Un huîtrier pie parcourt 9 500 km entre l’Europe et l’Afrique : un exploit scientifique
Grâce à un suivi GPS, des scientifiques ont retracé le voyage exceptionnel d’un huîtrier pie rare, parcourant plus de 9 500 km de la Pologne à la Guinée-Bissau.
La nature en mouvement : l’extraordinaire odyssée d’un huîtrier pie à travers l’Europe et l’Afrique
La nature continue de surprendre par sa grandeur et par les révélations que permet aujourd’hui la science. Comme le souligne Ivan Rusev, collaborateur du parc national naturel de Tuzlovskie Limany, les technologies modernes offrent un regard inédit sur les trajectoires invisibles de la faune sauvage. C’est ainsi qu’un fait scientifique remarquable vient d’être mis en lumière : le périple exceptionnel d’un huîtrier pie (Haematopus ostralegus), espèce rare inscrite sur la Liste rouge d’Ukraine.
Grâce à un émetteur GPS posé par des ornithologues polonais, les chercheurs ont pu suivre le voyage d’une femelle expérimentée, originaire de la région de Lublin, qui a parcouru plus de 9 500 kilomètres entre l’Europe centrale et l’Afrique de l’Ouest. Un trajet effectué non pas en ligne droite, mais selon un itinéraire complexe, sinueux, révélateur des stratégies d’adaptation de cette espèce migratrice.
Une mère hors du commun
Les collègues polonais, à l’origine du suivi scientifique, racontent l’histoire singulière de « leur » huîtrier pie. En 2025, cette femelle, reproductrice aguerrie depuis au moins une décennie, a reçu un dispositif GPS permettant de retracer avec précision chacun de ses déplacements, depuis son nid jusqu’à ses quartiers d’hivernage en Guinée-Bissau.
La saison de reproduction a, à elle seule, illustré l’endurance exceptionnelle de cet oiseau. La femelle a pondu sept œufs en une seule année. Lors de la première couvée, quatre œufs ont été sauvés in extremis des inondations ; les poussins ont été élevés avec succès puis relâchés sur les rives de la Vistule. Loin de s’arrêter là, le couple a entamé une seconde nidification, donnant naissance à deux nouveaux poussins, également menés à l’envol.
La famille est restée unie jusqu’au 11 août 2025, date à laquelle les ornithologues ont observé pour la dernière fois les oiseaux avant leur départ en migration.
Une traversée nocturne spectaculaire
Le lendemain de cette ultime observation, les huîtriers avaient disparu. Mais les données transmises par l’émetteur GPS ont rapidement révélé un scénario spectaculaire. En l’espace d’une nuit, la femelle a traversé l’ouest de l’Ukraine et la Moldavie. Au petit matin, elle se trouvait déjà dans le parc national naturel de Tuzlovskie Limany, sur la côte ukrainienne de la mer Noire.
L’oiseau y a séjourné plus d’un mois, utilisant cet espace protégé comme zone de repos et d’alimentation. En septembre, elle a repris sa route vers le sud, entamant un long périple à travers la Roumanie, la Bulgarie, la Turquie, la Grèce, la Sicile, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, le Sahara occidental, la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, avant d’atteindre finalement la Guinée-Bissau, où elle se trouve actuellement.
La majeure partie de ce voyage s’est déroulée de nuit, l’huîtrier pie survolant sans incident les mers Noire, Égée, Ionienne et Méditerranée, puis l’océan Atlantique. Une performance migratoire qui force l’admiration des scientifiques.
Un fait scientifique et un message universel
Au total, ce sont plus de 9 500 kilomètres qui ont été parcourus par cet oiseau rare, reliant l’Europe centrale aux côtes atlantiques africaines. À son arrivée en Guinée-Bissau, les conditions sont idéales : près du parc national de Varela, les eaux peu profondes affichent une température d’environ 30 °C, offrant un habitat favorable à l’hivernage.
Pour les ornithologues, cette trajectoire constitue bien plus qu’une anecdote. Il s’agit d’une preuve scientifique supplémentaire de l’extraordinaire capacité d’orientation et d’endurance des oiseaux migrateurs, et en particulier des huîtriers pie. Elle souligne également l’importance cruciale de la coopération internationale dans la recherche et la conservation de la biodiversité, chaque zone protégée jouant un rôle essentiel dans la survie de ces espèces menacées.
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