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Grab1, c’était quoi ? Retour sur les coulisses de la présidentielle de 2003 en Mauritanie

Découvrez l'histoire de l'affaire Grab1 en Mauritanie (2003) : l'alliance autour de Ould Haidalla, la répression du régime de Ould Taya et le procès politique raconté par Ely Ould Sneiba.

Grab1, c’était quoi ?

En 2003, à l’issue de deux mandats et en plus de huit ans de pouvoir d’exception, le Président Mouawiya voulut briguer un troisième mandat, ce que la Constitution de 1991 lui permettait, et que son système réclamait à grand bruit.
Mais, durant plus de vingt ans à la tête de la Mauritanie, l’ancien président Mouawiya a dû faire face à des contestations récurrentes émanant de tout l’échiquier politique, se heurtant successivement aux baasistes, aux nasséristes, aux nationalistes pulaars (notamment les FLAM) et aux islamistes, entre autres, sans oublier les relations diplomatiques honteuses qu’il avait établies avec l’État sioniste. Donc, assez pour que la perspective d’une présidence à vie soit cauchemardesque pour toutes les forces vives du pays qui aspiraient au changement.
Face à l’inertie et au péril, Mohamed Yehdhih Ould Breidelleil prit le taureau par les cornes. Par un coup de théâtre politique, il suscitera la candidature présidentielle de l’ancien chef de l’État, Khouna Ould Haidalla. Une démarche d’autant plus saisissante que ce dernier l’avait autrefois cruellement emprisonné, avec ses compagnons, dans des conditions atroces et dégradantes.
Tout aussi spectaculaire fut l’engagement actif de l’homme d’affaires Haba Ould Mohamed Vall dans la campagne électorale du président Haidalla. Les deux hommes s’étaient pourtant livrés à un conflit sans merci : Haba avait soutenu l’Alliance pour une Mauritanie Démocratique (AMD) et sa tentative de coup d’État manquée du 16 mars 1981. Ce soutien lui avait alors valu une condamnation à mort par contumace ainsi que la saisie de tous ses biens.
Peu importe, quand le pays est dans l’impasse, les considérations personnelles se dissipent pour laisser place à une entente sacrée, axée uniquement sur le salut national.
En ce qui concerne les ralliements à la candidature du saint-cyrien, le lieutenant-colonel Haidalla, il convient de mentionner la tendance islamiste dirigée par Cheikh Dedew, l’UFP, un groupe de nationalistes négro-mauritaniens, un pan du mouvement El Hor, une bonne partie du nationalisme arabo-mauritanien et de nombreuses autres personnalités de poids.
Le 22 octobre 2003, le coup d’envoi de la campagne présidentielle est officiellement donné. Tout se passe sans heurts ni dérapages jusqu’au début du mois de novembre, moment où tout a pris un tournant inattendu.
À la veille du scrutin du 6 novembre, une opération de perquisition a été menée chez le candidat Haidalla pour dénicher une cache d’armes, mais n’a donné aucun résultat.
Grosse déception pour le camp de Mouawiya. Son équipe de campagne se charge alors de récupérer un document, une sorte d’ébauche théorique pour un plan de résistance civile à la fraude, rédigé par un cousin de Haba et transmis au président Haidalla. Grab1 est le nom donné à ce projet prétendument ‘ made in France’ qui a entraîné l’arrestation du Président Haidalla et de plusieurs des collaborateurs de campagne : Ismail Ould Amar, premier Administrateur Directeur Général de la SNIM, directeur de la Campagne électorale, Ely Ould Sneiba, enseignant universitaire, porte-parole, Dr Cheikh O. Horma, radiologue, Devali O. Cheine, hommes d’affaires, Haba O. Mohamed Vall, Hommes d’affaires, et Mohamed Yehdhih O. Breidelleil, ancien ministre. En plus de quelques membres du comité des jeunes.
Malgré ces arrestations arbitraires, du fond de sa cellule à la prison Beila, le candidat Haidalla a récolté 18,67 % des voix, un score fabriqué au ministère de l’Intérieur à une époque où il n’y avait ni CENI ni observateurs indépendants.
Le procès s’ouvre finalement le 1er décembre 2003 devant la Cour criminelle de Nouakchott sous le chef d’accusation d’’’attentat visant à renverser le régime constitutionnel par la violence’’.
Mandaté par la FIDH et l’AMDH, un collectif d’avocats mauritaniens et internationaux a assuré la défense. Le collectif a fermement fustigé les irrégularités de la procédure et l’arbitraire des détentions, face à un Ministère public qui réclamait entre 5 et 20 ans de travaux forcés.
Le verdict rendu le 28 décembre 2003 s’est traduit par plusieurs condamnations. Haidalla, Ismail Ould Amar et Ely Ould Sneiba ont été condamnés à une peine de cinq ans d’emprisonnement avec sursis, assortie d’une amende et d’une privation de leurs droits civils et civiques pour la même durée. Des peines d’une moindre sévérité ont été prononcées contre les autres coaccusés.
Mais, toute chose a une fin. Le président Mouawiya, qui ambitionnait une présidence à vie, a finalement été renversé en août 2005 par le CMJD. Instance dirigeante de la transition, ce comité militaire a mis en place une réforme constitutionnelle décisive qui a pris en compte la reforme phare proposée par le candidat Haidalla dans sa déclaration de candidature publiée le 1 aout 2003 : réduction du mandat présidentiel à cinq ans, ne pouvant être renouvelé qu’une seule fois.
Tout est bien qui finit bien, disait Shakespeare. Ou bien ?

Ely Ould Sneiba
Le 20 octobre 2026

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