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Gta – Mise en œuvre des investissements sociaux, du contenu local : Les défis de Bp mis en exergue

Le rapport d’évaluation des impacts environnementaux et sociaux du projet Grand tortue ahmeyim (Gta), publié en janvier 2026 par Legs Africa, met en lumière les problèmes majeurs qui se posent dans la mise en œuvre des investissements sociaux et du contenu local de Bp dans le cadre de l’exploitation du gaz. Entre autres, le document relève un faible niveau d’implication des entreprises locale et la qualité des services ou des ouvrages.

Par Dialigué FAYE – A Saint-Louis comme à Ndiago (en Mauritanie), deux problèmes majeurs se posent dans la mise en œuvre des investissements sociaux de l’opérateur Bp et ses partenaires de la joint-venture.
A Saint-Louis, rapporte Legs Africa, les populations ont décrié le faible niveau d’implication des entreprises saint-louisiennes pour la mise en œuvre des investissements sociaux de Bp. En guise d’exemple, elles citent la reconstruction de l’école Khary mbengue de Nguet Ndar dont le coût est de 450 millions de francs Cfa, l’établissement des conteneurs frigorifiques ainsi que le projet de construction des récifs artificiels dont le coût est évalué à plus de 3 milliards de francs Cfa. A leurs yeux, tous ces projets semblent échapper aux entreprises saint-louisiennes qui devaient pouvoir gagner ces marchés avec quelques accompagnements et renforcements de capacités.
Ce même constat, d’après le think tank, a été remarqué au niveau de Ndiago. Mais pire encore, souligne-t-il, «les entreprises qui implémentent les investissements sociaux ne recrutaient pas majoritairement les jeunes habitants du village, c’est le cas lors de la construction du pôle de pêche au niveau de Ndiago dont le coût est évalué à 351 000 dollars, soit l’équivalent de plus de 138 millions d’ouguiyas».

La qualité des investissements sociaux

L’autre problème majeur lié à la mise en œuvre des investissements sociaux de Bp est la qualité des services ou des ouvrages. Selon le rapport, «ce constat lié à la médiocrité des investissements sociaux relatifs à la construction d’infrastructures a été très déploré par les habitants du village de Ndiago». Qui considèrent que «le partenaire d’implémentation du pôle de pêche choisi par Bp n’était pas à la hauteur, les ouvrages qu’il a construits ne sont pas durables. Il apparait visiblement que Bp n’avait pas recruté un cabinet de contrôle pour superviser les travaux de construction de ce pôle de pêche, ce qui se traduit par des défaillances sur la qualité des infrastructures. Les populations de Ndiago ont fait savoir également que la qualité de l’eau provenant des forages que Bp a financés n’est pas bonne puisque le processus de traitement n’est pas respecté».
De manière globale, note le document, «les communautés de pêcheurs ne sont pas encore satisfaites des réalisations de Bp en termes d’investissements sociaux, il existe plusieurs défis majeurs pour le succès de la mise en œuvre des actions Rse de Bp au niveau communautaire, il s’agit, entre autres, de veiller à avoir un meilleur impact positif au niveau local en veillant à la qualité des infrastructures ou équipements à fournir aux communautés locales ; d’impliquer les entreprises locales communautaires dans les marchés et enfin de favoriser une démarche inclusive sur le choix des investissements sociaux et leur mise en œuvre».
Sur le plan du contenu local, les données issues des rapports de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie) soulignent «une participation économique encore marginale des entreprises sénégalaises et saint-louisiennes, malgré un volume global de transactions élevé dans le secteur des hydrocarbures. Cette situation alimente un sentiment d’inégalité d’accès aux opportunités économiques générées par le projet Gta, renforçant les frustrations exprimées par les pêcheurs et d’autres acteurs communautaires. Par ailleurs, le recrutement local demeure faible, tant à Saint-Louis qu’à Ndiago, ce qui limite l’intégration des jeunes dans les chaînes de valeur du projet».
Pour rappel, «le rapport Itie de l’année fiscale 2023 fait état d’une contribution globale du secteur extractif dans le cadre de la région de Saint-Louis à hauteur de 17 milliards de francs Cfa contre 10 milliards pour l’année 2022. En termes de Rse aussi, le rapport montre que l’opérateur de Gta, Bp Sénégal Investments Limited, a contribué à hauteur de 1, 7 milliard de francs, de même que ses paiements environnementaux s’élèvent à 334 896 854 francs Cfa en 2023. Cependant, le volume des transactions en termes de contenu local tourne autour de plus de 23 milliards de francs Cfa dont seulement 8 milliards de francs Cfa captés par des entreprises sénégalaises et 91 millions francs Cfa par des entreprises saint-louisiennes (Itie Sénégal, 2024).
Concernant le rapport d’Itie de 2024 (semestre1), le volume global des transactions effectuées avec des fournisseurs locaux (secteur hydrocarbures) au titre du 1er semestre 2024 s’élève à 148 milliards 101 millions 976 mille 644 francs Cfa. Les dépenses effectuées par l’opérateur du projet Gta au profit des fournisseurs locaux s’élève seulement à 3 milliards 166 millions 576 mille 914 francs Cfa, et 9 milliards 816 millions 404 mille 751 francs Cfa pour les fournisseurs étrangers».
Ce rapport, commente Legs Africa, «montre nettement qu’il y a une faible contribution des entreprises nationales et saint-louisiennes dans la chaîne de valeur de l’exploitation gazière, il nous faut renforcer davantage les efforts en termes de contenu local, accompagner les entreprises sénégalaises, et particulièrement les entreprises saint-louisiennes, pour pouvoir véritablement renforcer le contenu local».
Concernant l’emploi au niveau national, le secteur des hydrocarbures a fait travailler 400 Sénégalais en 2023 et 346 personnes en 2022 avec une masse salariale globale de 10 milliards 483 millions 932 mille 925 francs Cfa en 2023. Cependant, aucune donnée officielle n’est publiée sur le nombre de personnes recrutés par Bp et Kosmos aux niveaux national et local en 2024 dans le cadre du projet Gta. En 2020, Bp avait recruté une cinquantaine de jeunes techniciens au Sénégal et en Mauritanie, puis envoyés en Ecosse pour une formation de 4 ans dans des universités partenaires les plus pointues dans leurs secteurs techniques.
Ces jeunes devraient rejoindre aujourd’hui le projet Gta en phase exploitation.
Concernant le recrutement local à Saint-Louis, selon certains acteurs communautaires rencontrés, il est estimé à un effectif de 10 personnes travaillant dans le bureau local de Bp à Saint-Louis, appelé Centre d’information, et au niveau du hub. Il faut rappeler que la création de ce bureau local était une forte recommandation des communautés de pêcheurs durant les consultations publiques dans le cadre de l’Eies du projet. Cet effectif est réparti entre des agents de liaison communautaires, des gardiens, des techniciens de surface, des traiteurs et des agents de liaison pêche. En 2023, 7 agents de liaison de pêche étaient recrutés dans le cadre de la surveillance du hub, mais actuellement Bp ne les engage plus, il travaille maintenant avec un sous-traitant au niveau du hub (détecteurs de vessels) qui se charge de la surveillance aux alentours du hub.

Participation économique marginale

Dans le cadre de la mise en œuvre du contenu local au niveau de la Mauritanie, Bp a dépensé 1739 millions de dollars au profit des entrepreneurs locaux (455 millions de dollars de dépenses indirectes et 1285 millions de dollars pour les dépenses directes). Aussi, plus de 2615 emplois locaux directs ont été générés par les entrepreneurs locaux (Bp Gta Mauritanie, 2024). Cette importante part de marchés captés par les fournisseurs mauritaniens dans le cadre du projet Gta peut être justifiée par l’expérience de la Mauritanie en termes de contenu local avec l’exploitation du champ pétrolier de Chinguitti en 2006. Cependant, pour la zone de Ndiago, le niveau de recrutement local est plus faible.
Durant les ateliers d’engagement communautaire tenus à Ndiago en septembre 2025, les populations ont décrié le faible effectif de personnels locaux qui travaillent sur le projet Gta, elles affirment que «c’est seulement 3 personnes originaires de Ndiago qui sont actuellement recrutées au niveau du hub».
Ce faible niveau de participation à l’économie locale et les pertes de moyens de subsistance durables des communautés ont renforcé les frustrations des communautés locales et ne contribuent aucunement à la gestion sociale du projet, notamment au niveau de la Langue de barbarie et de Ndiago, qui sont visiblement les plus impactés et menacés par les opérations gazières offshores. Dès lors, il est du rôle de l’opérateur de faire une cartographie des compétences locales en termes d’opportunités d’emplois et d’approvisionnement local afin de prévoir un programme de formation dédié aux jeunes locaux de Saint-Louis et de Ndiago pour les insérer plus tard dans le projet.
Dans l’ensemble, conclut Legs Africa, «les efforts déployés par Bp en matière de contenu local et d’investissements sociaux, bien que substantiels sur les plans financier et structurel, nécessitent un renforcement de l’ancrage local, de la transparence et de la participation communautaire pour répondre pleinement aux attentes des populations de Saint-Louis et de Ndiago. L’optimisation de ces mécanismes est essentielle pour construire une relation de confiance durable, réduire les tensions sociales et garantir que le projet Gta devienne un véritable levier de développement inclusif. Ce qui pose plusieurs enjeux d’ordre environnemental et socio-économique».

Source: lequotidien.sn

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