Hommage au premier président Mokhtar Ould Daddah, Ismail Ould Amar et Ely Ould Allaf, mes deux anciens patrons

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Hommage au premier président Mokhtar Ould Daddah, Ismail Ould Amar et Ely Ould Allaf, mes deux anciens patrons

Le malheureux et triste projet de démantèlement de la Raffinerie de pétrole de Nouadhibou est l’occasion qu’il faut pour rendre, un grand hommage à ces anciens illustres responsables du démarrage d’un bon développement de notre cher pays.

*L’illustre et merveilleux premier Président fondateur de notre République, Mokhtar Ould Daddah (Paix sur son âme), reconnu et apprécié à l’échelle mondiale, avait en effet créé et mis en place, les éléments fondamentaux indispensables pour l’indépendance du Pays et son développement économique. Ces éléments clés furent la création de la Monnaie Nationale, la nationalisation de l’exploitation minière et le démarrage de l’industrialisation, avec le projet de la Raffinerie de pétrole de Nouadhibou

La Monnaie Nationale ne pouvait pas tenir sans la maitrise et l’exploitation par le pays de ses ressources minières, d’où la nationalisation de la MIFERMA avec la création de la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM).

La maîtrise et la pratique du raffinage permettent de réduire la dépendance de l’extérieur à la seule importation du pétrole brut au lieu de tous les carburants (essence, gasoil, fuel, kérosène, gaz) ; elle est indispensable à toutes les activités économiques et c’est aussi et en plus une avancée technique  considérable pour la sortie du sous-développement. Toutes ces décisions historiques constituaient bien le démarrage d’un réel développement économique et industriel, seuls garants d’une véritable indépendance de tout pays.

Ismail Ould Amar

*Ismail 0uld Amar, premier Directeur General de la SNIM, était bien choisi pour sa compétence technique. La réussite au concours d’entrée à l’Ecole Centrale en France n’était en effet possible que pour les surdoués pour les sciences et techniques et il fut le premier parmi les Mauritaniens à y réussir. La compétence technique s’exerça immédiatement avec la sélection et la formation sans aucune discrimination, des Mauritaniens aptes et capables d’assurer le remplacement du personnel technique étranger dans l’exploitation et la gestion des ressources minières et le développement industriel engagé pour sortir du sousdéveloppement.

Tout cela est confirmé entre autres, par les faits historiques suivants :

*C’est en 1974 que je reçois dans ma boite aux lettres de la cité universitaire de Strasbourg où je poursuis mes études en Chimie, une lettre de Ismail Ould Amar, dans laquelle il écrit : «Mohamed Lemine Cherif, tu es pour le moment le seul étudiant mauritanien en Chimie que nous avons trouvé ; dès que tu viens en vacances, il faut passer me voir, j’ai quelque chose à te proposer »

Arrivé à Nouakchott en vacances, je me rends au siège historique de la SNIM pour voir Ismail Ould Amar qui me reçoit en disant : « Comme indiqué dans la lettre que je t’ai envoyée, ce que je te propose Mohamed Lemine, c’est un complément de bourse, moyennant ton engagement à ne jamais aller travailler qu’à la Raffinerie de pétrole de Nouadhibou, que nous allons construire ». De la génération des soixante-huitards, conscients de la nécessité de sortir nos pays du sous-développement, j’ai bien sûr accepté la proposition pour devenir le premier cadre technique de la SNIM-Raffinerie. Cela malgré les nombreuses propositions qui m’ont été faites de rester en France à l’issue de mon Doctorat bouclé en 1976. La compétence et la grande conscience de la nécessité d’avoir des Mauritaniens bien qualifiés pour maitriser et gérer tout secteur sont ensuite très bien reconfirmées par ce qui suit.

Muni de mon Doctorat en Chimie, je reviens à Nouakchott et me présente devant Ismail Ould Amar, qui me dit : « Félicitations, Mohamed Lemine pour cette réussite mais est-ce-que tu sais ce qui te reste à faire ? » Je réponds que je suis bien entendu à son écoute ; eh bien il m’annonce qu’il me reste à apprendre comment gérer le fonctionnement d’une Raffinerie et que toutes les dispositions sont prises pour que je retourne en France pour faire les stages pratiques nécessaires ; c’est ainsi que je suis allé en premier  lieu, comme programmé, à la Raffinerie de Dunkerque où j’ai même commencé par l’accompagnement des ouvriers durant toutes les 8h continues de leur boulot… ». En conclusion on ne doit pas occuper une fonction sans avoir la compétence.

Ce bref rappel historique pour rendre hommage à Ismail Ould Amar, membre de l’équipe ayant mis en place les fondations indispensables pour le développement économique de la Mauritanie naissante et très bédouine est très important à connaitre pour nos nouvelles générations qui naviguent dans toutes sortes de pandémies.

Ely Ould Allaf

Qu’Allah l’accueille en son Saint-Paradis. Ely O. Allaf fut également un brillant cadre de haut niveau. Après un excellent résultat en Sciences physiques, c’est le premier mauritanien admis à l’Ecole Centrale des Télécommunications de Paris. En 1979, il devient Directeur Général de la SNIM en remplacement d’Ismail Ould Amar. Lorsqu’il finit de faire le point de l’ensemble de l’héritage qu’il doit gérer, il me convoque pour me dire ce qui suit : «Mohamed Lemine tu sais que la Raffinerie de pétrole n’est plus un projet sous tutelle de la SNIM ; il est désormais totalement piloté par le Ministère avec qui tu dois traiter directement le dossier ; en attendant que vous trouviez des solutions, la SNIM paye ton salaire et tes frais de déplacement, mais je te demande aussi en plus de m’aider à finaliser le Projet de l’aciérie électrique en cours de construction pour la fabrication locale du fer à béton ».

Bien entendu il a été plus facile de terminer le Projet de l’aciérie que celui de la Raffinerie. Le sérieux, l’excellent niveau et la compétence de Ely Ould Allaf sont bien confirmés par les faits suivants :

* l’examen en Italie du fonctionnement de ce type d’usines que j’ai dû effectuer pour prendre toutes les dispositions nécessaires permettant d’éviter des anomalies dans l’achèvement des travaux de construction et d’équipement de l’aciérie ; et obtenir ainsi la performance technique requise pour un bon fonctionnement.

* Le rappel permanent de la nécessité de trouver des cadres mauritaniens censés être aptes à diriger et gérer le fonctionnement adéquat de cette usine que nous avions baptisé SNIMAcier à l’occasion de son démarrage.

* les cadres recrutés à cette époque et notamment ceux qui avaient fait leurs études au Canada, n’ont été acceptés par Ely Ould Allaf, qu’après un examen détaillé de leurs diplômes et leurs parcours

* lL’origine ethnique ou régionale n’était même jamais évoquée. Seul celui qui était censé être capable d’assumer sa fonction était retenu.

Responsable direct auprès d’Ely Ould Allaf (Paix à son âme), ceci est un témoignage historique authentique.

Il faut bien rappeler que l’aciérie électrique avait été conçue par Ismail Ould Amar pour transformer dans notre pays, les résidus métalliques résultants de l’usure des équipements de collecte et du transport du minerai de fer de Zouerate à Nouadhibou. Cela permettait d’arrêter de les exporter et de produire sur place le fer à béton qu’il fallait importer pour la construction de maisons et d’immeubles et dont la demande allait croître fortement.

Cette aciérie dénommée SNIM-Acier au départ a ensuite été transformée en SAFA.

C’était le deuxième Projet d’industrialisation après celui de la Raffinerie que j’avais réussi finalement à démarrer en 1982 avec le nom Société Mauritanienne de l’Industrie du Raffinage (SOMIR). Son inauguration avait été présidée par le Président Mohamed Khouna Ould Haidalla avec le Ministre de tutelle du secteur, Mohamed Mokhtar Ould Zamel.

En espérant que la bonne mémoire de nos illustres responsables sera conservée et utilisée pour toujours maintenir et améliorer les bonnes pratiques, je remercie Le Calame d’avoir accepté de publier ces hommages bien mérités.

Mohamed Lemine CHERIF

Premier Directeur Général de la SOMIR

Ancien Conseiller à la Primature

Le Calame