérant est en grande conversation avec un arabe mauritanien ; conversation très cordiale ; il m’intime d’entrer dans un grand sourire; je lui fis part de mon désir de ma carte d’identité et de celle de mon épouse. Il pivote et dit à l’un de ses employés ( dans un pulaar limpide!) :” occupez-vous de notre oncle!”. Je suis totalement interloqué tant la dernière fois j’avais juré qu’il était soninko mâtiné de Hartani. Je lui parle en pulaar et lui demande s’il est haalpulaar; il me répond:” de père et de mère !) Je tombe des nues devant tant de virtuosité linguistique.
Autant j’ai été frustré pendant quatre mois par la chape de plomb du monolinguisme à Dakar, autant je bois du petit lait devant le plurilinguisme ambiant à Nouakchott.
Ayant conduit de Dakar à Nouakchott, j’aime me balader dans tous les quartiers Nouakchottois.
Lors de notre arrivée le 5 septembre, pour rejoindre notre logement Airbnb et ne connaissant pas beaucoup la topographie Nouakchottoise , on s’est perdu jusqu’à tomber sur une patrouille de la police nationale qui nous conduira jusqu’à notre adresse : rue Mohamed Yehdith ould Bredeleil qui est à quelques encablures de la rue Youssouf Koita, aux portes de Soukouk, le nouveau quartier des nantis mauritaniens.
Mais au delà des singularités topographiques et autres caractéristiques immobilières, ce qui m’avait frappé, c’est avant la dextérité linguistique de nos polyglottes Nouakchottois. Parlant à trois jeunes policiers, je n’arrivais point à décider de l’appartenance ethnique voire raciale de mes interlocuteurs dans notre procès linguistique .
Même chose au Kosovo, et tous les PK’s où nous menaient la ronde des bonjours et des retrouvailles familiales.
J’avais parlé ailleurs de la même scène se répètant ad nauseaum chez le mécanicien, l’épicier du coin , un attroupement de jeunes du côté de la plage des pêcheurs, à la cité plage , où toujours , moi si perspicace et si prompt à déceler l’identité de mes interlocuteurs, je devais m’incliner devant mon incapacité à dérider le problème de à qui je parle. Venant des États-Unis où le problème racial est l’alpha et l’oméga de la conscience sociale, me voici de retour chez moi et incapable (a s’en tenir seulement au procès linguistique) de mettre mon identité mania en marche, médusé, confus par tant de facilité de mes interlocuteurs de sautiller d’une langue à une autre avec un naturel sous les dehors d’une prose poétique qui interpelle un patriotisme exubérant qui ne veut dire son nom et qui se moque du patriotisme de commande que chacun arbore pour les besoins de la cause.
La jeunesse serait-elle en avance sur les décideurs, les générations des indépendances, les soixante-huitards et autres intelligentsias mauritaniennes?
Cette jeunesse frétillante de vie et de chaleur humaine n’est-elle pas entrain ( sans en avoir l’air et par dessus le marché des activistes et autres politiciens!) à poser les jalons du commun vouloir vivre ensemble, de la fraternité humaine au tempo d’une Tour de Babel de la communication et de l’acceptation réciproque?
C’est cette note d’espoir que le propriétaire mauritanien du Cybercafé ( vu le caractère indécidable de l’appartenance ethnique!) en mis en avant en mettant l’accent sur la nécessité de communiquer et de vivre ensemble no matter how.
We have to go to our youth and listen to them!
Notre hymne à la vie , à la concorde dans la maison commune devrait embrasser l’injonction coranique:
“…جعلناكم شعوب وقبايل لتعارفوا.. »
S’entre-connaître c’est se parler et quitter la station “ chiens de faïence” et arriver à la plate-forme du “soi-même comme un autre”.

Moctar Sakho

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