L’immunité parlementaire : Le Cirque des Immunisés par Ahmed Ould Bettar
L'immunité parlementaire est-elle un permis d'insulter ? Ahmed Ould Bettar dénonce la déchéance du débat parlementaire et l'usage de l'outrage comme programme politique. Un cri du cœur pour la dignité démocratique.

L’immunité parlementaire ne devrait jamais être le paravent de l’indignité. Pourtant, ce que nous observons aujourd’hui ressemble à un naufrage. C’est le Palais Bourbon des sables… ou plutôt le ring. On croyait y entendre la voix du peuple, le murmure des réformes, le fracas des idées… Erreur. On n’y entend plus que des éclats de voix. Des éclats de fiel. Des mots qui cognent.
Cette enceinte, censée être le sanctuaire de la délibération sereine, s’est muée en un théâtre d’ombres où la gesticulation remplace l’argumentation. Là où le verbe devrait éclairer le chemin de la Nation, il ne sert plus qu’à aveugler l’adversaire. On assiste, médusés, à une étrange métamorphose : le mandat législatif est devenu une armure pour l’invective, transformant l’immunité parlementaire en un sauf-conduit pour la violence verbale. Ce glissement sémantique et moral est alarmant. Car, au-delà des joutes oratoires de bas étage, c’est le contrat de confiance entre l’élu et le citoyen qui s’effiloche, laissant place à un spectacle de désolation où la forme a définitivement dévoré le fond.
Les déclarations des députés sont devenues une gifle. Une de plus. Pour qui ? Pour nous. Pour l’image de ce pays qui se cherche encore dans le miroir de sa démocratie. Quand on parle d’« offense explicite » ou de comportement « indigne », on ne fait pas que commenter une séance ; on assiste au caniveau installé au sommet de l’État.
L’outrage comme programme politique
On assiste à une mutation dangereuse du verbe. Là où la rhétorique devrait servir la conviction, elle ne sert plus qu’à la destruction. On insulte, on bave, on déchire le prestige de la fonction avec une gourmandise qui effraie. L’immunité parlementaire est ici détournée de sa fonction originelle : protéger la liberté d’opinion, et non garantir l’impunité de la calomnie.
La démocratie en otage
Derrière l’écharpe tricolore, on cherche le fond, on ne trouve que le vide. Ou pire : la haine ordinaire. Comment espérer que le citoyen respecte l’institution quand l’élu lui-même la piétine par ses excès ? C’est une prise d’otage symbolique. On utilise les outils de la République pour scier la branche sur laquelle elle repose.
L’illusion du bouclier et la nécessaire mise au point
On se croit tout permis sous le dôme. Mais la mise au point est tombée. Sèche. Tranchante. Comme un couperet de justice nécessaire.
« L’immunité parlementaire n’est pas un permis de chasser l’honneur d’autrui. Ce n’est pas une licence pour l’injure. »
Il faut le marteler : l’immunité parlementaire n’est pas un permis de chasser l’honneur d’autrui. Ce n’est pas une licence pour l’injure, pour le mépris, ou pour la bave aux lèvres. On ne peut pas prétendre porter la voix de la nation tout en piétinant sa dignité la plus élémentaire.
C’est une petite musique grinçante, ce ton rageur qui monte, cette syntaxe du chaos où le verbe ne sert plus à construire, mais à démolir. On veut capter la vie, l’espoir, l’avenir ? On ne capte que la déchéance d’un débat qui s’enfonce.
Appel à la raison
Il serait temps de se souvenir que le Palais n’est pas un salon de coiffure où l’on déballe les rancœurs de quartier, ni une arène de gladiateurs sans règles. La démocratie, ce n’est pas le droit de tout vomir sous prétexte qu’on occupe un siège électif. C’est, au contraire, le devoir de se tenir debout, avec une exigence décuplée. Surtout quand on prétend représenter ceux qui, précisément, n’ont pas la parole et attendent des solutions, pas des vociférations.
Le cadre de l’immunité parlementaire doit rester un sanctuaire pour la vérité, pas un refuge pour l’infamie. Rideau. En attendant la prochaine dérive… ou, espérons-le, le retour de la raison.
Ahmed Ould Bettar



